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au_gré_du_vent
16/06/2013, 09h26
extrait de La preuve par l (http://www.books.fr/sciences/la-preuve-par-ladn-/#section)

Étant donné la place croissante qu’occupe en matière pénale la preuve par l’ADN, il est indispensable que le grand public dispose d’un minimum de connaissances sur les techniques d’analyse et les débats sociétaux et éthiques que ces méthodes suscitent. Genetic Justice est, de ce point de vue, un ouvrage incontournable. Ainsi que l’expliquent ses auteurs Sheldon Krimsky et Tania Simoncelli, on trouve éparpillés un peu partout dans notre génome de courts segments d’ADN ayant pour caractéristique la répétition en tandem d’unités de base. Les séquences ainsi formées, appelées microsatellites ou Short Tandem Repeats (STR), n’ont aucune fonction physiologique ou de développement apparente. Elles sont pour la plupart composées de quatre éléments – adénine (A), thymine (T), guanine (G) et cytosine (C) – combinés de différentes façons. Il existe en tout 256 possibilités d’enchaînements (par exemple, ATGG, GATG ou encore CATA). Chez une personne donnée, un motif peut être répété trois fois en tandem en un point donné d’un chromosome du génome (par exemple, GATGGATGGATG), tandis que, chez un autre individu, ce motif y sera répété six fois. En outre, puisque l’être humain possède ses chromosomes en deux exemplaires (l’un transmis par la mère, l’autre par le père), le nombre de répétitions peut varier de l’un à l’autre chez une même personne. Autrement dit, le motif peut être répété trois fois sur l’un des chromosomes de la paire et cinq fois sur l’autre, tandis que chez un individu différent il le sera respectivement douze et neuf fois, par exemple.

Pour procéder aux identifications par ADN, les scientifiques ont isolé treize emplacements (ou loci) situés respectivement sur l’un des vingt-quatre types de chromosomes que compte le génome humain. Chaque locus possède un motif caractéristique. Mais le nombre de répétitions de ce motif connaît, lui, une très grande amplitude de variations au sein de n’importe quelle population humaine. Prenons le chromosome 7 : un individu donné pourra présenter cinq répétitions d’un motif sur l’exemplaire de chromosome hérité de son père et douze sur celui venant de sa mère, alors qu’un autre en affichera trois sur celui venant du premier parent, et neuf sur celui légué par le deuxième.

au_gré_du_vent
16/06/2013, 09h28
Semeurs d’ADN

On l’a vu, la probabilité pour que deux personnes non apparentées présentent un profil parfaitement identique sur les treize loci examinés est à peu près nulle. En revanche, de proches parents peuvent présenter des similarités sur une partie des segments, ce qui ouvre la voie à des recherches dites « familiales » – le repérage d’un membre de la parentèle du criminel pouvant in fine conduire au dénouement de l’affaire. Seuls les jumeaux monozygotes ont des profils génétiques identiques, mais les frères et sœurs partagent en moyenne la moitié de leurs allèles (3), tout comme un parent et son enfant, tandis que des cousins en partagent le quart. Isoler un groupe de parents putatifs du criminel peut dès lors permettre aux enquêteurs de réduire suffisamment le champ de leurs investigations pour exploiter d’autres types d’indices (4).

Au même titre que la technique des rapprochements partiels évoquée plus haut, les recherches familiales posent de sérieux problèmes sur le plan des libertés. Dans les deux cas, il s’agit d’effectuer des prélèvements sur des corps ou d’analyser des sécrétions de personnes qui ne se sont pas portées volontaires pour offrir leur salive ou leur sang. En outre, ces méthodes impliquent souvent, comme on l’a vu à Ann Arbor, des pressions et menaces contre des individus qui ne sont pas eux-mêmes suspectés de crime. On peut aussi imaginer que des objets leur appartenant soient analysés à leur insu… Autant de procédés qui violent, selon Krimsky et Simoncelli, le quatrième amendement de la Constitution des États-Unis, lequel interdit les perquisitions et saisies arbitraires. Si la police ne peut pénétrer dans ma maison, en fouiller ou en saisir le contenu sans mandat, il ne fait aucun doute que mon corps doit bénéficier des mêmes mesures de protection. On peut même se demander si les cellules et les cheveux que je sème, la salive que je dépose sur une enveloppe, et les excréments que je rejette peuvent être considérés comme autant de matières « abandonnées » et, à ce titre, librement utilisables par les forces de l’ordre (ou quiconque s’y intéresse). Tel est le statut que leur confèrent jusqu’à présent les tribunaux, même si l’on ne voit pas exactement comment pourraient s’y prendre des juges auprès de qui des citoyens revendiqueraient leur droit de propriété sur ces substances.


P.S. Ces extraits sont tirés de l' article paru dans la New York Review of Books le 23 février 2012. Il a été traduit par Delphine Veaudor.