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Toufik
16/08/2008, 15h06
Boom du marché automobile algérien

Où sont les voitures de nos rêves ?

Le marché algérien devrait, cette année, largement dépasser le cap des 200 000 véhicules importés, selon les chiffres officiels. Un dynamisme qui profite d'abord aux concessionnaires. Le marché algérien du véhicule connaît une progression spectaculaire, ces dernières années, avec l'importation de 200 000 véhicules en moyenne par an. Ce chiffre avait déjà failli être atteint l'an dernier mais la tentative avait échoué de peu avec au final, seulement 196 812 véhicules importés, selon les données officielles du Centre nationale de l'informatique et des statistiques (Cnis).

L'accélération du renouvellement du parc automobile nationale devrait conduire, à terme, à l'augmentation de l'offre sur le marché de l'occasion. Le marché de l'automobile en Algérie a enregistré une forte croissance pendant le premier semestre de l'année 2008. Il faut savoir que l'Algérie est actuellement le deuxième marché africain, derrière l'Afrique du Sud, avec un parc automobile qui reste le plus important de tout le Maghreb. 151 194 est le nombre de véhicules importés au cours du premier semestre de cette année, soit une hausse qui frôle les 12% (exactement 11,97%) par rapport à la même période de 2007 où ce nombre avait atteint les 135 032 véhicules. La valeur totale des véhicules importés a atteint 121,40 milliards de dinars, selon les données du (CNIS). D'après cet organisme relevant des Douanes algériennes, une trentaine de concessionnaires activent actuellement sur le marché national.

Les importations effectuées ces derniers mois ont été en augmentation de plus de 11,9%, soit 139 290 véhicules pour un montant de 106,32 milliards de DA, comparativement au premier semestre 2007. Ce qui, en soi, était déjà un record. Les chiffres qui viennent d'être fournis par le Cnis pour le premier semestre 2008 ne laissent planer aucun doute : 151 194 véhicules ont déjà été importés par les concessionnaires au cours des six premiers mois de l'année 2007, avec 135 032 modèles qui avaient alors posé les roues sur le sol algérien. La progression en valeur est tout aussi nette. De 108 milliards de DA (1,17 milliard d'euros) pendant les six premiers mois de 2007, la valeur totale des importations s'est établie à 121,4 milliards de DA sur la même période en 2008. Pour le premier trimestre de l'année 2008, l'Algérie a importé près de 61 000 véhicules. Le parc automobile algérien a enregistré une hausse de près de 25% par rapport à la même période de l'année dernière. La valeur totale des véhicules importés par les concessionnaires a été de 47,080 milliards de DA, soit une augmentation de 26,58%, comparativement au premier trimestre de l'année 2007.

La seule année où les importations de voitures, en Algérie, ont connu une baisse, c'était en 2006 où 188 006 unités ont été importées, contre 251 576 unités l'année d'avant, soit une baisse de 25% selon les statistiques des Douanes algériennes. Le marché des véhicules neufs, en Algérie, est en forte croissance en ce début d'année. Pour plus de précisions et selon le Centre des douanes, au premier semestre 2008, quelque 3,5 millions véhicules ont été recensés en Algérie et qui sont répartis comme suit : 2 042 824 véhicules de tourisme, 687 391 camionnettes, 536 680 véhicules industriels (camions, remorques, autocars, véhicules spéciaux...), et 125 892 tracteurs agricoles, ainsi que 9 507 motos, le parc automobile en Algérie ne cesse de croître. Pour ce qui est des wilayas, Alger arrive en tête du peloton avec plus de 812 750 véhicules (23,9% du parc), suivie respectivement de Blida : 210 654 véhicules (6,2% du parc algérien) Oran : 180 966 véhicules (5,3%), Constantine : 117 613 véhicules (3,5%) et Bejaia : 113 131 véhicules (3,3%).

Cependant, et au-delà de cette réalité, il y a lieu de s'interroger sur le procédé auquel les autorités doivent recourir afin de freiner cette tendance. Il faut souligner aussi que cette hausse des importations des véhicules neufs peut être expliquée par plusieurs facteurs, notamment les facilitations et les promotions proposées par les concessionnaires automobiles, l'impulsion provoquée par le lancement du crédit automobile initié auparavant par la Cnep Banque semble avoir été le déclencheur de la consommation de masse en termes d'achat de véhicules neufs et la suspension, à partir de 2005, des importations des véhicules de moins de 3 ans ainsi que l'arrivée, sur le marché, des voitures asiatiques proposées au consommateur algérien à bas prix.

Renverser la tendance

Néanmoins, cette croissance du marché n'a pas été suivie par un développement des infrastructures. Les routes dont dispose l'Algérie sont nettement insuffisantes pour contenir tout ces flux de voitures qui ne cessent d'entrer dans le pays. Aussi, il est à se demander quels sont les procédés que l'Algérie compte adopter afin d'assurer un bon contrôle des véhicules importés et que d'aucuns estiment que ceux appliqués ne répondent pas aux normes internationales admises en matière de pollution, sans parler du fait que le marché automobile a provoqué une recrudescence de la facture à l'import.

Chaque année, plus de 200 millions de dollars sont alloués pour des opérations d'importation de la pièce de rechange, sans oublier les opérations de saisie opérées par les services des douanes. De nombreux hauts responsables de l'Etat ont fait savoir aux constructeurs d'automobiles, à de nombreuses reprises, que l'Etat ne va pas laisser son marché ouvert éternellement. Cela afin de les inciter à concrétiser des projets d'investissement tels que le montage d'une usine de fabrication de voitures. A ce sujet, les pouvoirs publics n'ont pas hésité à passer à l'action en procédant à l'instauration d'une nouvelle taxe aux concessionnaires automobiles. Celle-ci variera entre 50 000 et 150 000 DA pour tout achat de véhicule neuf vendu selon la cylindrée. Il s'agit, selon M. Karim Djoudi, ministre des Finances, de réguler le marché de l'automobile et conduire les constructeurs à produire en Algérie.

Aussi, ces dispositions ont en fait pour objectif d'impliquer clients et concessionnaires, et de les forcer à contribuer au soutien des prix des transports en commun, en l'occurrence tramway et métro. Au même titre, une autre mesure a été annoncée par le ministre des Finances. Les concessionnaires seront obligés de verser 1% de leur chiffre d'affaires pour le soutien du prix du ticket des transports en commun. Décidées dernièrement dans le cadre de la loi de finances complémentaire pour 2008 et publiées dans le Journal officiel, ces nouvelles taxes applicables depuis près d'un mois ont provoqué un désarroi auprès des concessionnaires. Toutefois, il est utile de noter que, selon le porte-parole des concessionnaires, l'Association des concessionnaires algériens (AC2A) n'a pas été associée à la préparation de cette loi. Mais la question qui reste posée : est de savoir si cette mesure va pousser les concessionnaires à produire en Algérie. Selon M. Abdelmalek Serraï, consultant en économie, l'application de cette décision peut servir de déclencheur qui poussera, peut-être, les fournisseurs à s'engager enfin dans l'investissement. Avant d'avancer que les nouvelles taxes décidées par le gouvernement pourront faire freiner le marché de l'automobile et réduire ainsi les ventes de 20 à 30%.

L'occasion : un marché à règlementer

Une chose est sûre. L'instauration de cette nouvelle taxe a provoqué un véritable rush sur le marché de l'occasion. Résultat : les prix de l'occasion flambent. Par ailleurs, et s'agissant du marché du véhicule d'occasion, là encore, les pouvoirs publics se trouvent devant un véritable dilemme. L'occasion est un marché qui échappe à tout contrôle. Nul ne peut situer les parts de ce marché, ni son volume en chiffre d'affaires et encore moins la fiabilité des véhicules qui y sont vendus. Chose qui ouvre la porte à tous les dérapages. Dans ce sens, le ministère du Commerce prépare un avant-projet de loi visant à organiser le marché du véhicule d'occasion, afin de fixer les conditions de vente des automobiles usagées et réglementer les marchés des véhicules d'occasion. Le projet de loi devrait être prêt à la fin du second semestre de 2008. Le ministère du Commerce n'a pas précisé la nature des dispositions, si l'Etat comptait instaurer une taxe sur la vente de véhicules usagés.

La voiture algérienne : rêve inaccessible ?

Certes, l'Algérie est un marché dynamique, en particulier du point de vue des ventes de véhicules neufs. Il résiste toutefois aux difficultés pour attirer les IDE malgré une reprise notable depuis l'année 2000. Il faut noter la spécificité du segment des poids lourds, seul secteur à disposer d'une production locale, et qui fait l'objet d'un regain d'intérêt croissant de la part du groupe Renault trucks. Si le pays dispose d'atouts importants tels que le coût de la main-d'œuvre et l'ouverture en faveur d'une économie de marché, il souffre cependant d'un certain nombre de faiblesses comme le niveau de qualification du personnel local et le manque de développement du tissu industriel, en particulier au niveau des fournisseurs et des équipementiers automobile (les sous-traitants). Le marché de l'automobile en Algérie est en voie de reconstruction et de structuration, après les difficultés rencontrées par le pays au cours de la décennie écoulée. Pour autant, des trois pays de la zone considérée, l'Algérie est celui qui possède le plus important parc automobile.

Le taux de motorisation de l'Algérie est de 71 véhicules (utilitaires ou particuliers) pour 1 000 habitants. S'agissant des modèles présents, les industriels français sont majoritaires ; Peugeot et Renault représentant la moitié des véhicules roulants (900 000 véhicules de marque Peugeot et plus de 600 000 de marque Renault). L'ensemble des autres constructeurs se situe en dessous de la barre des 200 000 véhicules présents sur le sol algérien. Ces dernières années, le marché de l'automobile a cependant vu apparaître un nombre croissant de nouvelles marques, notamment d'origine asiatique qui constituent autant de nouveaux concurrents, particulièrement agressifs sur le segment du prix, pour les constructeurs français historiquement présents en Algérie. Cependant, l'Algérie est à la traîne sur le plan de la construction automobile.

Par contre, des pays comme le Maroc ou la Turquie ont pu lancer des opérations d'assemblage ou de montage de véhicules légers avec respectivement 200 000 et 1 million d'unités par an. Pourtant l'Algérie disposait, dans les années 1970, de solides assises dans le domaine de la fabrication et du montage de véhicules industriels et autres engins, à l'exemple des complexes des tracteurs de Constantine, de celui du machinisme agricole de Sidi Bel-Abbès ou de la SNVI de Rouiba. Une opération a été lancée en 1980, dans les Hauts-Plateaux pour l'implantation, à Tiaret, d'un complexe de montage de véhicules particuliers avec la firme italienne "Fiat". Malgré les moyens énormes dégagés par les décideurs de l'époque, qui ont commis des erreurs sur le choix du site, la voiture algérienne "Fatia" n'a jamais vu le jour.

Il faut dire que le projet a été abandonné. L'autre aspect de taille, qui n'a pas permis l'émergence d'une industrie automobile, est que certaines firmes ou multinationales spécialisées dans l'industrie de l'automobile avaient opté pour d'autres destinations et pays de la région. Comme palliatif, on se contente d'importer des véhicules. En occupant le podium. Le diagnostic est sans appel : le projet Fatia est mort de sa belle mort. Fabrication automobile de Tiaret (Fatia) issue de la restructuration de l'ex-Sonacome n'est qu'un beau souvenir d'un rêve fou qui n'a pas résisté à l'épreuve de la réalité économique. En effet, après la renonciation du partenaire italien Fiat qui détenait 36% des actions de cette société mixte, Fatia ne trouve plus preneur. Quinze années de labeur et douze milliards de DA d'investissements ne peuvent pourtant être effacés comme cela, ils ne s'accrochent pas moins à l'idée de rentabiliser l'usine de Tiaret, quitte à recentrer sa vocation sur un autre segment de l'industrie automobile que celui de la fabrication de voitures.

Montage et construction automobile : Chinois, Coréens et Iraniens en course

Aussi les représentants du constructeur automobile iranien Saipa avaient annoncé, il y a quelques semaines de cela, qu'une usine de montage de voitures pourra ouvrir ses portes dans six mois en Algérie, si les négociations entre la maison mère est le représentant exclusif de cette marque en Algérie (groupe Sipac) aboutissent à un résultat positif. Cette information pourrait constituer une bouffée d'oxygène à l'industrie mécanique en Algérie, surtout qu'une trentaine de concessionnaires automobiles de marques étrangères activent actuellement sur le marché national, sans qu'ils ne contribuent ni au développement du pays ni à l'absorption du chômage. Aussi des négociations sont entamées afin d'installer une usine de fabrication de voitures soit avec les Chinois ou les Coréens, il faut attendre celui qui ravive le vieux rêve des autorités du pays d'accueillir l'usine d'assemblage d'un constructeur, à l'image de Renault au Maroc avec le futur site de Tanger. Le projet pourrait se réaliser dans la décennie. En partenariat avec Hyundai, Cevital envisage l'installation d'une usine d'automobiles à Cap Djinet, à l'est d'Alger. Elle pourrait voir le jour à partir de 2015. A moins que le constructeur chinois Chana ne prenne de vitesse le tandem Hyundai-Cevital. Chana est en contact avec les autorités algériennes dans le même but. Un site aux abords de Mostaganem pourrait lui être proposé.

Hamid Si Salem- LeMaghrebDZ