Il aura donc fallu l'arrivée en chair et en os du président Bouteflika à Alger pour que les Algériens soient rassurés. Et pour cause, explique le quotidien Liberté, "depuis le temps qu'on nous annonce l'autoroute, le métro, l'aérogare, l'Etat de droit et bien d'autres fausses nouvelles, les Algériens ont appris à attendre pour juger sur pièces".
Si les communiqués officiels ont tout fait pour ramener la sérénité dans un océan de rumeurs, la paranoïa a encore joué, cette maladie nationale qui, selon Le Quotidien d'Oran, est la "fille unique de la propagande intensive" puisque, "intensément trompés depuis leur indépendance notariale, les Algériens ont développé un sens intensif de la seconde lecture". D'ailleurs, ironise encore Liberté, "si les promesses des politiques se vérifiaient, on aurait même déjà un système de santé efficace".
Mais, si le retour du président a rassuré les Algériens également pour le pays lui-même, eux qui craignaient "de le voir entrer dans une nouvelle zone de turbulences", souligne La Tribune, le mystère du futur reste entier, selon El-Watan, à propos "des suites de la maladie présidentielle mais surtout du souhait du président lui-même : va-t-il ou non modifier la Constitution pour être encore président, ce qui revient à se demander s'il pense sincèrement être encore en forme en 2014 ?"
Pourtant, au-delà du problème de santé du chef de l'Etat, cette maladie a fait ressurgir deux problèmes de fond : le rapport entre la presse et le pouvoir, d'une part, et celui entre l'Algérie et la France, de l'autre.
Pour le premier aspect, explique La Tribune, "entre les journalistes et les politiques, le débat sur la transparence continuera", notant que, dans ce cadre, "le chef de l'Etat doit être certain que tout ce qui touche à sa vie privée ne peut être rendu public en raison de l'usage qui pourrait en être fait par une presse qui a des rapports souvent conflictuels avec lui".
Pour le second aspect, celui du rapport entre l'Algérie et l'ancienne puissance coloniale, tout a été fait pour humilier les Algériens. Liberté souligne qu'il est "difficile de se faire aux sournoises insinuations qui fusent de Paris, trouvant dans le choix de l'hôpital français un argument dans le débat sur le rôle positif de la colonisation".
Le quotidien relève en outre que "l'argutie qui ferait de la présence de Bouteflika au Val-de-Grâce une contradiction avec sa position sur le fameux article 4 de la loi du 23 février 2005, constitue un perfide anachronisme", puisque "c'est l'Assemblée nationale française qui a imposé une polémique par une approche moraliste de l'histoire coloniale". En effet, des députés français ont cru bon de "se rabattre sur un lit d'hôpital pour y puiser des raisons à leur éloge du colonialisme".
Alors que, conclut encore Liberté, "il devrait pourtant être clair que si l'Etat algérien a cru naturel d'hospitaliser son président en France, c'est qu'il ne conçoit point la France de 2005 comme une puissance coloniale, mais comme une puissance médicale".
Courrier International -
Chawki Amari
Algerie-Monde.com
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