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baudelaire87
30/06/2011, 00h11
L'été est de retour, mais pas avec une grande conviction, une série de souffrances quotidiennes, quelques courageux immolés, courageux qui ont dérogé à la règle, cessé de prendre la mer en préférant la clémence du feu. Et les autres candidats à l'immolation nationale simulent d'être vivants, vraiment, les algériens sont fatigués de faire semblant de vivre.
Avec la chaleur intolérable de cet été, on assiste à une absurdité incontournable, à un quotidien écœurant et à une farce qui n'a pas de nom, car un jeune algérien aujourd'hui ne sait pas à quel saint se vouer, il se réveille le matin avec la certitude qu'il ne va rien faire, d'ailleurs, son réveil n'est que le prolongement d'un autre sommeil un peu plus conscient, il sort, dans le meilleur des cas achète un journal, le feuillette en sachant ce qu'il y a dedans, perdu souvent en tombant sur le simulacre d'une vie politique dont il ignore tout. Il se réveille le matin avec des rêves qui s'effacent à fur et à mesure qu'il marche dans la rue de son village, il commence à les jeter s'ils ne se jettent pas d'eux-mêmes en voyant qu'ils sont inutiles.
Et la question commence à se poser avec insistance, sauf que notre malheur est grandiose, la question est : pourquoi le jeune algérien a du mal à se poser des questions sur sa vie et son existence? Pourquoi est-il condamné toujours à mener une vie stupide? Pourquoi sa vie ressemble beaucoup à une mort hésitante? Pourquoi l'algérien se moque de lui-même? Sommes-nous arrivés à la décadence absolue?
Personne ne saura répondre à cette question car tout simplement personne ne cherche à trouver une réponse. Nous, les jeunes algériens dont la vie est émaillée de questions incurables, de maladies mystérieuses et de lacunes quoique visibles, irréparables.
Alors, faute de vie, on essaie d'en trouver une autre, on essaie d'inventer un univers qui a l'ineptie pour fondement et l'impossible pour titre. On a préféré peut-être à la fin pleurer devant toutes les portes fermées sans jamais avoir essayé de les ouvrir, peut-être aussi que le jeune algérien est tellement malade qu'il n'a même pas la force d'espérer autre chose que cette bassesse perpétuelle, qu'il sait que cela ne sert à rien d'espérer un changement qui pourrait le sauver du gouffre.
Et là, l'absurde d'Albert Camus s'invite de lui-même, il nous surprend avec ses mots comme s'ils étaient destinés depuis tant d'années à nos maux, comme si Camus savait pertinemment ce qu'allait devenir la vie dans ce pays béni et maudit à la fois, tantôt aimé, tantôt rejeté, Camus le génie du réel avec le don qu'il avait de surprendre notre mesquine intelligence en nous montrant à quel point on souffre, voire à quel point notre souffrance est insupportable.
Pourquoi sommes-nous incapables de nous révolter contre notre mode de vie alors que Camus s'est révolté contre la vie, le monde, voire contre Dieu. En réfléchissant au parcours de Camus, on se rend compte à quel point on est absents, à quel point la vie ici est une insulte, à quel point notre espoir a dégringolé l'escalier de cette mascarade qu'il s'est effacé en disant des gros mots.

On a beau réclamer qu'Albert Camus est des nôtres, hélas! On a rien hérité de lui.

baudelaire87