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Toufik
13/05/2009, 18h52
La maladie demeure sous-diagnostiquée dans le pays

Plus de 5 millions d’Algériens souffrent d’allergies



Les allergologues mettent en garde contre l’usage de matelas remplis de laine de mouton, véritable foyer pour les acariens. Le tiers de la population algérienne en est allergique. Le pays compte en parallèle 2,5 millions d’asthmatiques et 5 millions de personnes souffrant de rhinite allergique. Les maladies allergiques évoluent à cause de la détérioration de l’environnement

Les sources d’allergies sont multiples. Les personnes qui en souffrent, dans le monde, se comptent en millions. Dr Abdenour Benyoucef, président de l’Association nationale des allergologues privés (Anap), a livré quelques statistiques illustratives du phénomène, lors du 8e congrès de son organisation, tenu le week-end dernier, à l’hôtel El Aurassi. Il a indiqué qu’un milliard de personnes vivent avec des maladies respiratoires, à travers le globe. 800 millions d’entre-eux souffrent de pathologies allergiques.

Parmi la population mondiale, 500 millions de personnes sont atteintes de rhinite allergique, 300 millions d’asthme, 200 millions de bronchites chroniques et 100 millions ont des problèmes d’apnée de sommeil (ronfleurs invétérés). La prévalence de l’allergie en Algérie correspond à l’incidence mondiale, en ce sens que les mêmes causes provoquent les mêmes effets.

Le président de l’ANAP souligne que les statistiques propres à l’Algérie sont obtenues par extrapolation d’études internationales validées des collèges d’experts. à ce titre, il a avancé que 15% de la population nationale, soit quelque 5 millions d’algériens, présentent une rhinite allergique. “ C’est une maladie sous-diagnostiquée et sous-estimée. Les gens dédramatisent les symptômes d’une rhinite, et la soignent souvent comme si c’était un rhume” atteste le praticien. Les signes cliniques d’une rhinite allergique persistante sont des éternuements à répétition, un écoulement nasal, des chatouillements dans le nez, des larmoiements et une irritation des yeux.

Pourtant, la maladie est sérieuse, pour au moins deux raisons largement valables. Elle incommode d’abord le confort de vie, puis évolue, pour la moitié des cas confirmés, en asthme. Cette maladie du souffle est d’ailleurs très évocatrice, dans le pays, où quelque 2,5 millions habitants endurent ses effets.“L’Asthme tue s’il n’est pas pris en charge correctement. Depuis deux ans, il est reconnu comme maladie chronique, prise en charge par la Caisse nationale de la sécurité sociale” affirme Dr. Benyoucef. ”Nous avons les meilleurs médicaments qui existent dans le monde. Les malades les ont gratuitement, grâce au carnet du tiers payant” assure-t-il.

Le taux d’humidité, assez élevé dans la capitale, au même titre que pratiquement toutes les villes côtières, ne favorise pas vraiment une bonne qualité de vie pour les asthmatiques. à vrai dire, la pollution de l’air est à l’origine d’une véritable explosion des maladies allergiques, paradoxalement à une époque où l’opinion publique commence à peine, à être sensibilisée sur les conséquences des perturbations subies par l’écosystème.

Il n’en demeure pas moins que les grains de poussière, le pollen, les moisissures, les poils d'animaux –particulièrement le chat- et les acariens sont les allergènes les plus fréquents. Dr Benyoucef assure que 10% des 37 millions d’algériens sont Allergiques au pollen et 30% aux acariens. “Il faut absolument abolir la tradition des matelas en laine de mouton, véritable foyer des acariens” conseille-t-il, en expliquant que ces paillasses, détériorés aussi par l’humidité, sont responsables de problèmes allergiques. “Il faut favoriser l’usage des matelas synthétiques “ complète-t-il. “Quelque soit l’allergène, il est possible d’immuniser le corps contre ses nuisances par un protocole de désensibilisation."

“L’immunothérapie est le seul traitement qui a la prétention de mener vers une guérison totale. Son efficacité est de 80%, car elle permet au moins de diminuer la consommation médicamenteuse" affirme Dr Benyoucef. Il est désormais possible de tester le nourrisson dès l’âge de 3 mois ou 6 mois, afin d’identifier “l’ennemi”, pour reprendre le terme utilisé par le président de l’Anap. L’allergologue explique que l’immunothérapie commence, toutefois, à l’âge de 5 ans.

L’enfant est vacciné par injection sous-cutanée, une fois par semaine pendant quatre mois, puis est soumis à un rappel mensuel pendant cinq ans. “Il existe actuellement des vaccins contre les allergies sublinguaux et en comprimé. Les médicaments sublinguaux seront bientôt commercialisés en Algérie” informe le praticien.

Au-delà de la vaccination, ou de la pharmacothérapie pour les cas installés durablement dans la maladie allergique, il est indispensable d’éduquer le malade à une hygiène de vie favorable à la prévention des complications inhérentes à sa pathologie et de le mettre dans un environnement expurgé des sources de son allergie.

Malgré la prévalence importante des maladies allergiques, en Algérie, l’allergologie n’est pas encore reconnue comme une spécialité de l’enseignement supérieur en sciences médicales. Trois écoles privées enseignent l’allergologie. Mais leurs diplômes ne sont pas validés, pour l’heure, par le ministère de tutelle.

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