Algérie : Belkhadem refuse de fixer un délai pour la réconciliation nationale
Abdelaziz Belkhadem, en sa qualité de secrétaire général du FLN, a été hier l’hôte de la ville de Béjaïa pour l’ouverture des travaux de l’université d’été de son parti, qui s’étaleront, par ailleurs, jusqu’au week-end prochain. C’est à partir de la maison de la Culture qu’il a donné le coup d’envoi de cette manifestation politique, placée cette année sous la thématique : «cohésion institutionnelle, efficacité économique et solidarité nationale».
Plus d’un millier de militants venant des quatre coins du pays, des dizaines de cadres dirigeants du parti, des personnalités locales ainsi que des animateurs du mouvement associatif et des organisations de masse ont assisté à la cérémonie inaugurale, entamée par une longue allocution du premier responsable du parti.
Belkhadem s’est, en effet, longuement attardé sur la situation présente du pays, les bilans et les perspectives des réformes engagées ces dernières années, les défis économiques et sociaux qui se posent aujourd’hui à la nation, et les sujets chauds de l’actualité internationale. «Après la restauration de la stabilité et le retour à la paix, grâce à l’initiative présidentielle de réconciliation nationale, le pays a renoué avec le développement.
Les différents plans d’appui à la relance économique commencent à porter leurs fruits avec une incidence positive remarquable sur le quotidien des citoyens», tire-t-il en guise de bilan, en soulignant au passage la pertinence de ce choix qui avait redonné au pays sa place dans le concert des nations. Se disant profondément convaincu de la justesse de cette démarche dans la résorption de la crise, l’orateur se refuse à lui fixer un délai dans le temps.
«La paix n’a pas de délais. Elle doit être permanente.»
«C’est pourquoi l’initiative ne peut, en aucun cas, être limitée, ni dans le temps ni dans l’espace», tient-il à préciser avant de rappeler «le rôle d’avant-garde» joué par le FLN dans cette énorme entreprise de stabilisation politique et de redynamisation socio-économique, en insistant particulièrement sur la position décisive du parti sur de nombreux dossiers lourds, telles la revalorisation des salaires et la révision du statut général de la fonction publique, entre autres.
Poursuivant son analyse sur cette même question des réformes, l’orateur débouche logiquement sur la nécessité d’une révision constitutionnelle pour parachever l’œuvre de redressement national.
«La loi fondamentale appelle aujourd’hui une profonde révision qui consacrera définitivement la cohésion institutionnelle à travers une juste séparation des pouvoirs. La Constitution de 1989, partiellement amendée en 1996, reste toujours incomplète et comporte de nombreuses imperfections que l’on peut attribuer au contexte historique qui l’a vu naître.
Il suffit de relever les interférences qu’elle consacre entre les attributions du président de la République et celles du chef du gouvernement ou l’amalgame entretenu entre les missions de l’APN et celles du Sénat pour s’en rendre compte», expliquera-t-il plus tard au cours d’un point de presse animé à la cité universitaire d’Irriyahène où séjournent les différentes délégations participant à ce regroupement. Tous ces sujets passés en revue, Belkhadem évoquera ensuite la place prépondérante de son parti dans le paysage politique national et sa position de formation majoritaire dans les institutions élues.
«Le huitième congrès “rassembleur” a réuni toutes les énergies pour restituer au parti tout son capital historique et militant. Grâce à sa force de proposition et de mobilisation, le FLN compte aujourd’hui de nombreux partenaires aussi bien locaux qu’étrangers. Etant au diapason des aspirations populaires et citoyennes, il fait figure de locomotive des forces vives de la nation.
Il reprend en fait une place qui est naturellement la sienne», tient-il à souligner avant d’insister sur l’importance accordée à la formation et aux débats internes pour la préparation des élites futures. Dans ce volet justement, plusieurs conférences-débats sont au menu de cette université d’été.
En voici quelques thèmes : l’évolution constitutionnelle en Algérie (Bouzid Lazhari), administration et collectivités locales (Messaoud Chihoub), aménagement du territoire et développement durable (Ahmed Tahraoui), économie et solidarité nationale (A/Rahmane Belayat), réalités et perspectives de la sécurité sociale (Kamel Rezki), l’emploi, les revenus et le pouvoir d’achat (Zohra Bouras et Saadoune Boukabous), le système des retraites (A/Madjid Guerfi), ainsi que l’ouverture de deux ateliers de travail intitulés respectivement «Cohérence institutionnelle» et «Efficacité économique et solidarité nationale». Pour clore son intervention, Abdelaziz Belkhadem avait salué l’héroïque résistance des peuples libanais et palestinien suite à «l’agression sioniste», en condamnant «le mutisme complice» des institutions internationales et les réactions «ridicules» de certains pays arabes.
De tout le discours prononcé à cette occasion, le point relatif à la révision de la Constitution avait particulièrement suscité l’intérêt et l’attention de l’assistance.
Observateurs et invités attendaient, en effet, le parti majoritaire sur cette question précise. Disons entre parenthèse que le projet du parti relatif à la révision de la Constitution intéresse beaucoup de monde et soulève, ces derniers mois, de nombreuses réactions parmi la classe politique qui formule à l’occasion ses propres propositions sur le sujet. Même au sein des trois partis qui forment l’Alliance présidentielle, le sujet ne fait pas l’unanimité.
Si le FLN a déjà remis son avant-projet d’amendement au président de la République et n’attend que son «feu vert» pour mener campagne à cet effet, au RND –par exemple- on n’a pas encore réalisé la priorité d’une telle révision dans les conditions actuelles.
«Le moment n’est pas tout à fait indiqué pour une révision constitutionnelle. On devrait plutôt s’employer à consolider la stabilité politique et à éponger les déficits cumulés en matière de développement économique et social», a estimé récemment Seddik Chihab, (membre du bureau national du parti d’Ouyahia et vice-président du Sénat), au cours d’une rencontre avec les militants de son parti à Béjaïa.
Le même responsable ajoute, dans une interview accordée le lendemain à un confrère, qu’une telle entreprise ne peut en aucun cas être l’œuvre d’une formation politique. «La paternité d’un tel projet est du ressort du président de la République ou du Parlement», précise-t-il. Des «réserves» similaires ont été également formulées par le MSP qui compte, lui aussi, ajouter son grain de sel à cette nouvelle ébauche.
D’autres acteurs politiques ont, par ailleurs, émis des propositions à ce propos, à l’instar du FFS qui s’accroche à sa vieille revendication d’une «assemblée constituante». Tout cela au moment où certains animateurs de la société civile plaident pour une «refondation constitutionnelle» complètement inspirée de la plate-forme de la Soummam. La question avait, par ailleurs, déteint sur les festivités commémoratives du cinquantenaire du Congrès de la Soummam, le 20 août d
ernier. Bien au-delà de tous les points inscrits au menu de cette université d’été, le projet frontiste de réviser la Constitution polarise incontestablement tous les regards. Ce sera manifestement le clou de cette rentrée politique.
Par Kamel Amghar - La Tribune
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