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Actualité

 

Football Algérie FAF

 

Yahia GuidoumL’artillerie lourde contre la FAF. Qui doit gouverner le football ? La question, objet d’une interminable guéguerre entre le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) et la Fédération algérienne de football (FAF), tourne définitivement à l’aigre.

L’artillerie lourde est mise à contribution pour édifier l’opinion sur les turpitudes supposées des «couloirs sombres» de Dély Ibrahim». Dans un communiqué au ton sans précédent dans les annales de la communication officielle, le ministère de la Jeunesse et des Sports a tancé vertement la fédération algérienne de football en établissant non seulement un constat de sa carence professionnelle mais aussi en lançant des accusations d’utilisation déraisonnable des fonds publics.

Les liens entre la FAF et le ministère de la Jeunesse s’étaient détériorés depuis la publication du décret ministériel 05/405 de la loi 04/10, relatif aux modalités d’organisation et de fonctionnement des fédérations sportives nationales. Objectif proclamé, mettre fin à l’anarchie dans le secteur des sports où l’Etat dépense sans que les résultats soient au rendez-vous.

Problème, ce décret se heurterait à l’art 17 des statuts de la FIFA, qui interdit toute immixtion des pouvoirs publics dans les affaires des fédérations de football.

La FAF, appuyée par la FIFA, rechigne à s’y conformer et cela a été confirmé, jeudi dernier, dans un communiqué de la fédération faisant état d’une séance de travail au MJS «sans ordre du jour» précis à laquelle a été invité son président.

Dans ce communiqué, la FAF, tout en rejetant la convocation d’une AG extraordinaire pour examiner les statuts, précisait que la «mise en conformité réclamée par le MJS ne saurait en aucun cas s’effectuer en opposition avec les engagements de la FAF auprès des instances internationales (FIFA et CAF)».

La Fédération précisait en outre qu’elle refusait catégoriquement de s’exposer aux «sanctions internationales qui pénaliseraient les équipes nationales et les clubs participants aux compétitions internationales». Au passage, la FAF signalait qu’elle n’a pas encore perçu la subvention de 2006 et affirme gérer les deniers publics dans la «transparence».

Décodé clairement, le communiqué signifie à M. Yahia Guidoum que s’il veut engager un bras de fer avec la FIFA, il ne peut compter sur la FAF et que celle-ci entend défendre son autonomie à son égard.

La FAF a indiqué à ce propos que le système de compétition et d’arbitrage relève «strictement» de ses attributions et «ne saurait aucunement faire l’objet d’une quelconque initiative en dehors de ce cadre».

Le communiqué s’était fait doucement accusateur à l’égard du ministère qui, au lieu d’un «partenariat loyal et responsable», maintient des «velléités» de dépouiller la FAF de «ses missions dévolues par ses statuts, qui se poursuivent au détriment de l’esprit de concertation et de dialogue».

Attaques contre le «train de vie» de la FAF

Venant après le bras de fer autour des élections au sein de la Ligue nationale de football validées par la FAF et rejetées par le MJS (la justice saisie s’est déclarée incompétente), le communiqué de la FAF a fait sortir le département de Guidoum de ses gonds. Et il le fait en utilisant la grosse artillerie.

D’abord en défendant de manière classique son devoir d’agir face à la «situation dramatique actuelle du football algérien», ses «échecs répétés et répétitifs», l’élimination prématurée de l’équipe nationale depuis deux décennies, l’incohérence du système de compétition, le désaveu qui entoure l’arbitrage algérien, les violences dans les stades, la «gabegie» dans l’usage des deniers publics, la «passivité flagrante» et «l’inconscience» des instances de la FAF devant la «dérive» du football.

Ce constat, sombre mais néanmoins vrai de l’état du football algérien, a poussé, selon le communiqué, les pouvoirs publics à agir aussi bien au niveau des textes que celui de l’effort budgétaire en vue d’agir «sur les causes profondes du mal du football national», ce qui a suscité une réaction «réfractaire» de la FAF qui agiterait la «menace de la FIFA» et fait une «lecture réductrice des lois» et une «interprétation maison des règlements».

La seule chose à l’actif de la FAF face à un football sinistré, serait «la noria pendulaire, coûteuse des entraîneurs grassement rémunérés et à la durée professionnelle éphémère».

Dénonçant l’attitude «réfractaire» de la FAF et sa volonté de maintenir le «statu quo antérieur en dépit du marasme» du football et de la «déliquescence généralisée de toutes ses sélections», le MJS rappelle que celle-ci représente «l’Algérie et non pas la fédération».

Considérant que le communiqué de la FAF est un manquement au «principe de l’obligation de réserve», le MJS fait dans la «pédagogie» en direction de l’opinion publique en affirmant qu’il n’outrepasse pas ses prérogatives et qu’il agit en conformité à celles qui lui sont dévolues par la loi 04-10 du 14 août 2004 relative à l’éducation physique et aux sports.

Les voitures, les portables, les frais de mission et le «marbre»

Mais la «pédagogie» du département de M. Guidoum ne se contente pas de ces classiques rappels aux textes de loi, elle va plus loin en mettant en cause le «train de vie» de la FAF.

Celle-ci veut acheter un terrain pour la construction d’un nouveau siège ? Le MJS note qu’elle n’est pas «SDF» et qu’elle n’a pas le droit de «réorienter unilatéralement les subventions publiques consacrées à la refondation du football national pour améliorer son train de vie et soutenir ses dépenses de prestige».

Le siège actuel de la FAF est «bien convenable» et les citoyens sont invités à aller constater et sans doute admirer ses «revêtements en marbre». Pas question donc de détourner l’argent destiné au développement du sport féminin et au centre national du football pour le financement d’un nouveau siège administratif déjà refusé à plusieurs reprises par la tutelle.

La subvention ? Pas question de la donner, affirme le ministère, sous le mode de fonctionnement actuel de la FAF qui doit «obligatoirement» assainir ses ressources humaines et réduire ses postes budgétaires qui grèvent «lourdement ses finances».

Et pour édifier le bon peuple qui pourrait croire que M. Guidoum chercherait des noises à des élus qui défendent farouchement leur indépendance, le communiqué nous donne un «relevé sommaire» (sous-entendu, un relevé détaillé ferait hurler davantage) de la manière dont est dépensé l’argent destiné au football.

La FAF dispose d’un parc de «11 voitures», de 69 cadres administratifs, dont six retraités, bien payés, contre «seulement 11 techniciens».

Un bénévolat coûteux d’une FAF «passéiste et voyagiste...»

Le communiqué fait même un peu dans l’humour en indiquant que le «bénévolat» affirmé et défini dans les textes, est fort coûteux au niveau de la FAF. Ainsi, en dépit d’un «parc pléthorique», 224 millions de centimes sont allés à l’achat d’une 407 pour «M. le Président» qui s’ajoutent à 75 lignes portables et des missions «répétitives» d’un coût de 38 millions de centimes.

Le président de la FAF s’octroierait des frais de mission de 16.000 dinars/jour lors de déplacements à l’étranger, bien plus que ce qui se pratique dans les autres fédérations.

Ce fonctionnement a entraîné, selon le MJS, la «consommation d’une enveloppe de 13 milliards de cts en 05 mois pour 2 milliards de cts en faveur des équipes nationales».

L’argent du sponsoring ? Malgré son volume et ses nombreux intervenants, il ne contribue «en rien» au développement du football mais sert «exclusivement» à offrir un train de vie princier.

Le communiqué se fait d’ailleurs menaçant, l’adoption des bilans et la certification des commissaires aux comptes ne dispensent pas l’ordonnateur principal de «vérifier les conditions de bonne utilisation des deniers publics» et les transgressions seront sanctionnées et donneront lieu à des mesures de gel du support budgétaire et entraîneront des poursuites judiciaires.

D’autres aspects sont relevés (le président de Ligue de l’Est est en poste depuis 36 ans) dans cette longue diatribe qui souligne que la réunion entre le MJS et le président de la FAF s’est déroulée de «manière conviviale pendant 4 heures» et accuse celui-ci d’y être venu délibérément seul pour justifier son «revirement».

Le ministère nous informe que l’on en saura davantage prochainement sur les «couloirs sombres du siège de Dély Ibrahim» qui abrite une FAF «passéiste, voyagiste et congressiste».

Blatter et les «ministres du football»

Pour être complet dans cette bataille de pouvoir entre la «place du 1er Mai» et «Dély Ibrahim» qui a ses prolongements près du zoo de Zurich où se trouve le siège de la FIFA, citons les récents propos de Joseph Sepp Blatter à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

En réponse aux critiques formulées par M. Yahia Guidoum, Blatter s’est dit respectueux de la «la souveraineté des Etats» mais qu’en autorisant leur fédération de football à rejoindre la FIFA, ces Etats «acceptent de limiter le pouvoir dont ils disposent sur leur football».

«Personne n’est contraint d’adhérer à la FIFA et donc d’en respecter les principes et d’en suivre les décisions». Le message est clair. On respecte les statuts de la FIFA ou on en est dehors. Pique du président de la FIFA: «le foot doit être géré par les gens du foot et non par les politiques qui ont d’autres objectifs.

Tout se passe bien du reste dans la majorité des pays. Il n’y en a que peu où les ministres des Sports ne réalisent pas qu’ils ne sont pas ministres du football». Le feuilleton est loin d’être terminé !

Par M. Saâdoune - Quotidien Oran

 

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