Ses oncles sont jazzmen, ses frères musiciens. La petite Souad découvre d'abord les chansons du maître du chaâbi El Hachemi Guerouabi. Puis vient le rock dont ses cousins sont fervents et la musique américaine, le R&B et la pop qu'elle découvre au gré des passages à la radio.
Naturellement têtue et rebelle, c'est alors un vrai garçon manqué et elle préfère jouer au football avec ses camarades que de s'occuper de tâches ménagères. Son frère aîné, qui est compositeur, va l'inscrire à l'Ecole des Beaux-Arts d'Alger pour y apprendre la guitare pendant trois ans. Elle suit des études de musique classique, de solfège et de musique arabo-andalouse.
Ces années d'études lui apprennent la rigueur des compositions et le sens de l'instrumentation juste. Un ami qui possède une collection de vieux disques country des années 40 lui fait alors découvrir cette musique et elle va s'inspirer de la reine de la country music des années 80, Emmylou Harris, pour parfaire son style.
Triana d'Alger
En 1989, elle commence par arpenter les scènes, guitare à l'épaule. Parrallèlement, elle accompagne le groupe de flamenco Triana d'Alger avec lequel elle fait des spectacles et des apparitions à la télévision algérienne. Mais dans ces années noires de l'Algérie (94-96), rien n'est facile pour les artistes avec le couvre-feu, moins de lieux pour se produire et les salles de spectacles qui ferment les unes après les autres.
Souad est alors découragée et prête à abandonner sa carrière. Heureusement, ayant suivi les conseils de sa mère, elle a passé son bac et obtenu un diplôme d'état en urbanisme. Elle commence à travailler dans un bureau d'études d'urbanisme tout en écrivant et composant ses propres chansons, des poèmes d'amour souvent tristes.
Atakor
Elle qui adore le folk, la country, Kenny Rogers et Stevie Wonder est contactée par le groupe de rock algérois, tendance hard, Atakor. En pleine crise d'adolescence, elle devient la guitariste égérie du groupe, découvre AC/DC et Metallica, apprend le rock, la pop et joue dans les festivals.
Le groupe sort une première cassette en 1997 qui atteint des records de ventes. Ce passage dans Atakor sera la thérapie dont Souad a besoin pour revenir à ses premiers amours musicaux. Mais les affaires se compliquent pour Souad qui n'arrive pas à concilier vie professionnelle (elle continue de travailler dans son cabinet d'urbanisme) et carrière artistique. Elle décide donc de quitter sa carrière d'ingénieur.
Souad
En 1998, Souad sort sa première cassette au titre éponyme sur le marché algérien qui renferme six titres où elle revient à la country music. Cette cassette est une œuvre intimiste, à l'ambiance très folk et d'où se dégage le titre Bye bye my love aux couleurs des bayous de la Louisiane, ballade country de haut vol chantée en arabe et anglais. Une vraie première en Algérie pour ce style de musique.
En pleine vague de jeel music (pop orientale), Souad Massi fait preuve d'une originalité qui étonne, n'hésitant pas à pasticher le célèbre Crocodile Rockd'Elton John et à mettre une touche de flamenco de ses débuts dans un Tequiero (Je t'aime) à l'ambiance calypso-salsa. Auteur de ses textes, compositeur de ses chansons, Souad est toute étonnée d'attirer parmi son nouveau public, des quadragénaires amateurs de protest songs et qui avaient découvert Joan Baez dans les années 70 lors de sa visite dans l'Algérie socialiste.
Cabaret Sauvage
En janvier 1999, lorsqu'elle est invitée à Paris pour participer à un festival intitulé Femmes d'Algérie, Souad Massi ne sait pas que son destin est en train de basculer. Cette première édition de ce festival parisien se déroule dans l'ambiance festive du Ramadan. Des artistes venues de toutes les régions d'Algérie se retrouvent pour chanter et militer contre les intégrismes. Le répertoire et le charisme de Souad font un tel tabac que ses qualités arrivent aux oreilles du directeur artistique d'un des labels d'Universal Music (Island-Mercury) qui n'hésite pas à signer cette jeune inconnue pour la réalisation d'un premier album.
Raoui
Après deux années de maturation, Raoui (Le conteur) sort en mars 2001, objet musical tout en douceurs et inquiétudes, enraciné dans les tourments de l'Algérie et les plaisirs mélodiques de l'Occident.
En quinze jours elle enregistre dans les conditions du live ce premier album avec la complicité du producteur Bob Coke qui a notamment travaillé avec Ben Harper.
Naviguant entre rock et traditions, cet album révèle au grand public une artiste qui aborde des styles aussi éloignés que le chaâbi et le folk rock américain, mélangeant instruments électriques et acoustiques aux mélopées qu'elle chante de sa voix pure et bouleversante.
Dès les premières notes de Raoui, la chanson qui offre son titre à l'album, Souad Massi nous emporte dans son orientalisme si désorientant, comme le dit son amie tunisienne Amina. Mais on trouve aussi des effluves de reggae dans Khsara Aalik, des parfums des îles du Cap-Vert dans Hayati, des épices de raggamuffin dans Denya comme la beauté d'une ballade chantée en français J'ai pas le temps que n'aurait pas renié Françoise Hardy.
Après ce premier album, Souad Massi écume les scènes de l'Hexagone, enchaînant les premières parties (Idir, Saez, Orchestre National de Barbès, Geoffrey Oryema), donnant plus de 200 concerts.
D'ailleurs, après avoir fait salle comble à La Cigale de Paris, elle se retrouve six mois plus tard en vedette à l'Olympia.
Avec plus de 80 000 exemplaires vendus, ce premier opus réalisé en Europe est une véritable réussite et le talent de Souad est reconnu puisqu'elle reçoit en 2002 le Prix de la Chanson Etrangère décerné par l'Académie Charles Cros ainsi que le Prix du Haut Conseil de la Francophonie pour son album Raoui.
Duos
Pour se faire connaître auprès d'un plus large public, sa maison de disques l'incite à enregistrer des duos avec des artistes de son catalogue.
Le premier est enregistré en 2001 avec Marc Lavoine sur le titre Paris de son album éponyme, un des grands succès de l'année 2002.
Souad enregistre ensuite avec Ismaël Lô une reprise fort réussie de Noir et Blanc de Bernard Lavilliers. Puis, elle reprend avec Florent Pagny Savoir aimer, sur son album-compilation 2 dans lequel il réinterprète ses grands succès avec les plus jolies voix du moment.
Deb
Deb, qui devait s'intituler initialement Moudja, sort en France le 25 mars 2003. Ce deuxième album est un mélange des univers musicaux qui ont baigné sa carrière. Musique arabo-andalouse, chaâbi, rock, folk sont toujours présents, mais Souad modernise cette fois-ci sa world music et cet album devrait lui permettre une véritable reconnaissance internationale, notamment dans les pays anglo-saxons où Raoui, son premier album a été très bien accueilli.
Souad Massi entamme dès le début mars une grande tournée française qui passe le 30 avril à l'Olympia, avant qu'elle ne reprenne la route jusqu'à la fin de l'année pour une tournée qui outre l'Hexagone, passe par le Cameroun, le Soudan, la Hongrie, la Pologne, l'Espagne, le Canada et les Etats-Unis.
15-12-2005
Rfi-musique
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