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kredence
06/06/2009, 03h40
Quand l’Algérie n’arrive pas à se détacher de la France

06 Juin 2009

«Pour le colonisé, la vie ne peut surgir que du cadavre en décomposition du colon.»
Frantz Fanon
Extrait de Les damnés de la Terre

La première production algéro-américaine Mens Affairs, (Affaires d’hommes), réalisée par Amin Kaïs vient d’être sélectionnée à un festival de New York.

Le film en version anglaise sera projeté le 1er juillet à 22h au Deren Theater.

Aucune information n’a circulé dans la presse pour faire valoir l’importance et le parcours de ce film, techniquement et thématiquement meilleur que Mascarades de Lyès Salem.

Alors que chaque fois qu’un film algéro-francais squatte un petit festival, on l’écrit en grand et en large dans la presse locale.

Il semblerait que nos responsables ne se soucient pas des productions d’Algériens faites outre-Atlantique, et dont le succès passe presque inaperçu dans les médias et les émissions culturelles algériennes.

Même la Télévision algérienne a complètement zappé la performance du réalisateur et la qualité de ce film, tourné en HD, mais qui n’a pas bénéficié des moyens financiers pour faire une copie en 35 mm et participer ainsi à tous les festivals.

Doit-on comprendre que le cinéma algérien se limite aux coproductions algéro-françaises?

Aucune production algérienne réalisée au-delà de l’Atlantique n’a connu de soutien comme ce fut le cas pour les films algéro-français.

Au moment où le film Affaires d’hommes d’Amin Kais défend une identité algérienne dans un univers américain impénétrable, nos responsables encouragent des productions algéro-françaises qui mettent de côté notre identité algérienne et effacent de la mémoire collective notre histoire. Des films et des documentaires, critiquant et jetant le doute sur la politique algérienne et son histoire, bénéficient sans ambages des moyens et d’encouragements de l’Etat.

Leurs auteurs s’offrent même des villas et des tournées dans les wilayas du pays pour faire la promotion de leurs oeuvres pourtant produites par la France.

Les responsables algériens et certains cinéastes sont encore et toujours colonisés par les idées et les références du colonisateur.

L’Algérie est otage de son passé et travaille malheureusement pour illustrer les idées révisées de son histoire.

Aucun film algérien aujourd’hui ne peut se faire sans l’aide directe ou indirecte de la France.

D ’ailleurs, on a choisi Paris et Cannes pour faire valoir l’importance d’un Festival panafricain, qui plus est, a été créé par des Africains fiers de se libérer des chaînes de fer du colonisateur.

En 1969, le Festival panafricain a été immortalisé par un photographe américain, William Klein.

Les Américains (au pays de colonies et réserves) ont réellement compris le combat pour la libération que menaient les Algériens et des Africains.

Ils ont été les premiers à dénoncer dans la presse la torture, les massacres du 8 Mai 1945, et surtout les essais nucléaires français dans le Sud algérien.

Aujourd’hui, les Américains sont considérés comme des occupants de terres arabes et les Français comme des libérateurs de conscience et les défenseurs des droits de l’homme et de la presse.

A présent, ce n’est pas à un Américain qu’on a fait appel pour filmer et immortaliser le Festival panafricain 2009 d’Alger, mais à un Français...d’origine algérienne, tout un symbole.

amirasoltane08@live.fr

Amira SOLTANE

http://www.lexpressiondz.com/chron/2009-06-06/3/2507.html