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Voir la version complète : Les enfants terribles



baudelaire87
23/05/2012, 16h30
Pourquoi un enfant se suicide en Algérie ? Parce qu’il ne sait pas ce que mourir veut dire ? Ou parce que mourir en Algérie ne veut rien dire ?

Effectivement, c’est un paradis qui se veut un enfer, et un enfer qui se prend pour un paradis, tout semble aller droit dans le mur, apprendre qu’un enfant a osé mettre un terme à une vie qui n’a pas daigné commencer ou qui n’avait aucune chance de commencer.
La question qui revient toujours c’est pourquoi, pourquoi un enfant commet un tel acte ? Pourquoi vit-on dans un pays où il est facile de violer le serment de la vie ?

Les gens ici broient du noir, ne savent plus où donner de la tête, ne voient plus le bout du tunnel, sentent qu’il y a une gangrène incurable, on ne sait même pas quand est-ce qu’elle s’était produite, on fait avec, on a presque oublié de vouloir s’en débarrasser. Un Algérien a compris très bien qu’il est aux abois, qu’il est dans un pétrin inégalé. Du coup, une impétueuse, une course effrénée est menée par tout le monde à la recherche d’un havre de paix. Il a compris, s’est rendu compte tardivement qu’il a des rêves en panne, des rêves intenables dans un pays qui refuse les rêves, car un rêve en Algérie nait irréalisable, on le regarde, tente de le toucher et aussitôt regretter, maugréer contre son absurdité.

Un enfant qui se donne la mort doit susciter une indignation collective, ces enfants, ont-ils compris que c’est un pays « Hors-pair » ? Ont-ils compris que cela ne sert à rien de se cramponner à une vie factice ? On dit souvent que les enfants sont intelligents et qu’il est bête de négliger, voire mépriser leur intelligence. Alors, ils ont prouvé par cet acte horrible qu’ils sont capables d’affronter la mort, ont-ils voulu nous transmettre, nous dire quelque chose ? C’est à chacun de déchiffrer ce message terrible, un message venant de la part d’un enfant qui a jeté les béquilles qu’il trimballait, les béquilles d’une vie boiteuse que tout le monde mène en Algérie. Cet enfant, ces enfants ont exécuté ce que tout un peuple rêve de faire, ce n’est pas du tout une exagération, c’est un absurde qui fait presque rire en imaginant tout un peuple qui se pend aux arbres, mais ce ne sera pas possible en Algérie, car tout simplement, il n’y a pas suffisamment d’arbres, mais les poteaux peuvent faire l’affaire.

Donc, un enfant ne nait pas en Algérie pour être heureux, mais pour attendre quelque temps après sa naissance, le temps d’apprendre comment se pendre, comment se servir et manier une corde. C’est une équation algérienne qui empêche de dormir, de voir loin, de vouloir avoir un enfant dans un pays, un cimetière à bras ouverts.

« L’inconvénient d’être né » est le titre d’un livre qui semble décrire avec parcimonie chaque caractère de notre pays qui nous refuse. On peut parier que personne en apprenant la nouvelle ne s’est demandé pourquoi l’idée du suicide n’a pas effleuré son esprit quand il était enfant, peut-être parce que certains étaient privilégiés, avaient des parents exceptionnels, d’où vient la question fatale : « Se suicider est un acte lâche ou audacieux ? », car là, on n’est pas loin de l’immolation qui est aussi un acte désespéré.

Personne n’est à l’abri apparemment, les femmes au bout du gouffre depuis des décennies, les hommes se confondent dans leur ombre, les enfants découvrent un nouveau jeu qui est celui de la mort. On ne sait pas si on attend le train, s’il nous est possible de le prendre, on ne sait même pas si ce train de l’absurde existe.
Baud87

la terre
24/05/2012, 14h27
Pourquoi un enfant se suicide en Algérie ? Parce qu’il ne sait pas ce que mourir veut dire ? Ou parce que mourir en Algérie ne veut rien dire ?

Effectivement, c’est un paradis qui se veut un enfer, et un enfer qui se prend pour un paradis, tout semble aller droit dans le mur, apprendre qu’un enfant a osé mettre un terme à une vie qui n’a pas daigné commencer ou qui n’avait aucune chance de commencer.
La question qui revient toujours c’est pourquoi, pourquoi un enfant commet un tel acte ? Pourquoi vit-on dans un pays où il est facile de violer le serment de la vie ?

Les gens ici broient du noir, ne savent plus où donner de la tête, ne voient plus le bout du tunnel, sentent qu’il y a une gangrène incurable, on ne sait même pas quand est-ce qu’elle s’était produite, on fait avec, on a presque oublié de vouloir s’en débarrasser. Un Algérien a compris très bien qu’il est aux abois, qu’il est dans un pétrin inégalé. Du coup, une impétueuse, une course effrénée est menée par tout le monde à la recherche d’un havre de paix. Il a compris, s’est rendu compte tardivement qu’il a des rêves en panne, des rêves intenables dans un pays qui refuse les rêves, car un rêve en Algérie nait irréalisable, on le regarde, tente de le toucher et aussitôt regretter, maugréer contre son absurdité.

Un enfant qui se donne la mort doit susciter une indignation collective, ces enfants, ont-ils compris que c’est un pays « Hors-pair » ? Ont-ils compris que cela ne sert à rien de se cramponner à une vie factice ? On dit souvent que les enfants sont intelligents et qu’il est bête de négliger, voire mépriser leur intelligence. Alors, ils ont prouvé par cet acte horrible qu’ils sont capables d’affronter la mort, ont-ils voulu nous transmettre, nous dire quelque chose ? C’est à chacun de déchiffrer ce message terrible, un message venant de la part d’un enfant qui a jeté les béquilles qu’il trimballait, les béquilles d’une vie boiteuse que tout le monde mène en Algérie. Cet enfant, ces enfants ont exécuté ce que tout un peuple rêve de faire, ce n’est pas du tout une exagération, c’est un absurde qui fait presque rire en imaginant tout un peuple qui se pend aux arbres, mais ce ne sera pas possible en Algérie, car tout simplement, il n’y a pas suffisamment d’arbres, mais les poteaux peuvent faire l’affaire.

Donc, un enfant ne nait pas en Algérie pour être heureux, mais pour attendre quelque temps après sa naissance, le temps d’apprendre comment se pendre, comment se servir et manier une corde. C’est une équation algérienne qui empêche de dormir, de voir loin, de vouloir avoir un enfant dans un pays, un cimetière à bras ouverts.

« L’inconvénient d’être né » est le titre d’un livre qui semble décrire avec parcimonie chaque caractère de notre pays qui nous refuse. On peut parier que personne en apprenant la nouvelle ne s’est demandé pourquoi l’idée du suicide n’a pas effleuré son esprit quand il était enfant, peut-être parce que certains étaient privilégiés, avaient des parents exceptionnels, d’où vient la question fatale : « Se suicider est un acte lâche ou audacieux ? », car là, on n’est pas loin de l’immolation qui est aussi un acte désespéré.

Personne n’est à l’abri apparemment, les femmes au bout du gouffre depuis des décennies, les hommes se confondent dans leur ombre, les enfants découvrent un nouveau jeu qui est celui de la mort. On ne sait pas si on attend le train, s’il nous est possible de le prendre, on ne sait même pas si ce train de l’absurde existe.
Baud87

Bonjour baudelaire

je suis profondément touchée par ce que tu décris .
j'ai envie de rajouter que ...."tout" mais quasiment "TOUT" ce qui est "éducation" se fait dans la violence et par la violence ,je m'explique : les éducateurs (enseignants,surveillants,directeurs...) ont dans leurs mains (et ça je l'ai vu ! ) un morceau de tuyau d'arrosage......:fouet:... pour "redresser" les turbulents !

connais-tu ce que ça donne un coup pareil ?????? un bleu profond de quelqs cm et des douleurs atroces !
le pire c'est la rage qui vient d'être semer dans le coeur de cet enfant !

la violence est banalisée , résultat : les enfants et adultes se font violence à eux meme !

oui c'est vrai ,les enfants ne naissent pas en Algerie pour être heureux !

yasmi
24/05/2012, 15h01
Triste et amère réalité hélas.
Beaud, tu as su en un texte exprimé la douleur et le désespoir de cette jeunesse perdue à jamais.
Y'a t il une solution à çà ? Car même avec un changement de gouvernement qui serait démocratique, pas sure
que cela puisse s'améliorer. Le mal est fait.

baudelaire87
24/05/2012, 15h52
Merci la terre, merci yasmi, toujours sans voix devant cette misère horrible.