La nécessaire révision de la redistribution en Algérie
Algérie - L’Algérie a signé hier le dernier accord pour le remboursement par anticipation de sa dette rééchelonnée avec le Club de Paris. Le commerce extérieur algérien a généré un excédent de plus de 2 milliards de dollars au mois de juillet 2006.
Les réserves de changes devraient se situer aux alentours de 70 milliards de dollars. Ces affirmations sont toutes exactes et cela, quelle que soit la source que l’on consulte. Pourtant, les Algériens ne ressentent aucune amélioration de leur pouvoir d’achat.
Les statistiques officielles sur l’évolution du taux de chômage sont remises en cause. La réduction des poches de pauvreté et du nombre de personnes vivant en dessous du seuil d’un dollar par jour suscite les doutes de ceux qui visitent l’Algérie profonde.
Le gouvernement algérien plaide pourtant pour une politique sociale et de redistribution de revenus qui ferait la part belle aux transferts sociaux.
L’évolution du pouvoir d’achat démontre que les différentes augmentations du SNMG entre 1994 et 2004 n’ont pas permis de rattraper le niveau du début des années 1980. Le SNMG qui était de 4 000 dinars en 1994 a atteint 10 000 dinars en 2004. Cette forte progression n’a cependant pas été à la mesure de la dégradation du pouvoir d’achat des salariés «ruinés» par des taux d’inflation à deux chiffres (il a frôlé les 40%, NDLR).
Mais la «débrouillardise» des Algériens aura permis à des dizaines de milliers d’entre eux de se procurer des revenus en créant de nouvelles façons de gagner leur vie. La contrebande, communément appelée trabendo, a permis à des dizaines de milliers de jeunes de s’enrichir de manière rapide.
Cette nouvelle activité, bien qu’illégale mais tolérée par les différents pouvoirs, a tellement progressé qu’elle est considérée comme un fléau et le plus grand danger pour l’économie nationale. Certaines sources affirment que le secteur informel représentait 42% du PIB en 2001.
Les revenus générés par ce secteur ne sont évidement pas pris en compte par les différents organismes chargés de la collecte statistique. Cet autre pouvoir d’achat de certains Algériens ne semble pas être considéré comme tel car issu d’activités en marge de la légalité.
Pourtant, un trabendiste ou un commerçant à la sauvette obtient des revenus mensuels qui lui permettent à moyen terme de se lancer dans une activité légale contrairement aux salariés de la Fonction publique ou du secteur économique légal.
Les revenus du capital ont également augmenté sur la période. Les producteurs et autres commerçants ont eu la possibilité de répercuter les coûts sur leurs clients.
Les taux de profit générés par les activités commerciale et productive sont supérieurs à ceux des pays voisins, selon un des plus importants investisseurs algériens.
La problématique du pouvoir d’achat en Algérie n’est pas tant liée à sa faiblesse mais plus à la disparité entre les plus riches et les plus pauvres ainsi qu’entre celui des salariés et des revenus du capital ou du secteur informel.
Il s’agit donc d’un véritable problème de redistribution qui se pose pour un gouvernement qui fait de l’action sociale une de ses urgences. Les différents gouvernements n’ont pas pu réduire le gap qui sépare les revenus des salariés de ceux des autres catégories sociales.
Le comble est atteint lorsqu’un trabendiste se voit octroyé un logement social au détriment d’un salarié qui a un revenu mensuel supérieur à 20 mille dinars au motif que le premier est chômeur au regard des données de l’APC.
Le soutien de l’Etat aux catégories fragiles devrait être différemment pensé pour ne plus enrichir les riches et affaiblir les véritables nécessiteux.
Par Amine Echikr - La Tribune
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