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Voir la version complète : Israel et le pillage de l'Afrque, dimanats, pétrole,bois, or.



zimbalist
21/12/2010, 20h31
L’expression « diamants du sang » renvoie au rôle majeur qui est attribué au diamant dans les guerres qui ont meurtri l’Angola, le Liberia, la Sierra Leone et la République Démocratique du Congo (RDC), principalement dans les années 1990-2000. Les diamants sont essentiels pour bien des économies africaines et représentent toujours un enjeu majeur dans les luttes de pouvoir, y compris dans des pays qui n’ont pas défrayé la chronique à ce sujet : pays d’Afrique australe, République du Congo, Guinée, République Centrafricaine, Tanzanie, etc.

2 Cela pourrait suffire à faire douter les voix qui relient directement les ressources en diamant au développement des conflits, en suggérant entre les deux un lien de causalité. Mais le financement des conflits par des ressources minérales est de fait une singularité africaine. L’Afghanistan est un des premiers États, hors Afrique, où les « chefs de guerre » se sont financés par le commerce des pierres précieuses.

3 Y a-t-il donc en Afrique une « malédiction »[5] [5] Ceci renvoie au concept de Resource Curse ou « malédiction »...
suite des diamants ? Y a-t-il un déterminisme naturel qui laisserait croire que les diamants conduisent « fatalement » à des conflits ? On ne peut s’affranchir d’une analyse contextuelle pour compléter le panorama factuel. Si l’expression de « diamants du sang » a fait florès, grâce au lobbying efficace de certaines ONG, c’est dans un moment particulier de la politique internationale et à l’heure d’une véritable révolution du marché. L’analyse économique et géographique doit être complétée par une analyse géopolitique. C’est ce que nous tenterons de faire ici : après avoir exposé les faits concernant le rôle des diamants dans les trois principaux conflits mentionnés, nous étudierons les éléments contextuels et conjoncturels qui expliquent le lien entre diamants et conflits. Enfin, nous verrons que s’il y a effectivement des raisons structurelles (naturelles et culturelles) qui font du diamant une « ressource conflictuelle », il existe aussi des moyens d’agir ou de réagir face aux risques ou aux situations de crise.
Les pays africains producteurs de diamants
Afrique du Sud, Botswana, Namibie

4 Tout d’abord, il faut rappeler la place que tient le diamant dans l’économie africaine et par la même occasion le fait simple, mais parfois oublié, qu’il y a des pays où le diamant n’est pas ou n’est plus synonyme de conflit et où il représente un marché prospère et correctement organisé.

5 Historiquement, c’est en Afrique du Sud que le diamant a d’abord été exploité sur le continent. Les premières découvertes de 1869 allaient bouleverser l’économie de la plus convoitée des pierres précieuses, par la découverte d’un nouveau type de gisement : les pipes ou cheminées kimberlitiques. La mise en exploitation des premiers pipes, vite devenue anarchique, va permettre la fondation du groupe De Beers qui va rapidement dominer le marché mondial du diamant et instaurer un des cartels les plus longs de l’histoire récente. Cecil Rhodes, son fondateur, eut un rôle politique de premier plan[6] [6] Administrateur colonial britannique et homme d’affaires,...
suite et la guerre des Boers, au moins la seconde (1899-1902), n’est pas sans rapport avec les ressources précieuses découvertes en territoire Boer (le diamant mais aussi l’or), qui durent attiser les revendications d’indépendance.

6 Mais à partir de la fin de la guerre et de la création de l’Union Sud-Africaine en 1910, sous le contrôle de l’empire britannique, le pays fonda son développement sur cette richesse nationale et devint pour un demi-siècle le pays du diamant par excellence. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud est toujours un des principaux pays miniers du monde mais l’économie s’est diversifiée. De Beers exploite toujours de manière industrielle 8 mines kimberlitiques et 3 alluviales mais plusieurs sont en voie d’épuisement. Pour se plier à la politique du Black Empowerment[7] [7] Le Black Economic Empowerment (BEE), issu des politiques...
suite, De Beers a dû céder jusqu’à 26 % des parts de certaines mines à des holdings locales. L’exploration demeure cependant active, soit par De Beers elle-même, soit par des juniors australiennes ou canadiennes dont certaines exploitent à petite échelle. La principale mine, Venetia, a produit plus de 8 millions de carats[8] [8] 1 carat (ct)=0,2 g. Mct=million de carats. ...
suite en 2005 sur une production nationale d’environ 15 millions de carats (Mct).

7 L’Afrique du Sud a été cependant dépassée depuis longtemps par un pays voisin souvent donné comme modèle d’un possible développement « pacifique » du diamant : le Botswana. Ce pays, grand comme la France et 30 fois moins peuplé, a su bénéficier des richesses de son sous-sol grâce à une histoire politique favorable et à une gestion minière prudente. La colonisation britannique du peuple Tswana se fit relativement sans heurt et le diamant ne fut découvert à Orapa que juste après l’indépendance en 1966. L’exploitation fut rapidement organisée sous l’égide d’une alliance stratégique entre De Beers et le Gouvernement (Debswana). Cette alliance paritaire[9] [9] Une telle joint-venture à 50/ 50 entre une major issue...
suite fut un succès et assura au pays les recettes fiscales et les rentrées de devises nécessaires à sa croissance.

8 Trois mines sont toujours exploitées à grande échelle : Orapa (14,9 Mct produits en 2005), Jwaneng (15,1 Mct en 2005) et Letlhakane (1,1 Mct en 2005). Elles produisent ensemble plus d’un tiers du diamant africain et un cinquième du diamant naturel mondial. Deuxième producteur mondial (en valeur totale) derrière la Russie, le Botswana est le premier en termes de valeur unitaire grâce à la très bonne qualité de ses diamants (200 à 240 USD/carrat à Letlhakane). Debswana est le seul producteur du pays et représente la plus importante source de revenus du pays.

9 La Namibie pourrait aussi être citée comme un pays où le diamant n’est pas synonyme de conflit meurtrier. Il n’en fut pas de même au début, quand la frontière avec l’Angola fut l’occasion de certaines contaminations conflictuelles, notamment jusqu’à l’indépendance tardive du pays.

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Principales productions de diamant, estimation en millions de carats (Mct) pour l’année 2005

Principales productions de diamant, estimation en millions de carats (Mct) pour l’année 2005
Place de l’Afrique dans la production mondiale

10 Aujourd’hui la production mondiale de diamants se concentre sur 4 régions principales : Australie, Canada, Russie et le continent africain, qui constitue de loin la première d’entre elles.

11 La production mondiale a crû entre 2002 et 2004 d’environ 12 % par an pour atteindre près de 180 millions de carats en 2004 selon l’USGS[10] [10] United States Geological Survey, h http:/ / minerals. usgs. ...
suite. Ce chiffre compte tous les diamants naturels, tant de qualité gemme que de qualité industrielle[ 11] [ 11] Diamant gemme : pierre pure ou très pure, destinée à...
suite. Toutefois, il repose sur des approximations concernant le secteur informel[12] [12] Le secteur informel désigne les productions non officiellement...
suite pour lequel on ne peut avoir de statistiques précises, ce qui explique les différences parfois importantes entre les sources. Les sources industrielles[13] [13] En particulier le Raw Material Group (RDM), Stockholm. ...
suite comptabilisent plutôt 143 Mct la même année et 150 Mct en 2005.

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Production de diamants par grandes régions

Production de diamants par grandes régions

12 L’inconnue liée au secteur informel revêt d’autant plus d’importance en Afrique, où l’artisanat minier n’a fait que croître durant ces dernières décennies[14] [14] Selon les estimations, le secteur compterait, toutes substances...
suite, que ce continent produit plus de la moitié des diamants du monde.

13 Depuis 2001 et la stabilisation de certains conflits, la production africaine a retrouvé une croissance importante et renforce sa place de premier plan devant les principales régions productrices dans le monde. En valeur, la production annuelle de diamants bruts en 2004 s’est élevée à 10 milliards de dollars (GUSD), le Botswana étant le plus grand producteur (2,32 GUSD), suivi par la Russie (1,98 GUSD), le Canada (1,4 GUSD) et l’Afrique du Sud (1,05 GUSD). En poids, la Russie était le plus gros producteur en 2005 (38 millions de carats) devant le Botswana (31,9 millions de carats) et l’Australie (30,7 millions de carats).