USA-France : un même objectif, des méthodes divergentes
Les Etats-Unis et la France poursuivent un objectif identique au Li-ban, à savoir: faire désarmer et neutraliser le Hizbollah et partant mettre fin à l’influence syro-iranienne qui s’exercerait sur ce pays par l’intermédiaire de ce parti.
Cette convergence franco-américaine a donné toute sa mesure au lendemain de l’assassinat de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri. En parfaite coordination, Washington et Paris ont animé une vaste campagne internationale anti-syrienne, dont l’aboutissement fut le vote par le Conseil de sécurité de l’ONU de la fameuse résolution 1559, coparrainée par eux et exigeant le retrait total et immédiat du Liban des forces militaro-policières de Damas et le désarmement du Hizbollah.
Là où les divergences sont apparues entre les deux pays, c’est sur la manière et les méthodes à employer pour faire appliquer cette résolution. Pour Washington, il n’y avait pas hésitation en la matière: l’emploi de la force s’imposait d’où le feu vert accordé à l’agression israélienne.
Une agression que la France, même en approuvant sa «légitimité» et les buts déclarés, a dû s’employer diplomatiquement à faire cesser, au regard de ses conséquences désastreuses pour le Liban, un pays et un Etat avec lesquels elle entretient des relations séculaires d’une rare proximité. Pour y mettre un terme Paris a négocié, pas à pas, avec Washington les termes de la résolution 1701, qui au final reconduit les mêmes exigences que la 1559 avec l’entrée en jeu pour exécution d’une force internationale.
Français et Américains sont d’accord sur le principe de cette force internationale, sauf que, là aussi, Washington ne tenant nullement compte des réalités libanaises veut que la FINUL termine, sans tenir compte du point de vue du gouvernement légal libanais, le travail que l’armée israélienne n’a pu accomplir en 35 jours d’agression.
Ce qui explique que la France a fait montre d’indécision concernant sa contribution à la formation de la FINUL renforcée que l’ONU peine à constituer du fait de sa position.
Sous pression des Etats-Unis, d’Israël, de l’Union européenne et de certains Etats arabes, la France a dû reconsidérer cette position et accepter d’intégrer à cette FINUL un contingent substantiel de 2.000 hommes au lieu des 200 initialement fixés. Le Président Jacques Chirac qui a annoncé jeudi cette décision française, l’a justifiée en assurant qu’il aurait reçu:
1- d’Israël et du gouvernement libanais, l’assurance que la FINUL serait à même de remplir sa mission sur le terrain.
2- de l’ONU, les clarifications nécessaires sur la chaîne de commandement qui doit être simple, cohérente et réactive sur les règles d’engagement qui doivent garantir la liberté de circulation de la FINUL et sa capacité d’action face à d’éventuelles situations hostiles.
Ce que le président français a estimé suffisant pour impliquer, plus amplement, son pays dans cette force internationale et faire candidature pour en garder le commandement.
Le fond du problème reste, toutefois, de savoir si la FINUL aura mandat de désarmer le Hizbollah comme le préconisent et y poussent les Etats-Unis, ou si, comme l’a clairement déclaré le président français, cette mission incombe à l’armée libanaise sous l’autorité de son gouvernement légal qui seul pourrait alors solliciter la coopération de la force internationale. C’est tout l’enjeu des tractations diplomatiques en cours à l’ONU et ailleurs autour du principe d’une seconde résolution que Washington veut faire adopter pour légaliser sa conception du rôle interventionniste, sans limitation, d’aucune sorte, de la FINUL élargie au Liban.
Par Kharroubi Habib - Quotidien Oran
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