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au_gré_du_vent
02/07/2011, 11h05
Ce texte a été tiré d'un livret préparé en 2008 par l'association française 'Femmes et sciences'
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A la lumière des connaissances actuelles en neurosciences, on serait tenté de croire que les vieux préjugés sur les différences
biologiques entre les hommes et femmes ont été balayés. Ce n'est manifestement pas le cas : médias et ouvrages de vulgarisation
prétendent que les femmes sont « naturellement » bavardes et incapables de lire une carte routière, tandis que les
hommes sont « nés » bons en maths et compétitifs. Ces discours laissent croire que nos aptitudes, nos émotions, nos valeurs sont
câblées dans des structures mentales immuables depuis les temps préhistoriques[1].

Il est temps de replacer le débat autour de la différence des sexes sur un terrain scientifique rigoureux au delà des idées
reçues. L'enjeu est de comprendre le rôle de la biologie, mais aussi l'influence de l'environnement social et culturel dans la
construction de nos identités d'hommes et de femmes[1]

Le cerveau a-t-il un sexe ?
La réponse scientifique à cette question est oui et non. Oui, puisque le cerveau contrôle les fonctions de reproduction qui
sont à l'évidence différentes entre les hommes et les femmes.
Non, parce que le cerveau n'est pas un organe comme les autres car c'est le siège de la pensée. Or, pour que cette pensée
émerge, le cerveau a besoin dans son développement d'être stimulé par l'environnement. Ainsi, au cours de sa construction, le
cerveau intègre les influences du milieu extérieur, issues de la famille, de la société, de la culture. Il en résulte qu'hommes et
femmes ont des cerveaux différents, mais au même titre qu'on peut trouver des différences entre les cerveaux d'une cantatrice
et d’une championne de natation ou entre ceux d’un violoniste et d’un rugbyman !


Différences entre les sexes et plasticité cérébrale]
Les nouvelles techniques d'imagerie cérébrale, comme l'IRM, ont révélé l’existence de très grandes variations entre les individus
dans l’anatomie et le fonctionnement du cerveau, indépendamment du sexe. Cette variabilité s’explique par les
extraordinaires propriétés de « plasticité » du cerveau. Nos circuits de neurones sont en effet largement fabriqués par
l'apprentissage et l'expérience vécue. Seulement 10 % des connexions sont présentes à la naissance. Les 90 % restants vont
se construire progressivement en fonction des influences de la famille, de la culture, de la société. Il en résulte que nous avons
tous des cerveaux différents. Cette plasticité cérébrale, très prononcée chez l'enfant, est toujours à l’œuvre chez l'adulte. Il
s'agit là d'une notion importante à considérer pour éviter de tomber dans le piège de certaines interprétations hâtives : voir
des différences entre les individus ou entre les sexes ne signifie pas qu'elles sont inscrites dans le cerveau depuis la naissance ni
qu'elles y resteront.


Sexe et volume cérébral
Le cerveau des femmes est en moyenne plus petit que celui des hommes, mais cette différence disparaît quand on rapporte le
volume cérébral à la taille du corps. De plus, il n'existe aucun rapport entre le volume du cerveau et les capacités intellectuelles3,
comme le démontrent clairement les techniques modernes de l'imagerie cérébrale. On notera que ce résultat
était déjà bien reconnu au 19ème siècle dans les rapports d'autopsie. Des exemples fameux sont les cerveaux des écrivains
Anatole France et Ivan Tourgueniev : le premier pesait 1 kg et le second 2 kg ! Du côté des scientifiques, celui d’Albert
Einstein pesait 1,250 kg, celui de Georges Cuvier, 1,880 kg. En matière de cerveau, ce n'est pas la quantité qui compte mais
bien la qualité des connexions entre les neurones.

au_gré_du_vent
02/07/2011, 11h11
Cerveau gauche, cerveau droit
On entend souvent dire que les femmes seraient plus douées pour faire plusieurs choses à la fois grâce à une meilleure communication
entre les deux hémisphères, contrairement aux hommes...
Cette vision caricaturale remonte à une étude datant de plus de vingt ans qui montrait que le faisceau de fibres nerveuses qui relie les
deux hémisphères (le corps calleux) est plus épais chez les femmes. Depuis, de nombreux travaux ont été faits sur des centaines
de sujets avec des techniques très performantes comme l'IRM : aucune différence statistiquement significative entre les sexes n'a pu
être démontrée. On peut faire le même constat dans les études comparant le fonctionnement du cerveau dans le langage, le calcul mental, la mémoire… En fait, dès que l'on dispose d'un nombre suffisamment élevé de sujets, les différences individuelles l'emportent sur les différences entre les sexes qui finalement se trouvent gommées.

Langage et orientation dans l'espace
Les tests psychologiques montrent que les femmes réussissent souvent mieux les exercices de langage, alors que les hommes
sont meilleurs dans l'orientation dans l'espace. Mais cela ne signifie pas que ces différences d'aptitudes sont présentes dès la
naissance et qu'elles sont immuables. En effet, des études ont montré que les différences de scores entre les sexes ne sont
détectables qu'à partir de l'adolescence. De plus, elles disparaissent avec l'apprentissage. Si l’on répète les tests pendant
une semaine, hommes et femmes finissent par réussir également dans les tâches de langage et d'orientation. D’autre part, ces
différences sont beaucoup moins marquées chez les Américains noirs et asiatiques que chez les blancs, ce qui montre le rôle de
la culture. Enfin, si l'on fait le bilan des tests publiés depuis vingt ans, on constate une réduction progressive des écarts de performance
entre les sexes, qui va de pair avec l'intégration accrue des femmes dans la vie sociale et professionnelle.

Education et tests d'aptitude
Dans nos sociétés occidentales, les petits garçons évoluent davantage que les filles dans la « sphère publique ». Par
exemple, ils sont plus souvent à l'extérieur et pratiquent des jeux collectifs de plein air comme le football, qui est particulièrement
favorable pour apprendre à se repérer et à mémoriser l’espace.
Ce type d’apprentissage chez le jeune enfant est susceptible d'agir sur le développement du cerveau, en facilitant la formation de circuits
de neurones spécialisés dans l’orientation spatiale. En revanche, cette capacité serait moins sollicitée chez les petites filles qui restent
davantage dans la « sphère privée », à la maison, situation plus propice à utiliser le langage pour communiquer. Vu les propriétés de
plasticité du cerveau, il n’est donc pas étonnant de voir des cérébrales entre hommes et femmes qui ne vivent pas les
mêmes e x p é r i e n c e s dans l'environnement social et culturel.

Hormones et cerveau
Les hormones jouent un rôle très important dans les fonctions de reproduction. Chez l'animal, elles contrôlent les comportements
de rut et d'accouplement associés aux périodes d'ovulation de la femelle. Mais chez l'être humain, tout change radicalement !
Sexualité et reproduction sont complètement dissociées. Le moment des rencontres et le choix du partenaire n'ont rien à
voir avec les hormones. Les homosexuels par exemple n'ont aucun problème hormonal. Les délinquants sexuels n'ont pas un
taux supérieur de testostérone. Quant au rôle des hormones sexuelles sur les humeurs, la nervosité, la dépression, il faut distinguer
deux types de situations. Dans des cas de bouleversement physiologique majeur (grossesse, ménopause, pathologies
hormonales) on peut constater des fluctuations d'humeur. Mais dans des conditions physiologiques normales, aucune étude
scientifique n'a montré de relation de cause à effet entre les taux d'hormones et les variations de nos « états d'âme ». Si nous
échappons à la loi des hormones, c'est grâce au développement exceptionnel du cortex cérébral qui supervise tous nos comportements,
y compris les comportements instinctifs fondamentaux : faim, soif, reproduction. Les hormones peuvent y participer,
mais elles sont loin de jouer un rôle prépondérant.

au_gré_du_vent
02/07/2011, 11h19
Préhistoire et cerveau
Pour les sociobiologistes, les différences d'aptitudes entre les sexes seraient inscrites dans le cerveau depuis des temps préhistoriques.
L'homme chasseur aurait développé le sens de l'orientation, contrairement à la femme qui serait restée dans la caverne et aurait parlé à sa progéniture.
Cette vision reste spéculative car aucun document, reste fossile, peinture rupestre, sépulture... ne permet de dire comment étaient l'organisation
sociale et la répartition des tâches des premiers hommes.
Les anthropologues qui étudient le sociétés traditionnelles montrent que la distribution des rôles entre hommes et femmes est très variable selon les ethnies [4]. Souvent, dans les petits groupes populations, les conditions de vie précaires font que la mobilisation de tous est indispensable pour survivre.


Bilan
Même si gènes et hormones orientent le développement du cerveau, les circuits neuronaux sont essentiellement construits au gré de notre histoire personnelle. Si d'ailleurs les contraintes biologiques jouaient un rôle majeur dans les comportements des hommes et des femmes, on devrait s'attendre à observer des traits invariants communs à toutes les civilisations. Ce n'est manifestement pas le cas.
Que l'on se place à l'échelle individuelle ou de la société, il n'apparaît pas de loi universelle qui guide nos conduites. La règle générale est celle de la diversité culturelle, rendue possible par les formidables propriétés de plasticité du cerveau humain[5].

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1. Richard Lewontin, Steven Rose et Léo Kamin, Nous ne sommes pas programmés, Éditions La Découverte, 1985.
2. Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys, Cerveau, Sexe et Pouvoir, collection « Regards », Editions Belin, 2005.
3. Stephen Jay Gould, La mal-mesure de l'homme, Nouvelle édition, Éditions Odile Jacob, 1997.
4. Féminin - Masculin, mythes et idéologies, sous la direction de Catherine Vidal, collection « Regards », Editions Belin, 2006.
5. François Jacob, Le jeu des possibles, Fayard, 1981.

salim12
02/07/2011, 11h58
Une chose est prouvée , je l'ai vérifié moi même , une femme peut écouter deux conversations à la fois par exemple parler au téléphone et saisir une discussion proche ce qui n'est pas le cas de l'homme dont le sens auditif ne peut se concentrer que sur une seule cible . CQFD ?