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Investissement

 



La naïveté algérienne


«2006 sera l’année de l’amélioration de la compétitivité de l’entreprise algérienne» pour «répondre aux défis de l’Accord d’association», croit dur comme fer le ministre de la PME et de l’Artisanat, Mustapha Benbada, qui était l’invité, mercredi en fin d’après-midi à l’hôtel El-Aurassi, des rencontres du «Club Excellence Management».

Forum Algérie : Discutez avec la communauté algérienne


Un optimisme que ne partagent pas totalement certains chefs d’entreprises membres du Forum (FCE).

Demandez à un ministre de parler de son secteur, il vous dresse un bilan chiffré des «réalisations et des investissements consentis par l’Etat» avec, en prime, une sacrée dose d’optimisme pour le futur.

Le ministre de la PME et de l’Artisanat n’échappe pas à cette règle.

Intervenu lors de la dernière rencontre du «Club Excellence Management» organisée par MDI-Business School et en collaboration avec le Forum des chefs d’entreprises (FCE) pour parler de la «Politique de développement de la PME-PMI: réalités et perspectives», Mustapha Benbada a rappelé «l’effort d’investissement de l’Etat» durant la période 2002-2005, évalué à 45 milliards de dinars (MDA) pour la relance du secteur.

Ainsi, à la fin de l’année 2005, l’Algérie compte 342.788 PME (petites et moyennes entreprises), dont 245.842 privées et 96.072 artisans, soit une évolution de +9,5% par rapport à l’année 2004, selon les chiffres du ministre.

Ce dernier ajoute, à propos des effectifs employés, que l’ensemble des PME emploie «1.157.856 salariés, dont 888.829 par le secteur privé et 192.744 par les artisans».

Un autre objet de satisfaction pour Benbada: la répartition géographique des PME «a connu un début de recentrage en direction des wilayas du Sud», même si, avoue-t-il, «le nombre des PME reste plus élevé dans les wilayas du Nord». Néanmoins, «certaines wilayas du Sud se distinguent par le nombre de PME assez proche de celles des hauts-plateaux ».

A titre d’exemple, il cite tout particulièrement la wilaya de Ghardaïa qui compte 4.229 PME et, par conséquent, «se situe au niveau de Jijel (4.694), de Tlemcen (4.509), de Aïn Defla (4.372) et de Bouira (4.076)». Ce qui confirme, selon le ministre, «que les programmes spéciaux de développement et de désenclavement régionaux et les dispositifs de soutien adaptés peuvent se traduire par des résultats probants».

 Pour ce qui est des «défis de 2006», et après plus de 6 mois de l’entrée en vigueur de l’Accord d’association avec l’Union européenne, Benbada les situe dans «l’amélioration de l’environnement immédiat de l’entreprise» par les pouvoirs publics et «la mise à niveau de l’outil de production», un tâche qui incombe aux chefs d’entreprises, étant donné, explique-t-il, son caractère «volontaire». Le ministre a rappelé que l’Etat met 1 milliard de dinars par an, sur une période de six ans, dans le «programme national de mise à niveau» qui s’adresse à «97% des PME», soit celles qui emploient moins de 20 salariés.

A ce propos, le ministre a annoncé que l’Agence nationale de développement de la PME, dont la mission est de mettre en oeuvre le programme de mise à niveau, «est en phase finale de structuration». Il a également fait part aux organisations patronales de la volonté des pouvoirs publics de les associer dans cette démarche globale, en particulier pour garantir une «utilisation rationnelle des ressources financières mobilisées» dans le cadre du Fonds national de mise à niveau institué par la loi de finances 2006.

Benbada a aussi évoqué le programme MEDA d’appui au secteur privé en confirmant qu’à la fin janvier de cette année, plus de 500 PME ont bénéficié des activités inscrites dans ce programme, soit «1.600 actions dont 823 actions de mise à niveau, 232 actions de formation et 72 actions au titre de l’appui institutionnel». Le «bilan positif» de cette expérience a permis à l’Algérie «d’obtenir un nouveau programme, de l’ordre de 50 millions d’euros, pour la période 2007-2009».

Quant aux axes stratégiques de son secteur, Mustapha Benbada les résume dans le «développement des capacités de sous-traitance» pour réduire la facture annuelle de 3 milliards de dollars d’importation de pièces de rechange et d’entretien des équipements, le «financement de l’investissement» à travers différentes formes de crédits et d’instruments financiers, «l’amélioration du climat des affaires» et des programmes pour augmenter la compétitivité des PME.

Intervenant après le ministre de la PME, le président du FCE, M. Omar Ramdane a, à son tour exposé ses chiffres. Il s’agit d’une comparaison de la création de PME dans certains pays du pourtour méditerranéen, pour dire qu’avec un taux de 10 PME pour 1.000 habitants, l’Algérie est très loin des standards internationaux où le plus bas niveau est de l’ordre de 45 PME pour 1.000 habitants.

Pour Omar Ramdane, «créer une PME, c’est investir, alors que l’actuel code de l’investissement, jugé moins bon que le précédent puisqu’il accorde moins d’avantages, «ne répond pas aux besoins du pays». L’orateur a également rappelé qu’il devient de plus en plus difficile d’investir à cause des «contraintes d’accès au crédit et au foncier industriel».

A propos de ce dernier point, le président du FCE a exprimé sa crainte (partagée par l’ensemble des intervenants, y compris par des experts) que les pouvoirs publics adoptent la formule de mise en vente aux enchères du foncier industriel, «ce qui ne profitera qu’aux spéculateurs», a-t-il remarqué. Préférant évoquer les chiffres qui fâchent, Réda Hamiani, membre du FCE, est revenu sur les «35% d’entreprises qui ne paient pas leurs impôts», les «40% qui sont dans l’informel», et sur pas moins de «45% de sociétés endettées qui ne remboursent pas». A ce propos, l’ancien ministre du secteur s’est d’ailleurs montré compréhensif envers les «réticences des banquiers» à donner des crédits.

Hamiani a néanmoins tenu à alerter le ministre sur la «déshérence» de certains secteurs industriels comme le textile et une partie de l’agroalimentaire. Partant de ce constat, il affirme que «le marché est en train de nous échapper car nous avons décidé d’ouvrir notre économie sans la préparer».

Pour Hamiani, «l’Algérie est le pays le plus naïf de la planète» car, dit-il, «aucun pays n’applique le libéralisme de façon aussi scolaire que nous».

Par ailleurs, il estime que «la mise à niveau manque d’envergure car elle est gérée par plusieurs départements ministériels». Quant aux 50 millions d’euros du nouveau programme MEDA annoncé (pour la période 2007-2009) par le ministre, Hamiani a tenté de relativiser l’importance du montant en rappelant que le Portugal a bénéficié de 7 milliards de dollars pour la mise à niveau de ses entreprises. «A ce rythme, ajoute-t-il, la mise à niveau ne nous mènera pas très loin».

Source Par Mohamed Mehdi 8 avril 2006

   
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