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FFanon
31/03/2011, 06h43
Fan du chanteur, sa mère lui a donné le prénom de la star. Un fardeau pour ce Palois de 23 ans qui se bat en justice depuis plus d'un an pour en changer et se faire appeler Karim

On voit d'ici les fans du chanteur crier au scandale et, à l'inverse, la réaction compréhensive de ceux pour qui « Allumer le feu » est à la poésie ce qu'un sandwich SNCF est à la gastronomie. Johnny Layre, un Palois de 23 ans, déteste son prénom qu'il trouve « ridicule ». Il le doit à sa mère, une inconditionnelle d'Hallyday. « Dès qu'elle a eu un fils, elle a voulu l'appeler comme lui », se désole le garçon qui se bat depuis plus d'un an en justice pour se faire rebaptiser Karim, son second prénom qu'il tient de son père.

Marre des moqueries

« Je n'ai rien contre l'artiste, même si je n'ai jamais aimé ses chansons. Surtout, j'en ai marre des moqueries. Des "Ah que coucou !" quand j'arrive quelque part, des "Johnny, comme Johnny Hallyday ?" accompagnés de sourires en coin lorsque je dois décliner mon identité, à la banque ou ailleurs. J'en peux plus ! »

Cette « souffrance », ce menuisier l'endure depuis tout petit. Le déclic arrive à l'âge de 15 ans ; l'idée ne le quittera plus de laver « l'injure ». Car il ne désire pas seulement être appelé Karim, comme la loi l'y autorise en permettant l'emploi de prénoms usuels. Non, il veut supprimer Johnny… de son état civil. Il ronge donc son frein jusqu'à sa majorité et s'ouvre de ses difficultés aux éducateurs du foyer dans lequel il vit. L'équipe l'aide à engager une procédure devant le tribunal de grande instance de Pau. Le juge des affaires familiales, dont dépendent ces dossiers, est saisi. D'un naturel timide, Johnny-Karim Layre ne trouve pas les mots pour exprimer son mal-être face au magistrat.

Résultat, il est débouté en première instance. Le demandeur « ne fournit aucune pièce au soutien de sa demande et ne justifie pas d'un intérêt légitime », indique le jugement du 20 mai dernier. « Je n'ai pas compris, réagit le Palois, très déçu. Je suis majeur, j'ai quand même le droit de me faire appeler comme je veux ! »

Sauf que ce n'est pas si simple. Si se choisir un prénom ou un surnom est à la portée de tous, modifier celui qui est inscrit sur ses papiers nécessite l'aval de la justice et donc le respect de l'article 60 du Code civil. Pierre angulaire de ce texte, « l'intérêt légitime ». « En clair, la personne doit démontrer au juge qu'elle a une bonne raison de vouloir changer de prénom. Ainsi, il ne suffit pas de dire qu'il est ridicule, encore faut-il le justifier, notamment par des témoignages de proches », explique Christine Lamothe, présidente de la chambre de la famille du tribunal de grande instance de Pau, où sont traitées, tout au plus, une dizaine de procédures de ce type par an.

« Cette notion juridique vise à protéger le prénom des lubies ou des changements d'humeur », précise-t-elle. Des exemples d'intérêts légitimes accordés par la justice ? « Des motifs d'ordre religieux, liés au caractère ridicule ou traumatisant, ou encore la francisation d'un prénom, le transsexualisme, etc. Cette notion est ouverte et sera chaque fois examinée concrètement dans le cas de la personne », poursuit la magistrate.

Décidé à gommer Johnny de sa vie, le jeune Palois a fait appel du premier jugement. « Nous avons produit des attestations de sa famille qui prouvent qu'il n'a jamais supporté ce prénom et s'est d'ailleurs toujours fait appeler Karim par ses proches », souligne son avocate, Me Camille Lacaze. « Pour moi, ce sera une renaissance », lâche son client, plein d'espoir en pensant à la date du 11 avril. Ce jour-là, la cour d'appel de Pau rendra sa décision.
SudOuest