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Actualité

 

Maroc : la catastrophe annoncée

 

Mohamed VIAu fur et à mesure que l’enquête avance, dans la désormais affaire du groupe terroriste marocain «Jamaât Ansar El Mahdi», les Marocains découvrent un peu plus ce nouveau visage de la société qu’ils ne connaissaient pas ou dont ils refusaient d’admettre l’existence.

Après l’arrestation il y a une quinzaine de jours de quatre militaires, présumés membres du groupe terroriste marocain, une source judiciaire citée par le quotidien marocain «Aujourd’hui Le Maroc» (ALM) fait état de l’arrestation, le 09 août dernier, au sein des services de sécurité marocains, de quatre autres membres présumés du groupe d’»Ansar El Mahdi». Il s’agit de trois éléments de la gendarmerie royale et d’un policier.

Deux des trois gendarmes étaient affectés à la brigade de Boulaâjoul près de la ville de Salé, le troisième au centre national de télédétection spatiale alors que le policier était en poste à Rabat. Les quatre personnes devaient être déférées vendredi, devant le parquet de Rabat.

Le quotidien marocain indique d’autre part que plusieurs autres personnes citées dans les enquêtes de la BNPJ, font l’objet d’intenses recherches. Il cite, entre autres, le cas d’une certaine Fatima Zahra, alias «Oum Saâd».

Les conclusions préliminaires, révélées par «Aujourd’hui Le Maroc», indiquent que la constitution du groupe terroriste «Ansar El Mahdi» remonte à plusieurs années.

A l’origine de la création du groupe, une cellule composée de quelques éléments de l’armée travaillant à la première base aérienne de Salé. Ces derniers, à leur tête le dénommé Toufik Oukeddi, influencés par la guerre en Irak et les oeuvres d’islamistes radicaux, notamment Abu Qotada, Abdallah Azzam et Abdelkader Abdelaziz, ont fini par se convaincre de l’idée du Djihad. C’est ainsi, ajoute le quotidien marocain, qu’une première cellule a été créée par cinq éléments de la base de Salé comportant l’émir Toufik Oukeddi et quatre autres membres.

Après une série de réunions, les membres du groupe tissent des liens avec des imams extrémistes. C’est d’ailleurs l’un de ces imams qui émettra une Fetwa conseillant aux cinq membres composant le noyau dur, de ce qui allait devenir «Jamaât Ansar El Mahdi», d’entamer le Djihad au Maroc contre le «régime allié des juifs et des Américains», et ce, faute de pouvoir se déplacer en Irak.

Dans leur quête de moyens pour financer leur projet, les membres du groupe ont attaqué une agence de la «Western Union» le 31 octobre 2005. Sans toutefois aboutir. Avec le recrutement de nouveaux éléments, des divergences sont nées au sein du groupe.

Le quotidien marocain cite Badr Bouziki, une nouvelle recrue qui sera l’architecte de la rupture avec les imams radicaux, et qui sera à l’origine de l’intronisation, en 2006, de celui qui allait devenir l’émir du groupe Hassan Khattab qui venait de purger deux années de prison pour son implication dans les attentats du 16 mai 2003.

L’argent récolté auprès de la mystérieuse «Oum Saâd» (qui aurait avancé une somme de 150.000 dirhams pour le financement des projets du groupe) a permis de mettre en place une base à Ajdir et la création d’autres cellules à Sidi Yahia du Gharb, Ouezzane, Casablanca et Sidi Slimane.

«Aujourd’hui Le Maroc» cite en outre que des explosifs et des systèmes de mise à feu ont été testés à plusieurs reprises dans les forêts près de Salé et de Maamoura sous la direction de l’émir chargé de l’aile militaire Yassine Ouardini. Les essais étant concluants, le groupe avait décidé de passer à la seconde phase, en établissant une liste de cibles potentielles.

Cette liste comprenait, entre autres, un attentat kamikaze contre la base aérienne de Salé, une attaque contre la deuxième base de Kénitra, des attentats terroristes contre des établissements touristiques à Marrakech et l’assassinat de personnalités civiles et militaires.

Faisant l’objet de soupçons, Hassan Khattab a été arrêté fin juillet par la police marocaine. Ses proches lieutenants qui tentaient de fuir, ont été arrêtés à leur tour quelques jours plus tard. Les investigations poussées de la BNPJ marocaine ont permis l’arrestation, le 08 août dernier, de 44 membres présumés de ce groupe. La majorité d’entre eux a été déférée devant la cour d’appel de Rabat. Le juge d’instruction devrait entamer ses interrogatoires détaillés le 12 septembre prochain.

D’autres arrestations seront opérées ensuite au sein de l’armée royale et d’autres services de sécurité pour atteindre le nombre de 52 personnes arrêtées. Cela a d’ailleurs été à l’origine d’importants limogeages et des changements au sein de l’armée et de la direction de la surveillance du territoire (DST) marocaines. Lors des perquisitions, la police avait saisi des explosifs, du matériel de laboratoire et de produits de propagande.

La cellule «Ansar El Mahdi», inconnue jusque-là, comptait, selon l’accusation, proclamer le Djihad dans les montagnes du nord marocain, mener des attentats contre des sites touristiques et renverser le régime actuel et instaurer un califat islamique.

La véracité ou non des faits reprochés aux membres présumés du groupe étant un sujet à polémique dans les milieux politiques et médiatiques marocains, le ministre de l’Intérieur a été invité, la semaine passée, par la commission parlementaire de l’Intérieur, à s’expliquer sur le sujet.

Jeudi, M. Benmoussa, qui était accompagné de son ministre délégué Fouad Ali El Himma - très proche du roi Mohammed VI -, a affirmé devant la commission à Rabat que le réseau démantelé disposait de «quantités de matières servant à fabriquer des explosifs beaucoup plus importantes que celles saisies lors des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca».

Le réseau Ansar El Mahdi, comptait, selon le ministre, «attaquer des cibles sensibles, des intérêts étrangers et des personnalités marocaines, parce qu’elles symbolisent l’Etat ou pour des raisons d’ordre moral». M. Benmoussa a par ailleurs souligné que le réseau Ansar El Mahdi n’a rien à voir avec les courants chiites.

Par D. Belaïfa - Quotidien Oran

 

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