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Voir la version complète : Infirmières bulgares : le médecin raconte son calvaire dans les geôles libyennes



Toufik
29/08/2008, 21h24
PARIS (AFP) - Ongles arrachés, viols, chocs électriques : le médecin d'origine palestinienne détenu pendant huit ans en Libye avec cinq infirmières bulgares a raconté à deux juges d'instruction français le calvaire qu'il a vécu dans les geôles libyennes.

Le Dr Ashraf Joumaa al-Hajouj, 38 ans aujourd'hui, a été entendu le 15 avril par les juges parisiens Philippe Jourdan et Yves Madre, chargés d'une information judiciaire pour "viols et tortures avec actes de barbarie par personne dépositaire de l'autorité publique".

Ce réfugié palestinien formé en Libye, interne à l'hôpital de Benghazi (nord), est arrêté en janvier 1999 par la police libyenne, soupçonné avec cinq infirmières bulgares d'avoir inoculé le virus du sida à 438 enfants, dont 56 sont décédés.

"J'ai été frappé au visage et sur les pieds. Je leur ai dit que chercher la vérité c'est une chose, mais que chercher un bouc émissaire, c'en est une autre", affirme le médecin, selon le compte-rendu d'audition consulté vendredi par l'AFP.

Le général libyen Harb Derbal, directeur général de la direction centrale des enquêtes pénales, "m'a répondu : +(...) que tu sois mêlé ou pas, nous, on te mêlera et on trouvera les preuves pour cela+", poursuit-il.

L'enquête judiciaire en France a été ouverte en février à la suite d'une plainte déposée par le médecin en décembre 2007 par l'intermédiaire de l'association Avocats sans frontières France lors de la visite du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi à Paris.

La plainte vise nommément M. Kadhafi, qui jouit de l'immunité conférée par sa fonction de chef d'Etat, cinq policiers, dont le général Derbal, et un médecin.

Ashraf Joumaa al-Hajouj détaille devant les magistrats les tortures qu'il assure avoir subies : ongles arrachés, viol par un berger allemand, menaces d'un viol similaire contre sa soeur, coups de bâton sur la plante des pieds...

"J'étais ligoté dans la position du +poulet+ avec une barre à la pliure des genoux et au-dessus des avant-bras, les chevilles attachées et repliées contre les fesses. Puis j'ai été frappé", raconte le médecin naturalisé bulgare et qui vit aujourd'hui en Bulgarie.

"On m'enfonçait un fil de fer d'un diamètre de 6 mm entre les doigts d'une main sans perforer la peau et on tordait les fils, les doigts étant attachés. J'en porte toujours les traces", confie-t-il.

Ces séances de tortures, au cours desquelles il avait les yeux bandés, se sont concentrées au début de sa détention, "jusqu'en septembre 1999".

"Au début ça a été très intense et après ils ont utilisé l'électricité, de façon irrégulière, en fonction de leur fantaisie", explique-t-il.

Deux des cinq infirmières qui partageaient son calvaire ont également été torturées en sa présence.

"J'ai reconnu sous l'emprise de la torture que j'avais contaminé les enfants, que je collaborais avec la CIA et le Mossad. J'étais prêt à tout reconnaître, c'était après l'épisode du chien", explique-t-il, estimant que "le but de ces tortures était de reconnaître une version qui était déjà prête".

Condamnés à la peine de mort avant que cette peine ne soit commuée en détention à perpétuité, le médecin et les cinq infirmières ont été extradés le 24 juillet 2007 à bord d'un avion gouvernemental français et immédiatement graciés par le président bulgare à leur arrivée à Sofia.

Par Matthieu RABECHAULT AFP