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Voir la version complète : Le Qatar rêve de déstabiliser l’Algérie



kader95
02/07/2013, 20h11
Dans cet entretien, le journaliste écrivain français Jacques-Marie Bourget, coauteur d’un ouvrage paru récemment aux éditions Fayard, Le Vilain Petit Qatar — Cet ami qui nous veut du mal, évoque pour nos lecteurs les velléités belliqueuses de l’émirat du Qatar à l’endroit de l’Algérie. Et pas seulement.


Liberté : À peine sorti, votre livre est déjà un succès de librairie. En moins d’un mois, il a été réimprimé par trois fois. Par quoi expliquez-vous ce succès ?
Jacques-Marie Bourget : Il est vrai que cet ouvrage contient de nombreuses révélations, d’où son succès par ces temps difficiles pour l’édition en France. Je pense que cette réussite provient aussi de notre travail et de notre indépendance. Pendant près d’un an, nous avons enquêté, Nicolas Beau et moi, dans des conditions difficiles mais sans jamais nous laisser abattre. Cette attitude nous a conduits à passer au crible toute la politique du Qatar, donc à faire des révélations. Si notre livre apparaît, pour certains, comme une “bombe” éditoriale, nous devons cet effet à toutes ces années où, en France, tout ce qui a été écrit sur le Qatar était plus ou moins guidé par les sponsors de Doha où tous les journalistes, universitaires et écrivains qui publient sur le Qatar ont été régulièrement invités. Bien sûr que tous ces hommes et femmes qui se rendent à Doha n’y vont pas pour la qualité de l’air puisque ce pays est le plus pollué du monde. Il est bien évident que le Niger ou le Mali, des États d’une extrême pauvreté, ne présentent aucun attrait pour tous ces journalistes, ces chercheurs et ces élus. Au mieux, on y va au Qatar pour faire la quête pour une cause quelconque comme sa ville ou son département et au pire, pour sa propre poche…

Plusieurs livres sont parus récemment sur le Qatar, mais n’ont pas connu un tel succès. Qu’avez-vous apporté de plus ?
Nous observons dans ce livre la main basse du Qatar sur l’islam des banlieues de France, sur le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, le pillage des terres des pays pauvres, l’exploitation de plus d’un million de travailleurs immigrés traités en esclaves au Qatar. Nous décortiquons l’évolution de la chaîne qatarie Al-Jazeera qui est passée d’un média soucieux de la vérité à une télévision de propagande, faisant la promotion notamment des Frères musulmans. Enfin, nous réalisons une radioscopie des “printemps arabes” qui permet de voir le rôle du Qatar pour changer le régime de la Tunisie, puis de l’Égypte et, enfin, de la Syrie, à coups de millions de dollars et de propagande. Pour la Libye, c’est différent, l’opération anti-Kadhafi était d’abord une sorte de hold-up destiné à prendre le contrôle des 165 milliards de dollars du “Guide”. Le tout avec l’aide de la France de Sarkozy. Nous rappelons également les liens indéfectibles qui existent entre Doha et Israël depuis 1995…

Le succès de votre livre a trait surtout à vos révélations sur les relations entre le personnel politique français et l’émirat au Qatar. À quand remonte, selon vous, cette idylle ?
À la mort de son grand ami Rafic Hariri, Jacques Chirac, alors président de la République, a, le premier, tissé un lien fort avec Doha. La “love story” a atteint son sommet avec Sarkozy où, cette fois, c’est l’émir du Qatar qui dictait la “politique arabe” de la France.

Avec des achats de plus en plus emblématiques et même une intrusion dans les banlieues françaises, certaines voix commencent à critiquer en France l’influence économique et politique grandissante du Qatar. Qu’en pensez-vous ?
Acheter le PSG et des joueurs à prix d’or, c’est faire rallier les banlieues à la cause du Qatar. En France, la communauté musulmane est la plus forte d’Europe. Conquérir ces musulmans-là, c’est prendre une partie du pouvoir sur la France. Par le biais de ses imams, le Qatar avait déjà fait approuver la guerre de Bush contre l’Irak. Nous constatons en France, ces derniers temps, une prise de conscience du danger que représente cette conquête silencieuse. Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, a déjà dit : “Moi, le Qatar, je réfléchirais avant d’y aller.” Nous savons que François Hollande, après un premier élan vers Doha, a  ouvert les yeux sur les rapports des services secrets, et qu’il est maintenant sur le recul. Le problème n’est pas que Doha achète les Champs Élysées, mais qu’il sème le chaos là où il passe…

La diplomatie qatarie se pose souvent en donneuse de leçons en matière de droits de l’Homme, de bonne gouvernance et de démocratie. Sa chaîne de télévision Al-Jazeera n’est pas en reste. Doit-on considérer cet émirat comme un modèle ?
Absolument pas ! Le Qatar est une dictature classée 136e au rang mondial des démocraties. Il y règne, là-bas, une foi sans loi qui a permis de condamner le poète Mohamed Al-Ajami à 15 ans de prison ! Sur le plan financier, il n’y a aucune différence entre les caisses de l’émir et celles de l’État : tout l’argent du gaz va dans la poche du tyran et de sa famille. Quant aux ouvriers, ils sont traités comme des esclaves. C’est l’argent et rien d’autre qui explique “l’explosion” du Qatar, micro-pays que ses amis en France maquillent en “pays démocratique”. Le vrai scandale, c’est que depuis plus de dix ans, les médias occidentaux nous présentent cette dictature comme un État “éclairé”, “un modèle pour les autres pays arabes”, etc.

Quelle est, aujourd’hui, l’emprise réelle du Qatar sur la vie politique interne de pays ayant connu ce que certains s’autorisent à appeler “Printemps arabe” (Libye, Tunisie, Égypte, Syrie) ?
En Tunisie, le Qatar, même devenu impopulaire, est chez lui. Mieux encore, Doha achète toutes les richesses du pays. En Égypte, le Qatar est contraint d’assurer le “service après-vente”, c’est-à-dire de financer une économie déjà très fragile mais détruite par le “printemps”, comme le tourisme en l’occurrence. Ainsi, les “Frères” ne font que distribuer l’argent de Doha. La Libye ? Cet ancien État n’est plus un pays mais une série de zones d’influence tribales et mafieuses où le Qatar, sauf à Benghazi, a un peu perdu la main. En Syrie, Doha a investi plus de 3 milliards de dollars dans le jihad. Son but est d’imposer un “arc sunnite”, avec la Turquie en support, contre le chiisme d’Iran, celui des alaouites et du Hezbollah, tous très hostiles à Israël…

Et au Sahel ? Le Qatar a-t-il, d’après vous, des liens avec les jihadistes ?
Dans notre livre, nous établissons clairement les liens entre certains jihadistes au Mali et le Qatar. Le Croissant-Rouge qatari est allé faire le supplétif charitable du Mujao à Gao. Des avions qataris se sont même posés sur l’aéroport de cette ville. Au Niger, la distribution financière aux radicaux se fait par le biais d’appels d’offres bidon. Par le biais de “Qatar Charity”, le wahhabisme a déjà conquis  l’Afrique de l’Ouest jusqu’à Saint-Louis du Sénégal. Puisque le Qatar est entré dans la francophonie par effraction, il va bientôt, en Afrique, lancer l’apprentissage du français par le Coran. Le “jihadisme” est un moyen moins coûteux que de mener une guerre classique pour dominer un pays et, pourquoi pas, un continent. Grâce au Qatar, les courants jihadistes vont bientôt menacer toute l’Afrique. Ces troupes radicales obéissent à leurs maîtres qui, eux, obéissent à l’argent et aux États-Unis.

Parle-t-on de l’Algérie dans votre livre ?
Nous y décrivons une tentative de déstabilisation de l’Algérie, au début du “printemps”, lorsqu’ Al-Jazeera, pressée de montrer une insurrection dans votre pays, avait enregistré des images de fausses émeutes tournées au Maroc. La chaîne qatarie voulait, ainsi, faire croire aux téléspectateurs que ces scènes se déroulaient en Algérie. Cette tentative de manipulation avait été précédée par la remise de 500 portables offerts à de jeunes Algériens pour enregistrer, le cas échéant, de vraies émeutes. Déstabiliser l’Algérie est le grand rêve du Qatar et de ses amis. Votre pays a du gaz, du pétrole, des richesses qui excitent leurs rêves de conquête. Mais je pense qu’avec les années de tragédie vécues par le peuple algérien, le retour du colonialisme ou encore des islamistes dans les wagons du Qatar n’est pas pour demain…

Vous savez, l’émir du Qatar vient régulièrement en visite d’amitié à Alger. Est-ce de la “realpolitik” ?
Non, je ne crois pas que ce soit le cas ! Le double jeu est l’élément majeur de la politique étrangère du Qatar. L’émir peut venir visiter l’Algérie avec des promesses de coopération et même des déclarations d’amitié mais, en parallèle, il entretient aussi Abassi Madani et il finance une chaîne de télévision hostile à l’Algérie et diffusant à partir de Londres. Ce double discours est la caractéristique de la “diplomatie” de l’émir du Qatar. Il rend visite au Hamas mais il ouvre également ses portes à Tzipi Livny et à tous les responsables israéliens. Il ouvre un bureau pour les talibans à Doha à quelques pas seulement des pistes de décollage d’où les avions américains s’en vont bombarder l’Afghanistan. Les exemples de son “hypocrisie” sont nombreux.

Comment lui est venue cette idée saugrenue de vouloir prendre, à tout prix, de l’ascendant et exercer de l’influence sur l’ensemble du monde arabe, voire au-delà ? D’où vient ce désir de puissance et de leadership ?
En tout cas, sa volonté de puissance est inversement proportionnelle à la petitesse du pays. Le Qatar doit être sûrement frappé de complexe par l’étendue de l’Algérie, le plus grand pays d’Afrique et du monde arabe. Il ne faut pas oublier aussi le messianisme de l’émir, wahhabite convaincu qu’il est à la fois le Lyautey et le cardinal Lavigerie des conquêtes coloniales françaises. En réalité, le désir de puissance du Qatar n’existe que parce qu’il est dicté par les États-Unis qui sont le seul maître. La tentative des néoconservateurs US de “redessiner” par la force le monde musulman de Kaboul à Rabat ayant échoué en Irak, leurs penseurs ont mis en œuvre à partir de Washington une stratégie beaucoup plus subtile. On pousse à la révolte des peuples qui ont de multiples raisons, justifiées, d’être en colère. Puis, les jeunes révoltés quittent les écrans de télé pour descendre dans la rue et occuper les places. Et si l’armée en vient à laisser faire, le Qatar lance alors sa force de frappe, les islamistes. Gagner les élections sera, pour eux, ensuite un jeu d’enfant. Et voilà le monde arabe “redessiné” en douceur, avec un faible coût en dollars et en vies humaines.

Pourquoi le choix porté sur les islamistes ?
Parce qu’ils sont la seule force politique organisée, soutenue depuis toujours par l’Amérique. Par ailleurs, Washington ne veut toujours pas analyser les conséquences de son flirt avec Ben Laden. Dans cette région du monde, les Américains préfèrent toujours traiter avec un gouvernement religieux qu’un autre, laïc. Le dollar n’est-il pas frappé d’une maxime : “In God, we trust” (en Dieu, nous croyons). D’une manière générale, un Américain comprendra toujours mieux un religieux. Historiquement, les États-Unis ont toujours tout mis en œuvre, de Mossadegh à Saddam Hussein en passant par Nasser, pour avoir la peau des leaders laïcs du Moyen-Orient.

ahmeddamien
02/07/2013, 22h09
Le Qatar, ce champion de la liberté d’expression
par André Chamy, François Belliot

L’« Affaire al-Dheeb », du nom du poète qatari Mohamed Ibn al-Dheeb al-Ajami, emprisonné à vie pour délit d’opinion, est un bon exemple de ce qui arrive quand on plaide pour plus de liberté et plus de démocratie au Qatar. André Chamy et François Belliot, du Réseau Voltaire France, reviennent sur cette affaire qui n’a guère été relayée dans les médias commerciaux. C’est tellement plus important de parler de la récente arrivée de David Beckham dans le club de football de la capitale française… financé par le Qatar.
Réseau Voltaire | Paris (France) | 13 mars 2013
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Au Qatar, la Cour de Sûreté de l’État, par une décision qui tient sur deux lignes, a condamné à la prison à vie le poète Mohamed Ibn al-Dheeb al-Ajami, accusé d’avoir insulté les symboles de l’Etat et incité au renversement du régime. La base de l’accusation est un simple poème, vieux de deux ans, écrit en réponse au poète Khalil al-Chebrami dans le cadre des joutes verbales très habituelles dans ce pays.

Le plus cocasse est que ce poème s’intitule Le Jasmin, en référence au printemps arabe (!), et que le poète y souhaite l’arrivée de ce printemps au Qatar. Ce poème lui a valu, dans un premier temps, d’être convoqué par les services de la Sureté de l’Etat et mis au cachot pendant un mois, période pendant laquelle il n’a pas eu droit à une seule visite. Il s’est ensuivi une période de détention de plus d’un an, au terme de laquelle il a été condamné à perpétuité.

Un groupe d’avocats, accompagnés d’une délégation de Human Rights Watch International, a plaidé en faveur de Mohamed Ibn al-Dheeb al-Ajami. Certains avocats ont demandé l’autorisation de faire appel de la décision et d’autres ont fait part de leur opposition devant l’avocat général de ladite Cour de Sureté de l’Etat.

Joe Stork, directeur exécutif adjoint de Human Rights du Moyen-Orient et en Afrique du Nord, a déclaré que cette condamnation, au terme d’un procès non équitable, constitue une violation du droit à la liberté d’expression.

Le même indique, que, malgré « toutes les positions prises par le Qatar lui-même comme partisan de la liberté, ce pays veut faire taire les voix de ses citoyens. La présumée moquerie de Mohamed Ibn al-Dheeb al-Ajami à l’encontre des dirigeants du Qatar saurait difficilement être comparée à la moquerie que constitue ce jugement dans un pays qui se revendique comme un havre régional pour la liberté d’expression. (…) La condamnation de Mohamed Ibn al-Dheeb al-Ajami prouve que, pour les dirigeants du Qatar, la Constitution du pays et les obligations qui les lient aux traités internationaux demeurent lettre morte ».

Quelle découverte !

Alors que ce verdict intervient après une année d’emprisonnement arbitraire, entretemps l’émir du Qatar n’a cessé de se répandre dans les médias commerciaux en déclarations critiques et incendiaires envers les régimes qu’il considère, à l’unisson de ses alliés états-uniens et français, comme corrompus et totalitaires. Il est vrai que l’homme a accédé au pouvoir par un coup d’Etat familial en renversant son père en 1995 et se trouve donc particulièrement bien placé pour donner des leçons de démocratie. Il est vrai que cela s’est fait “en famille” et que l’autorité de la famille Khalifa ne s’en est pas trouvée ébranlée.

Sa chaîne de télévision qatari Al Jazeera, qui s’autoproclame fièrement la chaîne « de l’Opinion et de l’Opinion Opposée », n’a pas jugé utile de commenter le verdict contre le poète Mohamed Ibn al Dheeb, sans doute en raison de l’indépendance de la justice qatarie et pour montrer qu’au Qatar les médias sont totalement indépendants du pouvoir.

Des écrivains, des artistes et des écrivains des monarchies du Golfe se sont associés pour rédiger une lettre à Son Altesse (démocratique), l’émir du Qatar, lui demandant de bien vouloir gracier le pauvre pécheur… Ce qu’ils sollicitent n’est pas un nouveau jugement ou une audience publique mais purement et simplement la libération du poète, car, pour eux, le Qatar ne s’est pas engagé dans le monde arabe en faveur des Droits de l’Homme et de la Démocratie pour trahir ses « idéaux » de façon aussi flagrante.

Détail biographique intéressant, Mohamed Ibn al-Dheeb al-Ajami, de la tribu Nabati, est l’un des poètes les plus célèbres du monde arabe et il occupe une place spéciale auprès de l’émir de Dubaï, Cheikh Mohamed Ibn Rashid Al Maktoum, et de son fils le prince héritier Cheikh Hazza Ibn Mohamed Ibn Rashid Al Maktoum.

Après avoir envoyé les Frères Musulmans pour tenter de déstabiliser la petite principauté de Dubaï, le Qatar met en prison le poète de l’émir, son rival ! Le Qatar est donc, non seulement un pays tourné vers la démocratie et les droits de l’homme, mais aussi un pays dont les dirigeants savent faire la différence entre leurs intérêts privés et l’intérêt général des citoyens qui les élisent.

Le Qatar, vraiment… un modèle à tous égards. Et l’on comprend, en prenant connaissance de ce genre d’affaires, pourquoi c’est précisément à ce genre d’Etats – modèles de vertu dans un océan de dévoiement et de corruption – que les Occidentaux (Etats-Unis et France en tête) ont choisi de s’allier pour combattre les forces de l’axe du mal et pour étendre les « zones de paix démocratique » partout où les êtres humains souffrent sous le joug de l’abjection.
André Chamy
François Belliot


NB : A la date où nous publions cet article, nous apprenons que l’émir du Qatar, dans sa grande mansuétude, a commué le 23 février dernier la peine du poète à 15 années d’emprisonnement : la démocratie, décidément, avance à pas de géant au Qatar !

ahmeddamien
02/07/2013, 22h10
salam qader
la place des monafiqrin est la meilleure en enfer
chauds les marrons,chauds

dahmane1
02/07/2013, 22h26
l'âne géré peut être, l'Algérie jamais puisque 1954 leysa biba3id, et si même les Français (régime) n'ont rien pu pour déstabiliser l'unité et la solidarité du valeureux Peuple Algérien

kader95
02/07/2013, 22h48
salam qader
la place des monafiqrin est la meilleure en enfer
chauds les marrons,chauds
Je dirais même qu'ils partirons en enfer en First class en V.I.P

ahmeddamien
02/07/2013, 23h01
HAMDOULLAH
bcp de jeunes algeriens,a cause du malheur des annees noires
sont distants de ces gros qataris qui enrolent des naifs pour aller se battre en fait pour des interets politiques ou économiques occidentaux

ICOSIUM
03/07/2013, 22h33
Dans cet entretien, le journaliste écrivain français Jacques-Marie Bourget, coauteur d’un ouvrage paru récemment aux éditions Fayard, Le Vilain Petit Qatar — Cet ami qui nous veut du mal, évoque pour nos lecteurs les velléités belliqueuses de l’émirat du Qatar à l’endroit de l’Algérie. Et pas seulement.


Liberté : À peine sorti, votre livre est déjà un succès de librairie. En moins d’un mois, il a été réimprimé par trois fois. Par quoi expliquez-vous ce succès ?
Jacques-Marie Bourget : Il est vrai que cet ouvrage contient de nombreuses révélations, d’où son succès par ces temps difficiles pour l’édition en France. Je pense que cette réussite provient aussi de notre travail et de notre indépendance. Pendant près d’un an, nous avons enquêté, Nicolas Beau et moi, dans des conditions difficiles mais sans jamais nous laisser abattre. Cette attitude nous a conduits à passer au crible toute la politique du Qatar, donc à faire des révélations. Si notre livre apparaît, pour certains, comme une “bombe” éditoriale, nous devons cet effet à toutes ces années où, en France, tout ce qui a été écrit sur le Qatar était plus ou moins guidé par les sponsors de Doha où tous les journalistes, universitaires et écrivains qui publient sur le Qatar ont été régulièrement invités. Bien sûr que tous ces hommes et femmes qui se rendent à Doha n’y vont pas pour la qualité de l’air puisque ce pays est le plus pollué du monde. Il est bien évident que le Niger ou le Mali, des États d’une extrême pauvreté, ne présentent aucun attrait pour tous ces journalistes, ces chercheurs et ces élus. Au mieux, on y va au Qatar pour faire la quête pour une cause quelconque comme sa ville ou son département et au pire, pour sa propre poche…

Plusieurs livres sont parus récemment sur le Qatar, mais n’ont pas connu un tel succès. Qu’avez-vous apporté de plus ?
Nous observons dans ce livre la main basse du Qatar sur l’islam des banlieues de France, sur le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, le pillage des terres des pays pauvres, l’exploitation de plus d’un million de travailleurs immigrés traités en esclaves au Qatar. Nous décortiquons l’évolution de la chaîne qatarie Al-Jazeera qui est passée d’un média soucieux de la vérité à une télévision de propagande, faisant la promotion notamment des Frères musulmans. Enfin, nous réalisons une radioscopie des “printemps arabes” qui permet de voir le rôle du Qatar pour changer le régime de la Tunisie, puis de l’Égypte et, enfin, de la Syrie, à coups de millions de dollars et de propagande. Pour la Libye, c’est différent, l’opération anti-Kadhafi était d’abord une sorte de hold-up destiné à prendre le contrôle des 165 milliards de dollars du “Guide”. Le tout avec l’aide de la France de Sarkozy. Nous rappelons également les liens indéfectibles qui existent entre Doha et Israël depuis 1995…

Le succès de votre livre a trait surtout à vos révélations sur les relations entre le personnel politique français et l’émirat au Qatar. À quand remonte, selon vous, cette idylle ?
À la mort de son grand ami Rafic Hariri, Jacques Chirac, alors président de la République, a, le premier, tissé un lien fort avec Doha. La “love story” a atteint son sommet avec Sarkozy où, cette fois, c’est l’émir du Qatar qui dictait la “politique arabe” de la France.

Avec des achats de plus en plus emblématiques et même une intrusion dans les banlieues françaises, certaines voix commencent à critiquer en France l’influence économique et politique grandissante du Qatar. Qu’en pensez-vous ?
Acheter le PSG et des joueurs à prix d’or, c’est faire rallier les banlieues à la cause du Qatar. En France, la communauté musulmane est la plus forte d’Europe. Conquérir ces musulmans-là, c’est prendre une partie du pouvoir sur la France. Par le biais de ses imams, le Qatar avait déjà fait approuver la guerre de Bush contre l’Irak. Nous constatons en France, ces derniers temps, une prise de conscience du danger que représente cette conquête silencieuse. Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, a déjà dit : “Moi, le Qatar, je réfléchirais avant d’y aller.” Nous savons que François Hollande, après un premier élan vers Doha, a  ouvert les yeux sur les rapports des services secrets, et qu’il est maintenant sur le recul. Le problème n’est pas que Doha achète les Champs Élysées, mais qu’il sème le chaos là où il passe…

La diplomatie qatarie se pose souvent en donneuse de leçons en matière de droits de l’Homme, de bonne gouvernance et de démocratie. Sa chaîne de télévision Al-Jazeera n’est pas en reste. Doit-on considérer cet émirat comme un modèle ?
Absolument pas ! Le Qatar est une dictature classée 136e au rang mondial des démocraties. Il y règne, là-bas, une foi sans loi qui a permis de condamner le poète Mohamed Al-Ajami à 15 ans de prison ! Sur le plan financier, il n’y a aucune différence entre les caisses de l’émir et celles de l’État : tout l’argent du gaz va dans la poche du tyran et de sa famille. Quant aux ouvriers, ils sont traités comme des esclaves. C’est l’argent et rien d’autre qui explique “l’explosion” du Qatar, micro-pays que ses amis en France maquillent en “pays démocratique”. Le vrai scandale, c’est que depuis plus de dix ans, les médias occidentaux nous présentent cette dictature comme un État “éclairé”, “un modèle pour les autres pays arabes”, etc.

Quelle est, aujourd’hui, l’emprise réelle du Qatar sur la vie politique interne de pays ayant connu ce que certains s’autorisent à appeler “Printemps arabe” (Libye, Tunisie, Égypte, Syrie) ?
En Tunisie, le Qatar, même devenu impopulaire, est chez lui. Mieux encore, Doha achète toutes les richesses du pays. En Égypte, le Qatar est contraint d’assurer le “service après-vente”, c’est-à-dire de financer une économie déjà très fragile mais détruite par le “printemps”, comme le tourisme en l’occurrence. Ainsi, les “Frères” ne font que distribuer l’argent de Doha. La Libye ? Cet ancien État n’est plus un pays mais une série de zones d’influence tribales et mafieuses où le Qatar, sauf à Benghazi, a un peu perdu la main. En Syrie, Doha a investi plus de 3 milliards de dollars dans le jihad. Son but est d’imposer un “arc sunnite”, avec la Turquie en support, contre le chiisme d’Iran, celui des alaouites et du Hezbollah, tous très hostiles à Israël…

Et au Sahel ? Le Qatar a-t-il, d’après vous, des liens avec les jihadistes ?
Dans notre livre, nous établissons clairement les liens entre certains jihadistes au Mali et le Qatar. Le Croissant-Rouge qatari est allé faire le supplétif charitable du Mujao à Gao. Des avions qataris se sont même posés sur l’aéroport de cette ville. Au Niger, la distribution financière aux radicaux se fait par le biais d’appels d’offres bidon. Par le biais de “Qatar Charity”, le wahhabisme a déjà conquis  l’Afrique de l’Ouest jusqu’à Saint-Louis du Sénégal. Puisque le Qatar est entré dans la francophonie par effraction, il va bientôt, en Afrique, lancer l’apprentissage du français par le Coran. Le “jihadisme” est un moyen moins coûteux que de mener une guerre classique pour dominer un pays et, pourquoi pas, un continent. Grâce au Qatar, les courants jihadistes vont bientôt menacer toute l’Afrique. Ces troupes radicales obéissent à leurs maîtres qui, eux, obéissent à l’argent et aux États-Unis.

Parle-t-on de l’Algérie dans votre livre ?
Nous y décrivons une tentative de déstabilisation de l’Algérie, au début du “printemps”, lorsqu’ Al-Jazeera, pressée de montrer une insurrection dans votre pays, avait enregistré des images de fausses émeutes tournées au Maroc. La chaîne qatarie voulait, ainsi, faire croire aux téléspectateurs que ces scènes se déroulaient en Algérie. Cette tentative de manipulation avait été précédée par la remise de 500 portables offerts à de jeunes Algériens pour enregistrer, le cas échéant, de vraies émeutes. Déstabiliser l’Algérie est le grand rêve du Qatar et de ses amis. Votre pays a du gaz, du pétrole, des richesses qui excitent leurs rêves de conquête. Mais je pense qu’avec les années de tragédie vécues par le peuple algérien, le retour du colonialisme ou encore des islamistes dans les wagons du Qatar n’est pas pour demain…

Vous savez, l’émir du Qatar vient régulièrement en visite d’amitié à Alger. Est-ce de la “realpolitik” ?
Non, je ne crois pas que ce soit le cas ! Le double jeu est l’élément majeur de la politique étrangère du Qatar. L’émir peut venir visiter l’Algérie avec des promesses de coopération et même des déclarations d’amitié mais, en parallèle, il entretient aussi Abassi Madani et il finance une chaîne de télévision hostile à l’Algérie et diffusant à partir de Londres. Ce double discours est la caractéristique de la “diplomatie” de l’émir du Qatar. Il rend visite au Hamas mais il ouvre également ses portes à Tzipi Livny et à tous les responsables israéliens. Il ouvre un bureau pour les talibans à Doha à quelques pas seulement des pistes de décollage d’où les avions américains s’en vont bombarder l’Afghanistan. Les exemples de son “hypocrisie” sont nombreux.

Comment lui est venue cette idée saugrenue de vouloir prendre, à tout prix, de l’ascendant et exercer de l’influence sur l’ensemble du monde arabe, voire au-delà ? D’où vient ce désir de puissance et de leadership ?
En tout cas, sa volonté de puissance est inversement proportionnelle à la petitesse du pays. Le Qatar doit être sûrement frappé de complexe par l’étendue de l’Algérie, le plus grand pays d’Afrique et du monde arabe. Il ne faut pas oublier aussi le messianisme de l’émir, wahhabite convaincu qu’il est à la fois le Lyautey et le cardinal Lavigerie des conquêtes coloniales françaises. En réalité, le désir de puissance du Qatar n’existe que parce qu’il est dicté par les États-Unis qui sont le seul maître. La tentative des néoconservateurs US de “redessiner” par la force le monde musulman de Kaboul à Rabat ayant échoué en Irak, leurs penseurs ont mis en œuvre à partir de Washington une stratégie beaucoup plus subtile. On pousse à la révolte des peuples qui ont de multiples raisons, justifiées, d’être en colère. Puis, les jeunes révoltés quittent les écrans de télé pour descendre dans la rue et occuper les places. Et si l’armée en vient à laisser faire, le Qatar lance alors sa force de frappe, les islamistes. Gagner les élections sera, pour eux, ensuite un jeu d’enfant. Et voilà le monde arabe “redessiné” en douceur, avec un faible coût en dollars et en vies humaines.

Pourquoi le choix porté sur les islamistes ?
Parce qu’ils sont la seule force politique organisée, soutenue depuis toujours par l’Amérique. Par ailleurs, Washington ne veut toujours pas analyser les conséquences de son flirt avec Ben Laden. Dans cette région du monde, les Américains préfèrent toujours traiter avec un gouvernement religieux qu’un autre, laïc. Le dollar n’est-il pas frappé d’une maxime : “In God, we trust” (en Dieu, nous croyons). D’une manière générale, un Américain comprendra toujours mieux un religieux. Historiquement, les États-Unis ont toujours tout mis en œuvre, de Mossadegh à Saddam Hussein en passant par Nasser, pour avoir la peau des leaders laïcs du Moyen-Orient.

Cet article n'a rien d'une révélation. il n'y pas que les qataris qui voudraient nous voir manger la terre, et cela ne date pas d'aujourd’hui, ils sont plus d'un pays Arabes et surtout bien des royaumes qui souhaiteraient faire de nous leurs esclaves.

Dans cette histoire, ce ne sont pas les manigances des bédouins d'arabie qui me surprennent, mais les harkis au pouvoir qui sont entrain de leur vendre l'Algérie et ses richesses.