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Actualité

 

Nucléaire Iran : le ni oui, ni non de Téhéran

 

Entre le «oui» et le «non», il y a encore une troisième voie, celle des «négociations sérieuses». C’est, apparemment, la teneur de la réponse officielle de Téhéran aux grandes puissances qui exigeaient une suspension de l’enrichissement de l’uranium.

La réponse officielle de l’Iran a été remise hier par Ali Larijani, responsable des négociations sur le nucléaire, aux ambassadeurs de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France, de la Chine et de la Suisse, qui représente les intérêts des Etats-Unis. Le responsable iranien a indiqué que son pays était prêt à des négociations sérieuses, dès ce mercredi, mais on n’avait pas de réponse claire sur l’acceptation ou le rejet de la condition préalable de suspension de l’enrichissement de l’uranium en contrepartie d’une coopération sur le nucléaire civil et dans le domaine économique.

La carotte de la coopération offerte s’est accompagnée de l’agitation du bâton à travers une résolution du Conseil de sécurité fixant le 31 août comme date butoir pour la suspension de l’enrichissement de l’uranium. Des sanctions économiques sont ainsi envisagées, les Etats-Unis, poursuivant leur pression sur l’Iran, ont indiqué, hier, qu’ils étaient déjà prêts à soumettre au Conseil de sécurité des éléments d’une résolution imposant des sanctions économiques à l’Iran.

John Bolton, ambassadeur US à l’Onu, dit que ce sera le cas si l’Iran ne «satisfait pas aux termes définis» par les membres permanents du Conseil de sécurité.

Si rien n’avait encore filtré hier sur la teneur de la réponse remise par l’Iran, les déclarations publiques de ces derniers jours, dont celle du guide la révolution, Ali Khameneï, ne laissent guère de doute sur le fait que Téhéran ne compte pas transiger sur l’enrichissement de l’uranium qui ne lui est pas interdit par le traité de non-prolifération.

Pour l’Iran, l’accusation, jamais prouvée par les visites des experts de l’AIEA, d’avoir un programme d’armement nucléaire, vise surtout à l’empêcher d’acquérir le savoir-faire et la technologie nucléaire.

Hier, un responsable de l’organisation iranienne de l’énergie atomique, Mohamed Saïdi, signifiait que la condition d’une suspension de l’enrichissement était déjà caduque car la «république islamique maîtrise déjà cette technologie».

L’Iran semble donc prêt à négocier, non pas la suspension de l’enrichissement de l’uranium mais l’octroi de toutes les garanties nécessaires sur la destination civile de son programme nucléaire. Le choix de fournir la réponse le 22 août (jour de la fête religieuse de l’Issra et le Miiraj), qui a donné lieu à des interprétations cataclysmiques vulgarisées par l’orientaliste néo-conservateur Bernard Lewis, obéit à des considérations plus prosaïques: relancer les négociations avant le 31 août 2006, fixé comme date butoir par le Conseil de sécurité.

Ali Larijani a souligné que «bien qu’il n’y ait aucune justification à l’initiative illégale des autres parties de saisir le Conseil de sécurité du cas de l’Iran, la réponse était préparée pour ouvrir la voie à des discussions honnêtes».

Les premières réactions occidentales sont restées prudentes. Le haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère, Javier Solana, a estimé dans un communiqué que la réponse iranienne nécessitait «une analyse détaillée et attentive» et ajouté qu’il resterait en contact avec M. Larijani. De son côté, John Bolton a annoncé que les Etats-Unis étudieraient «la réponse iranienne avec attention».

A l’évidence, l’Iran ne compte guère une appréciation «positive» des Etats-Unis mais il considère que son offre de négociation est suffisamment intéressante pour éviter que les pays membres du Conseil de sécurité fassent bloc derrière Washington qui le considère comme un pilier de «l’axe du mal».

Toute la question est là. Les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne sont sur la même longueur d’onde anti-iranienne mais la Russie et la Chine, qui ont des puissants intérêts économiques avec l’Iran pourraient être plus sensibles à l’offre de Téhéran.

Il reste que dans ce bras de fer avec les Etats-Unis, les Iraniens, qui se disent déterminés dans leur volonté de maîtriser le savoir-faire nucléaire, disposent de bons atouts.

Les sanctions économiques seront d’un effet limité, selon l’ensemble des spécialistes. L’Iran, contrairement à l’image que les médias occidentaux en donnent, cherche à éviter la confrontation armée avec les Américains mais ils s’y préparent néanmoins.

Par M. Saâdoune - Quotidien Oran

 

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