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ahmeddamien
01/01/2013, 14h22
http://youtu.be/INR4GBjA4Gk


Intellectuelle brillante, écrivain, traductrice, chercheur, responsable du département sciences humaines du CNRS après la Seconde Guerre mondiale, Éva de Vitray-Meyerovitch est entrée en islam vers 1950. Une quarantaine d’ouvrages témoignent de sa recherche ardente, parmi lesquels un trésor enfin révélé aux francophones : le Mathnawi , de Rûmî. Sa parfaite connaissance de la pensée de Muhammad Iqbal lui a permis de trouver sa voie dans un islam ouvert, de paix et d’amour, dont elle est devenue l’une des meilleures ambassadrices.

« Lorsque j’ai fait mes premiers pas vers l’islam, après la lecture du livre d’Iqbal, vous pensez bien que cela n’a pas été facile. J’avais été élevée dans la religion catholique par une grand-mère d’origine anglicane. J’avais un mari juif. J’avais le sentiment de faire quelque chose de fou et j’étais parfois d’autant plus désemparée que je n’avais personne pour me guider… »

Dans son livre intitulé Islam, l’autre visage, Éva de Vitray-Meyerovitch confie à Rachel et Jean-Pierre Cartier qui l’interrogent, l’influence qu’a exercée sur elle sa grand-mère anglicane, convertie par amour du catholicisme. Sa grand-mère, leur dit-elle, « était d’une honnêteté foncière… L’idée était de ne jamais tricher ».

Élevée dans une institution de sœurs, elle ressent très vite le poids des mensonges ou des raccourcis trompeurs. Plus tard, devenue docteure en philosophie, proche de Louis Massignon, son inlassable quête de vérité lui fait rencontrer et traduire la pensée de Muhammad Iqbal, philosophe indien intéressé par la rencontre Orient-Occident.

Ce sont des influences qui comptent, elle fait le choix d’entrer en islam en 1950. Elle explique pourquoi : « L'islam oblige à reconnaître toutes les communautés spirituelles, tous les prophètes antérieurs. L'islam est le dénominateur commun à toutes les religions. On ne se convertit pas à l'islam. On embrasse une religion qui contient toutes les autres. »

Sans doute était-il plus facile de vivre cette expérience peu commune alors, au sein du cénacle des chercheurs. Elle s’entoure de quêteurs de vérité, comme elle : Amadou Hampâte Bâ, Najm Ed-Din Bammate… Ses missions au Caire, où elle a enseigné à Al-Azhar, au Maroc, en Turquie, au Koweït… sont autant de riches expériences du monde arabo-musulman.

Largeur de vue, courage, simplicité, goût du travail bien fait, intelligence généreuse… lui ont permis de dépasser les préjugés et d’ouvrir bien des portes. Elle est bien sûr imprégnée de l’enseignement de Rûmî, dont elle entreprend la traduction dans les années 1970 avec Djamchid Mortazavi. « Une somme spirituelle, une comédie humaine et divine, l’apogée de la mystique musulmane », écrit-elle dans son introduction.

En 1990, après quinze années de travail, le public francophone a pu enfin avoir accès à cette œuvre majeure de l’islam, le Mathnawi, exégèse du Coran, authentique enseignement composé de 50 000 vers, invite à la fois ludique et savante à la perplexité, à la réflexion, à la remise en cause de ses comportements. Œuvre presque indispensable aux « cheminants ».

Décédée en 1999, Éva de Vitray-Meyerovitch laisse derrière elle une trace lumineuse de compréhension de l’Orient musulman et une voie d’accès au bel islam. Son œuvre permet aujourd’hui à de nombreux Occidentaux d’en comprendre la portée et l’importance pour l’humanité, bien au-delà des discours stéréotypés des médias.


* Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu, journalistes et écrivains, ont publié les écrits d’Isabelle Eberhardt à l’occasion de son centenaire. Ils sont co-auteurs, notamment, de Le Voyage soufi d’Isabelle Eberhardt , Éd. Gallimard - Joëlle Losfeld, 2008.

ahmeddamien
01/01/2013, 14h25
Eléments Biographiques
5 novembre 1909 : naissance d’Eva Lamacque de Vitray à Boulogne-Billancourt
Années 1920 : éducation scolaire chez les religieuses à Boulogne puis à Paris.
1932 : mariage avec Lazare Meyerovitch, d’origine juive lettone.
Années 1930 : doctorat de philosophie et thèse sur La symbolique chez Platon. Naissance d’un premier garçon.
1940 – 1944 : réfugiée en Corrèze ; son mari s’engage dans les Forces Françaises Libres.
1945 : entrée au C.N.R.S. (département des Sciences Humaines) et installation au 75, rue Claude Bernard.
1945 – 1950 : rencontre avec Louis Massignon ; découverte et début de la traduction de l’œuvre de Muhammad Iqbâl
(Reconstruire la pensée religieuse, Message de l’Orient, Les mystères du non-moi, La Métaphysique en Perse...) qui lui fait découvrir Rûmî. Entrée en islam après trois ans d’exégèse chrétienne à la Sorbonne.
1955 : Apprentissage du persan et premières traductions de Rûmî. Naissance d’un second garçon.
1961 : décès de son mari.
1968 : thèse de Lettres (Université de Paris) : Thèmes mystiques dans l’œuvre de Djalâl od-Dîn Rûmî.
1969 – 1973 : détachement au Caire où elle enseigne à l’université al-Azhar.
1971 : pèlerinage à La Mecque
1970 -1980 : nombreux voyages dans le monde musulman. Activité d’enseignante, de traductrice et de conférencière.
Missions à l’U.N.E.S.C.O. où elle rencontre Amadou Hampâté Bâ. Collaboration avec Najm od-Dîn Bammate pour des émissions de radio et de télévision. Début de la traduction des 51.000 vers du Mathnawî, ouvrage majeur de Rûmî et chef-d’œuvre du Patrimoine immatériel de l’humanité, traduction des Odes Mystiques , du Livre du dedans. Publication de Rûmî et le soufisme qui sera traduit en plusieurs langues.
1990 : parution de la traduction française des 51.000 vers du Mathnawî . Traduction des Lettres de Rûmî, des Rubai’yât.
1995 : publication des entretiens avec Rachel et Jean-Pierre Cartier, "Islam, l’autre visage".
1998 : parution de son dernier ouvrage, La prière en islam.
Elle est aussi l’auteure de nombreux ouvrages qui seront traduits en plusieurs langues comme Konya ou la danse
cosmique, Mystique et poésie en Islam, Rûmî et le soufisme, Anthologie du Soufisme, La Mecque et Médine, Les Chemins de la Lumière : 75 contes soufis, Contes soufis, Le chant du soleil, Islam et Christianisme (avec Jean-Yves Leloup), Jésus dans la Tradition Soufie (avec Faouzi Skali), etc. Elle a participé en tant que spécialiste de l’islam aux ouvrages collectifs : Dictionnaire des symboles et La Traversée des signes.
24 juillet 1999 : décès dans son appartement de la rue Claude Bernard après plusieurs années de souffrance. Elle est
inhumée dans la plus stricte intimité au cimetière de Thiais, en région parisienne.
17 décembre 2008 : cérémonie de re-inhumation au cimetière des Trois Saints à Konya, face au mausolée de Rûmî.