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bel1000
26/05/2013, 13h01
On s’y attendait

Le documentaire de France 3 sur Tibhirine

Armand Veilleux, 25 mai 2013
http://www.scourmont.be/Armand/writings/documentaire-tibhirine-aitaoudia.htm

Voici quelques réflexions à chaud après avoir vu ce documentaire :

1 – Diffuser, l’un après l’autre le film de Xavier Beauvois et ce documentaire d’une tout autre nature est déjà assez surprenant. Évidemment cela tend à donner au documentaire une crédibilité à laquelle il ne pourrait guère prétendre autrement. Mais cette juxtaposition est tout à fait incongrue. Le film de Xavier Beauvois est extrêmement respectueux des personnes et de l’auditoire. Le documentaire de Malik Aït Aoudia et Séverine Labat, qui sera très dur à voir pour les membres des familles des moines, manque totalement de ce respect, surtout dans la deuxième partie, permettant à des criminels soi-disant repentis de raconter sans état d’âme le traitement des moines, y compris leur égorgement (sans qu’il n’y ait aucune preuve de la véracité de ces descriptions).

2 -- Il y a d’ailleurs le même problème au sein même du documentaire, où, des témoignages de personnages très crédibles comme Mgr. Teissier, Thierry Becker et Père Amédée, qui racontent ce qu’ont vécu les moines à Tibhirine, on passe graduellement aux témoignages invérifiables de personnes peu crédibles sur les circonstances de leur enlèvement et de leur mort. La juxtaposition des témoignages est parfois trompeuse. Ainsi, le témoignage de Thierry Becker disant qu’il est allé avertir les autorités, le matin suivant l’enlèvement des moines, est suivi immédiatement de celui d’un certain général Maïza (jamais mentionné auparavant dans aucun récit) qui dit que « des recherches furent lancées immédiatement » et son témoignage est accompagné d’un montage vidéo de soldats en camouflage (qui ressemble d’ailleurs plutôt à un exercice de jeunes recrues). Or Thierry Becker, dans un rapport détaillé des événements, rédigé le 3 juin 1996 et remis aux autorités de l’Ordre cistercien, écrivait au contraire : «De toute la journée, nous n’avons vu aucun mouvement de troupe dans la région. Les voisins n’ont pas été interrogés ».

3 – Le montage du documentaire est très bien fait ; mais il n’est nulle part indiqué à quelle date furent enregistrés ces témoignages. Celui de Père Amédée fut certainement fait quelques années avant son décès survenu en 2008. Celui de Benhadjar est aussi d’un Benhadjar plus jeune qu’il n’est actuellement.

4 – Autre remarque de fond : il est vraiment triste, que dix-sept ans après la tragédie, on en soit encore à devoir subir de temps à autre un nouveau livre ou un nouveau documentaire où des journalistes prétendent nous convaincre qu’ils ont finalement fait toute la vérité et qu’il n’y a plus à chercher ailleurs. Quant à la justice, elle a refusé durant de très nombreuses années de faire son travail ; et maintenant que, du côté français, un juge d’instruction honnête et compétent s’efforce de faire son métier d’une façon professionnelle, on ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues aussi bien du côté français, que du côté algérien. Le juge d’instruction Marc Trévédic a demandé, il y a de nombreux mois, de pouvoir aller en Algérie pour entendre une série de témoins et faire l’autopsie des restes des sept moines assassinés ; mais jusqu’ici il n’a aucune assurance qu’il sera autorisé de le faire. Dans le même temps, un journaliste de Marianne peut sans difficulté interroger des témoins qui, par hasard, lui donnent tous la même version des faits.

5 -- Il y a d’ailleurs là une confusion totale des rôles de la presse et de la justice. Le rôle des journalistes est de découvrir des faits et de les rendre publics. Le rôle du juge d’instruction est de vérifier la véracité de chacun de ces témoignages, les confrontant les uns aux autres, puis de chercher les informations qu’on ne possède pas encore, afin de s’approcher graduellement de la vérité et pouvoir faire éventuellement des mises en accusation. Lorsque le journaliste prétend avoir fait toute la vérité, il dépasse les limites de sa compétence et perd sa crédibilité.

6 – Il est d’ailleurs inquiétant que des personnes reconnaissant avoir de nombreux crimes sur les mains – crimes, au moins en certains cas, pour lesquels ne s’applique aucune loi d’amnistie – puissent témoigner à visage découvert et, confortablement assis dans leur fauteuil, raconter sans état d’âme les crimes dont ils ont été complices ou témoins. Certains d’entre eux devraient se retrouver devant une cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, mais n’ont jamais fait l’objet d’aucun procès en Algérie.

7 – Au cours des dix-sept dernières années, plusieurs témoins, dont plusieurs sont des membres des services secrets algériens ou de l’armée algérienne ayant fait défection ont livré une version des faits toute différente. Plusieurs d’entre eux ont parlé non seulement à la presse, mais ont donné leur version des faits sous serment devant le juge d’instruction. Aucun de ces témoins n’a été interrogé par Aït-Aoudia et Labat.

8 – Le nom de Djamel Zitouni revient sans cesse dans tous ces témoignages. Il n’y a pas de doute que ce triste personnage soit intervenu dans l’enlèvement des moines, ainsi que dans au moins une partie de leur captivité et peut-être (mais probablement pas) dans leur exécution. Mais la question la plus importante, celle que ne posent même pas les auteurs du documentaire, est : « pour qui travaillait Zitouni ? » ou « quels étaient ses commanditaires ? » Or, depuis 1995, des témoignages très nombreux et concordants, venant aussi bien de France que d’Algérie, ne laissent guère de doute sur le fait que Zitouni était utilisé par les services secrets algériens.

9 – Que Jean-Charles Marchiani soit intervenu pour essayer de faire libérer les moines est certain, même si tous les détails de son récit n’ont probablement pas le même niveau de véracité. Mais, chose certaine, il n’a jamais eu de contacts directs avec Zitouni. Il était sans doute de bonne foi ; mais, compte tenu de ce qu’ont livré les quelques documents soustraits, au compte-gouttes, au secret défense, du côté français, en particulier ceux provenant du général Rondot, on est en droit de penser que l’interlocuteur réel de Marciani était le général Smaïl Lamari, commanditaire de Zitouni. L’ensemble des documents versés à date au dossier de l’enquête judiciaire permettent de penser que c’est précisément ce Smaïl Lamari qui fut l’architecte de l’enlèvement des moines et de leur exécution. Les témoignages du général Rondot déposés à l’enquête du juge Trévédic montrent l’insistance absolue de Lamari pour que toute négociation se fasse entre lui et la DST française et que ni la DGSE ni aucune autre autorité française (y compris l’ambassadeur) ne soit au courant.

10 – Le grand absent de ce documentaire est Abderezzak el para, fondateur du GPSC avec Hassan Hattab qui, lui, donne son témoignage. Il y a bien Fethi Boukabous qui raconte « avoir vu les passeports des moines ». Or, dans un témoignage sur cassette vidéo enregistré dans le contexte de la commission rogatoire faite en Algérie à la demande du juge Bruguière, ce même témoin dit qu’il a vu les passeports des moines « apportés par Abderrezzak el para ». Cette déposition est faite en arabe. Or, chose curieuse, dans la transcription française communiquée au juge Brugière par les autorités algériennes, le nom d’Abderrezzak a disparu. Il a fallu le flair de limier et le sens professionnel du juge Trévédic pour faire traduire à nouveau cette cassette, comme beaucoup d’autres que le juge Bruguière avait laissées dans un coffre-fort sans les verser au dossier. Il était sans doute trop embarrassant pour les autorités algériennes de laisser le nom d’Abderrezzak el para apparaître dans ce dossier, étant donné qu’il est désormais assez évident qu’il est au moins un « protégé » du système. On comprend dès lors que Hassan Hattab ait été interviewé par Aït Aoudia, mais pas Abderrezzak el para.

11 – Le documentaire que nous a fourni France 3, le 23 mai 2013, est la défense bien orchestrée d’une thèse. Pas surprenant que la presse algérienne liée au régime n’a cessé, durant les deux semaines précédant sa parution, de démontrer à quel point le régime s’en trouvait soulagé. Si le pouvoir algérien n’a rien à cacher, on ne voit pas pourquoi il continuerait de tergiverser et ne permettrait pas au juge Marc Trévédic d’interroger lui-même en Algérie les témoins dont il leur a communiqué la liste, et dont quatre ont été mentionnés par des témoins crédibles, déposant sous serment, comme ayant constitué le commando chargé de l’élimination physique des moines. On ne voit pas non plus pourquoi il refuserait aussi que le juge d’instruction fasse examiner par des experts français en médecine légale les têtes des moines enterrées à Tibhirine. Non seulement cette autopsie, dans l’état actuel de cette science, pourrait révéler les conditions de l’exécution mais elle pourrait aussi nous assurer que ces têtes sont, toutes les sept, celles des moines.

Je laisse à d’autres connaisseurs de ce dossier complexe d’analyser plus en détails les divers témoignages que contient ce documentaire et d’en démontrer, dans plusieurs cas le caractère fallacieux.

Pas plus qu’un livre qui, il y a environ deux ans, prétendait la même chose, ce documentaire n’a réussi à faire « toute la vérité » comme le voudrait la pub de la revue Marianne. Laissons ce travail au juge d’instruction et aux professionnels en la matière.

Armand VEILLEUX

24 mai 2013

dahmane1
26/05/2013, 18h29
http://www.youtube.com/watch?v=5pW2phjO0yU

bel1000
26/05/2013, 20h43
Armand Veilleux parle du documentaire passé sur france3 ce 23 mai 2013 de ait aoudia ; sinon dans les précédents docs il y avait un peu de manipulation mais pas aussi flagrante.

une question s'impose :
comment hacene hattab apporte t-il un témoignage à un journaliste alors que la justice le recherche depuis 15 ans et qu'à chaque fois qu'on annonce son procès on le reporte le lendemain matin et pourquoi certains témoins ne sont pas en prison alors qu'ils étaient les lieutenants de djamel zitouni?

bel1000
27/05/2013, 02h45
La vérité sur la mort des moines de Tibhirine ?
Publié le 24 mai 2013 par Baudouin Loos

La vérité, enfin, sur la sordide affaire des moines de Tibhirine assassinés en Algérie en 1996 ? Voilà ce qu’un documentaire, Le martyre des sept moines de Tibhirine ( Le martyre des moines de Tibhirine - Docs interdits - Les Documentaires - France3 (http://www.france3.fr/videos/82407280) ), diffusé ce 23 mai tard sur France 3 avait l’ambition d’offrir. Pourtant, cette prétention rencontre le scepticisme de certains spécialistes.

Petit rappel des seuls faits établis. En pleine « sale guerre » entre islamistes algériens et le régime militaire, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moins trappistes de l’abbaye de Tibhirine, non loin de Médéa, sont enlevés par un groupe armé. Le 26 avril, un texte signé par Djamel Zitouni (émir du GIA, Groupe islamique armé) revendique le rapt et exige la libération de prisonniers. Il faut attendre le 21 mai pour qu’un communiqué au nom du GIA revendique le meurtre des moines. Quelques jours plus tard, les têtes des suppliciés sont retrouvées sur une route près de Médéa.
Deux thèses s’affrontent depuis lors. Pour le régime algérien et le camp des «éradicateurs» (formule algérienne désignant ceux qui refusaient à l’époque toute idée de conciliation avec les islamistes), le GIA a enlevé et tué les moines. L’échec des tractations avec la France – un embrouillamini à la française dans lequel certains ministres et des «services» se sont concurrencés au lieu de collaborer – aurait décidé Zitouni d’en finir. Point final.
Pour nombre d’opposants au régime, en revanche, les motifs de doute sont tellement nombreux qu’il faut étudier sinon privilégier une thèse bien différente : les moines auraient été enlevés par un groupe islamiste manipulé par le DRS (Département du renseignement et de la sécurité, héritier de la célèbre et toute-puissante Sécurité militaire) et l’affaire aurait mal tourné, se clôturant par l’assassinat des moines qui n’était pas le but initial.

Sur le dénouement macabre, une des thèses soutient qu’un hélicoptère de l’armée aurait mitraillé par erreur le groupe de ravisseurs et d’otages, tuant tout le monde, ce qui expliquerait pourquoi les corps, pièces à conviction embarrassantes, auraient disparu. Un autre scénario évoqué renvoie plutôt à la panique des responsables du DRS quand les services français ont commencé à enquêter en Algérie, ce qui aurait précipité la décision d’en finir avec les moines.

Le documentaire diffusé ce 23 mai entend prouver la thèse officielle de manière décisive. Ou, en tout cas, aboutit à des conclusions qui correspondent à la thèse officielle. Il est l’œuvre de la chercheuse française Séverine Labat et du journaliste algérien Malik Aït-Aoudia. Qu’apportent-ils de nouveau ? Rien moins que des aveux ! Notamment ceux d’un certain Abou Imen, décrit comme le dernier geôlier des moines et qui, comme témoin de l’assassinat, déclare : «On n’a pas tiré une seule balle, de toute façon on manquait de balles, ils ont tous été égorgés au couteau. J’étais pétrifié.»
Autre témoin clé : Hassan Hattab, ex-responsable du GIA puis fondateur du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat, passé dans le giron d’Al-Qaïda bien plus tard) qui explique avoir quitté le GIA notamment en raison de l’assassinat des moines décidé par l’émir d’alors, Djamel Zitouni. Ce dernier, sur qui pèsent toutes les accusations, ne témoignera plus : il a été abattu en juillet de la même année 1996 par une brigade islamiste rivale commandée par Ali Benhadjar… qui témoigne lui aussi dans le documentaire.

Les arguments des sceptiques

Que disent les sceptiques ? Beaucoup de choses ! Ils observent pour commencer la très rare facilité de tournage (notamment à Tibhirine) dont ont bénéficié les auteurs du film. Ils relèvent aussi l’absence totale dans le film des acteurs, algériens ou autres, qui mettent en doute la thèse officielle. Ainsi, pour revenir sur «l’émir» Zitouni, il court sur ce personnage des accusations troublantes de collaboration avec le DRS. Des témoins algériens et français en attestent dans des témoignages que le documentaire ignore. Y compris un ancien colonel du DRS exilé, Mohammed Samraoui et un ex-agent de ce même département, Karim Moulaï…
Pourquoi le DRS aurait-il fait enlever les moines ? Selon certains, il s’agissait à la fois de déloger les moines de la région (où ils soignaient tout le monde, y compris les islamistes, et où aussi, comme témoins, ils gênaient l’armée dans son «nettoyage»), de discréditer les islamistes et d’achever de convaincre la France qu’elle avait choisi le «bon» camp.
Le Canadien Armand Veilleux, qui fut procureur général de l’ordre des cisterciens trappistes et enquêta à l’époque en Algérie, figure toujours parmi les sceptiques et ce documentaire ( http://www.scourmont.be/Armand/writings/documentaire-tibhirine-ait-aoudia.htm )ne peut le satisfaire. Il s’en prend notamment à Malik Aït-Aoudia, l’un des auteurs du documentaire: «C’est, écrit-il, un ancien chargé de communication du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie), petit parti kabyle de Saïd Saadi, de tendance nettement «éradicatrice» et proche des généraux algériens, explique le père Veilleux. Depuis 2001 (…), il est devenu un grand supporteur de Bouteflika ( L (http://www.dailymotion.com/video/x970vy_l-homme-qui-a-intoxique-les-teles-e_news#.UZ86jaI4Hph) )et un des principaux agents de liaison entre le service de presse du DRS (Sécurité militaire) et les équipes de télévisions étrangères, notamment françaises, dont France 2, France 3 et France 5. (…) Tous les documentaires de Malik Ait-Aoudia ont la même caractéristique. Il s’agit toujours d’une analyse ultra éradicatrice des événements. Avec l’aide de témoins nouveaux et inconnus jusqu’alors, dont l’identité et la véracité sont invérifiables, il présente la victoire de l’armée, toute pure, qui a sauvé l’Algérie des démons islamistes. » Il est vrai que Aït-Aoudia ne cache pas qu’il est un militant enthousiaste d’Abdelaziz Bouteflika, président désigné par l’armée depuis 1999.
Armand Veilleux, actuellement père abbé de la trappe de Scourmont (Chimay, Belgique) constate aussi qu’«il est facile de noter que chaque fois que des informations embarrassantes pour le régime des généraux sont données par d’anciens agents du DRS, celui-ci fait apparaître de nouveaux «témoins» du crime».
Or, si aucune enquête n’a, curieusement, jamais été menée par les autorités algériennes, la France, après avoir tergiversé pendant près de huit ans bien qu’il s’agissait tout de même du meurtre de sept nationaux, a lancé une telle enquête en février 2004 après le dépôt d’une plainte de la famille d’un des moines.
D’abord confiée sans grands résultats au célèbre juge antiterroriste Jean-Pierre Bruguière, elle fut reprise par son collègue Marc Trévidic en 2007 qui a auditionné un grand nombre de témoins. Il est même sur le point de pouvoir se rendre en Algérie pour entendre d’autres témoins, ce qui, suggèrent certains comme l’abbé Veilleux, aurait poussé le régime à favoriser la confection de ce documentaire qui renforce sa thèse.

«Un documentaire reposant sur une enquête implacable»

Ces derniers jours, la presse algérienne francophone, qui fut dans la «décennie noire» le porte-parole zélé des éradicateurs, fait l’apologie du documentaire d’Aït-Aoudia et Labat. Et leur donne la parole. Voici ce qu’ils répondent à la question d’El Watan qui leur demande s’ils ne craignent pas d’être accusés d’accréditer la position officielle: «Que faut-il faire lorsqu’un documentaire reposant sur une enquête implacable recoupe une version officielle ? Il faudrait jeter tout ce travail à la poubelle ? Cela signifierait que la souffrance des moines ne serait digne d’intérêt que s’ils ont été victimes de l’Etat algérien, qu’elle ne serait qu’un alibi pour des manœuvres politiques. Ce n’est pas notre façon de concevoir notre métier. Quand nous lisons ou regardons certaines «choses», nous ne sommes plus dans le journalisme ou le documentaire, mais dans la fiction. (…)». Cette dernière phrase vise des articles, des documentaires ( https://www.youtube.com/watch?v=eMXEDjxlzOo )et des livres (1) qui ont l’ambition de contester la thèse officielle. On notera que les accusations les plus graves de meurtres à l’encontre de généraux algériens désignés nommément par notre confrère Jean-Baptiste Rivoire n’ont pas donné lieu à des poursuites en diffamation.
Puisque le juge français Marc Trévidic devrait bientôt débarquer en Algérie, on pourrait imaginer que les nouveaux témoins révélés par le documentaire diffusé par FR3 – comme certains ex-membres du GIA qui racontent en toute quiétude et impunité les détails de l’affaire, l’un au moins ayant même assisté à la fin atroce des moines – auront à cœur de lui montrer où ont été enterrés les corps des moines. Leur exhumation pourrait apporter des éléments concrets pour son enquête.
Car, à propos de ces corps aussi, des ambiguïtés subsistent: Armand Veilleux, envoyé à Alger par les cisterciens en mai 1996 pour enquêter sur la disparition des moines, clame depuis lors sans être contredit que les autorités algériennes et françaises s’étaient mises d’accord pour ne révéler à personne, même pas à lui, que les sept cercueils ne contenaient que les têtes. Qu’il avait dû menacer de les ouvrir lui-même avec un tournevis pour qu’on acceptât de les ouvrir devant lui. C’est dire si la découverte des corps pourrait être importante. Cette anecdote ne figure pas dans le documentaire.
Contactée par nos soins sur Facebook, Séverine Labat ne croit pas que les corps seront jamais retrouvés, malgré les informations que pourraient divulguer ses propres nouveaux témoins: «Impossible vu la géographie des lieux et le périmètre qu’il faudrait sonder. Cela fait dix-sept ans, même ces témoins ne sauraient retrouver l’endroit exact qui n’est nullement marqué ou signalé par quoi que ce soit».
Voilà qui est dommage. Une exhumation eût sans doute pu contribuer à apporter des réponses dans cette affaire des plus complexes que le documentaire diffusé par FR3, bien que réalisé avec maîtrise et émouvant par moments, ne paraît pas avoir éclaircie.

BAUDOUIN LOOS

(1) Une littérature abondante est disponible sur le sujet. On lira notamment deux ouvrages sortis en 2011 et charriant des thèses dissemblables : En quête de vérité, le martyre des moines de Tibhirine, de Réné Guitton, Calmann-Lévy, et Le crime de Tibhirine, révélations sur les responsables, de Jean-Baptiste Rivoire, Éditions La Découverte.

dahmane1
27/05/2013, 08h17
Selon la version officielle des faits, les "assaillants" avaient demandé à voir le Médecin en premier, qui justement soignait tous le monde y compris les Islamistes !!!?

L'attaque visait donc le Médecin des moines, mais pourquoi ???

bel1000
27/05/2013, 13h33
Selon la version officielle des faits, les "assaillants" avaient demandé à voir le Médecin en premier, qui justement soignait tous le monde y compris les Islamistes !!!?

L'attaque visait donc le Médecin des moines, mais pourquoi ???

ces années là un slogan faisait le tour de l'Algérie : éradication totale des musulmans ( pas des islamistes comme certains le croient) et une région sans médecin c'est une région conquise ( car les blessés ne pouvaient échapper à la mort et c'était le but des éradicateurs) et la preuve beaucoup de maisons détruites au bazooka svp!, beaucoup de peres et meres tués ou battus, beaucoup d'enfants maltraités dans les écoles et même jetés à la rue car un membre de la famille avait rejoint les maquis.

par ailleurs les grands massacres eurent lieu dans des bastions FIS alors la question qui se pose est:

ces islamistes '' terroristes'' étaient-ils assez cons pour tuer ceux qui avaient vocation de les soigner ou de les nourrir?

la réponse est connue même par un enfant de 06 ans

xvingt
27/05/2013, 14h49
Je vous prie de bien vouloir m'excuser,
je vais certainement être un peu "hors sujet".

Ces moines sont décédés j'espère en accord avec leur conscience.

Ils étaient au courant des risques.
Ils ont accepté ces risques.

Il n'y a donc plus lieu d'en parler.

Je suis d'une région de France ou les habitants ont changé 4 X de nationalité en moins d'un siècle.
Ils ont servi et/ou sont mort suivant les circonstances soit pour un Pays ou l'autre.
C'est pour cela, que nos "monuments aux morts" ne portent qu'une inscription "A nos enfants" et non mort pour ...(Pays).....
Un de mes cousins Allemand de naissance, Français à sa majorité,
est "tombé" (c'est le terme que nous employons) le 2/5/1961.
Personne de ma famille n'en a jamais voulu à quiconque.
J'ai appris par la suite, qu'entré dans une maison il était ressorti par l'arrière et avait été "grillé" par le lance flamme d'un soldat (trop nerveux) de son unité.

bel1000
27/05/2013, 16h28
Je vous prie de bien vouloir m'excuser,
je vais certainement être un peu "hors sujet".

Ces moines sont décédés j'espère en accord avec leur conscience.

Ils étaient au courant des risques.
Ils ont accepté ces risques.

Il n'y a donc plus lieu d'en parler.

Je suis d'une région de France ou les habitants ont changé 4 X de nationalité en moins d'un siècle.
Ils ont servi et/ou sont mort suivant les circonstances soit pour un Pays ou l'autre.
C'est pour cela, que nos "monuments aux morts" ne portent qu'une inscription "A nos enfants" et non mort pour ...(Pays).....
Un de mes cousins Allemand de naissance, Français à sa majorité,
est "tombé" (c'est le terme que nous employons) le 2/5/1961.
Personne de ma famille n'en a jamais voulu à quiconque.
J'ai appris par la suite, qu'entré dans une maison il était ressorti par l'arrière et avait été "grillé" par le lance flamme d'un soldat (trop nerveux) de son unité.

je peux etre d'accord mais ces moines n'etaient pas des soldats ni des islamistes, ils ne faisaient pas de politique, soignaient tout le monde militaires y compris mais pour des raisons inavouées ( je suis quasi sur que c'est leurs terres qui etaient visées comme beaucoup d'algeriens massacrés du petit au plus grand ) furent tués sinon comment expliquer que durant la période certains sont devenus milliardaires donc c'est un crime odieux qui doit etre puni.

les risques?
ils venaient surtout d'un seul camp et un des moines qui a survécu l'a dit après coup après s'être réfugié au maroc et puis pourquoi le régime algérien ainsi que l'ambassadeur et le cardinal d'alger voulaient à tout prix que personne ne sache qu'il n'y avait que des têtes et pourquoi des islamistes sanguinaires s'amuseraient-ils à restituer des têtes mais pas le corps , pour éviter les autopsies? c'est illogique.

des centaines de questions qui attendent des réponses logiques, franches et sans fioritures nous sommes en 2013 et personne au monde ne croit au bouloulou ou au pere noel memes les gosses de 05 ans.

yasmi
27/05/2013, 19h49
Paix à leurs âmes.
Le gouvernement a tout de même une part de responsabilité dans ce qui s'est passé , elle est avant tout
morale.

dahmane1
27/05/2013, 20h45
Paix à leurs âmes.
Le gouvernement a tout de même une part de responsabilité dans ce qui s'est passé , elle est avant tout
morale.

Morale en dernier lieu, mais les assassins doivent avant tout être jugés et punis pour leur crime odieux

bel1000
29/05/2013, 22h56
Paix à leurs âmes.
Le gouvernement a tout de même une part de responsabilité dans ce qui s'est passé , elle est avant tout
morale.

pas une part de responsabilité mais TOUTE la responsabilité.

dahmane1
29/05/2013, 23h48
pas une part de responsabilité mais TOUTE la responsabilité.

Mais nous en avons beaucoup, koul wahed iqoul fouli tayeb ( tout le monde prétend que ses fèves sont les meilleures), et personne ne peut prouver le contraire dans cette fawdha gouvernementale lol

bel1000
30/05/2013, 09h44
Mais nous en avons beaucoup, koul wahed iqoul fouli tayeb ( tout le monde prétend que ses fèves sont les meilleures), et personne ne peut prouver le contraire dans cette fawdha gouvernementale lol

pas du tout sahbi

quand un chien mord une personne ce n'est pas le chien qu'on verbalise mais son proprietaire tout comme un enfant qui fait un dégat c'est aussi les parents qui trinquent

la question qui se pose est : pourquoi le chien a mordu et pourquoi l'enfant à fait des dégâts ( étaient-ils malades, contraints ? etc...)

secundo :
quand un accident de voiture survient y'a toujours un responsable direct ou non et l'expert doit rendre un avis mais pourquoi en algérie il n'y a jamais eu d'expertise?

et une des preuves de la responsabilité du régime ( c'est une reconnaissance implicite de leur part) est dans la charte pour la réconciliation ( zaama) il est interdit à toute personne d'avoir vécu un '' accident'' ( nezzar prétend cela) de porter plainte ou même d'en parler et meme qu'une peine est prévue : 05 ans.

donc pour résumer le tout :

si je te tape et que tu dises aie tu auras 05 ans de prison. ( c'est le pays où les droits de l'homme et la justice sont garantis ) manquent un petit mot : pour qui?

dahmane1
30/05/2013, 09h51
pas du tout sahbi

quand un chien mord une personne ce n'est pas le chien qu'on verbalise mais son proprietaire tout comme un enfant qui fait un dégat c'est aussi les parents qui trinquent

la question qui se pose est : pourquoi le chien a mordu et pourquoi l'enfant à fait des dégâts ( étaient-ils malades, contraints ? etc...)

secundo :
quand un accident de voiture survient y'a toujours un responsable direct ou non et l'expert doit rendre un avis mais pourquoi en algérie il n'y a jamais eu d'expertise?

et une des preuves de la responsabilité du régime ( c'est une reconnaissance implicite de leur part) est dans la charte pour la réconciliation ( zaama) il est interdit à toute personne d'avoir vécu un '' accident'' ( nezzar prétend cela) de porter plainte ou même d'en parler et meme qu'une peine est prévue : 05 ans.

donc pour résumer le tout :

si je te tape et que tu dises aie tu auras 05 ans de prison. ( c'est le pays où les droits de l'homme et la justice sont garantis ) manquent un petit mot : pour qui?

je précise juste que par "beaucoup" je parle des différents "gouvernements" issus d'un même système...

bel1000
30/05/2013, 12h29
je précise juste que par "beaucoup" je parle des différents "gouvernements" issus d'un même système...

sahbi
je ne fais aucune distinction car depuis toujours on nous parle de continuité ( ils disent le changement dans la continuité) le patron restera le patron en smoking ou à poil

bel1000
30/05/2013, 14h36
je viens de trouver cela :


La justice française et le crime de Tibhirine : l’étrange exception algérienne*

29 mai 2013

Françoise Boëgeat (nièce de Frère Paul), Élisabeth Bonpain-Lebreton (sœur de Frère Christophe), Anna Bozzo (historienne), François Burgat (politologue), Nicole Chevillard (journaliste), Antoine Comte (avocat), Hélène Flautre (députée européenne), François Gèze (éditeur), José Garçon (journaliste), Noël Mamère (député), Véronique Nahoum-Grappe (anthropologue), Jean-Pierre Peyroulou (historien), Jean-Baptiste Rivoire (journaliste), Lucile Schmid (membre d’EELV), Armand Veilleux (moine).

Le 23 avril 2013, un attentat à la voiture piégée contre l’ambassade de France en Libye a blessé deux gendarmes français. La section antiterroriste du parquet de Paris a immédiatement ouvert une enquête, conformément à la doctrine constante de la Ve République quand des Français sont victimes d’actes terroristes à l’étranger. Cet événement nous donne l’occasion de rappeler que cette doctrine souffre une très étrange exception : l’Algérie.

De septembre 1993 à août 1996, pas moins de trente-huit ressortissants français – dont seize religieux et trois gendarmes – ont été assassinés dans ce pays. Des crimes pour la plupart attribués au Groupe islamique armé (GIA). Pourtant, aucun d’entre eux n’a donné lieu à l’époque à l’ouverture d’une instruction par le parquet antiterroriste. Comment expliquer cette indifférence de l’État français face au sort de ses ressortissants ? Et, plus encore, face à la terrible hécatombe de la guerre civile algérienne des années 1990, l’une des plus sanglantes de la seconde moitié du xxe siècle, avec plus de 150 000 morts ?

La réponse est connue de longue date : pour Paris, Alger n’a jamais été, depuis l’indépendance de 1962, une capitale étrangère « comme les autres ». N’ayant jamais voulu regarder en face le terrible bilan de cent trente-deux ans de colonisation et de la tragique guerre d’indépendance qui en fut l’épilogue, la France officielle, à gauche comme à droite, a choisi de fermer les yeux sur la dérive autoritaire du pouvoir algérien dès 1962. Puis de s’accommoder de ses dérives mafieuses à partir des années 1980, au point que certains responsables politiques et économiques sont devenus parties prenantes des réseaux de corruption et des lobbies de la « Françalgérie ». Et après le coup d’État de janvier 1992 à Alger, la très étroite collaboration entre services français et algériens (DST et DRS) a conduit au soutien de facto de Paris à la guerre contre-insurrectionnelle conduite par les généraux « janviéristes » contre la population civile et les islamistes.

Cette histoire explique que les gouvernements français successifs, « contraints dans leur expression » par le risque d’attentats en France (comme l’a admis le Premier ministre Lionel Jospin en septembre 1997), se soient abstenus de toute action judiciaire pour faire la lumière sur les assassinats de leurs ressortissants. Car experts, diplomates et responsables français ne le cachent plus en privé : nombre de ces crimes, revendiqués par les GIA, ont été perpétrés à l’initiative des chefs du DRS – véritables dirigeants du pays –, qui ont manipulé ces « groupes islamiques de l’armée », comme certains les ont qualifiés en Algérie.

Tel fut notamment le cas de l’enlèvement, en mars 1996, des sept moines trappistes de Tibhirine et de leur assassinat. Seule la plainte de la famille d’un des moines a enfin permis, en 2004, l’ouverture d’une instruction par le parquet antiterroriste à Paris. D’abord confiée au juge Jean-Louis Bruguière, l’enquête n’a guère avancé. Reprise en 2007 par le juge Marc Trévidic, elle a notamment obtenu la déclassification de documents « secret-défense » attestant que les services français connaissaient l’instrumentalisation par le DRS de Djamel Zitouni, l’« émir national » du GIA ayant revendiqué le crime. Et depuis début 2012, le juge Trévidic attend toujours l’accord d’Alger pour poursuivre ses investigations en Algérie.

Face à ces avancées, comme aux dénonciations rigoureusement argumentées de certains d’entre nous et d’ONG de défense des droits humains, la machine de désinformation du DRS n’a cessé de dénigrer, dans les médias algériens, ceux qui se mobilisaient pour obtenir la vérité et la justice sur les crimes commis aussi bien par l’armée que par des islamistes pendant la « sale guerre » algérienne. En martelant un thème unique : ces militants, journalistes et responsables politiques ne viseraient qu’à « dédouaner l’islamisme de sa barbarie ». Une accusation absurde régulièrement reprise en France depuis près de vingt ans par certains relais médiatiques convaincus de l’identité entre islam et terrorisme. Au point de rester obstinément aveugles aux multiples témoignages établissant l’instrumentalisation de la violence islamiste par les services secrets algériens.

On retrouve cet aveuglement dans le documentaire Le Martyre des moines de Tibhirine, diffusé par France 3 le 23 mai. Ce reportage soigné, qui n’a pu être réalisé qu’avec l’aval des autorités algériennes, donne étrangement la parole à divers « islamistes repentis » revendiquant leur rôle actif dans l’enlèvement et l’égorgement des moines, sans qu’aucun d’entre eux n’ait jamais été réellement inquiété par la justice algérienne pour ce crime. Tout aussi curieusement, les témoignages concordants de Rémy Pautrat (ancien directeur de la DST et ancien secrétaire général adjoint de la Défense nationale), du juge Alain Marsaud et de plusieurs ex-officiers algériens confirmant l’instrumentalisation de Zitouni par le DRS sont totalement passés sous silence. Comment accorder la moindre crédibilité à un tel montage ?

Nous tenons à le redire avec force : il est plus que temps d’en finir avec les compromissions malsaines et les prétendus affrontements idéologiques hérités de l’ère coloniale. Dès lors que la justice algérienne est notoirement empêchée d’agir de façon indépendante, le gouvernement français doit sortir de l’enfermement de décennies de complicité. Et tout faire pour permettre au juge Trévidic de poursuivre son travail afin d’identifier les responsables de l’assassinat des moines de Tibhirine.

* Une version abrégée de ce texte a été publiée le 29 mai par le quotidien Le Monde, sous le titre « Tibhirine : la France passive face aux dérives du régime ».


ps: en souligné en rouge cela rejoint ce que j'ai dit plus haut qu'on empêche l'expert de faire son boulot dans un but bien précis: maintenir le flou pour mieux désinformer et passer pour '' les sauveurs de la république'' comme aime dire nezzar.