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Voir la version complète : Arroudj barberousse



Sabrina
05/11/2009, 17h24
1ère partie


Arroudj Ben Yacoub dit Barberousse est né en 1474 dans l’île de Mytilène (aucienne Lesbos) entre la Turquie et la Grèce.
Il est l’aîné de trois frères Elias, Ishak et Kheir-Eddine.
A 18 ans Arroudj s’embarqua dans une galiote turque, participa avec le raïs et l’équipage à différentes prises.
Se sentant apte à travailler pour lui-même, il arma une embarcation de petit tonnage et réalisa des captures qui sortirent sa famille de la pauvreté.
D’exploit en exploit, il perdit toute notion de prudence, au point qu’un jour, trop loin de son port d’attache, il fut capturé par les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem qui l’emmenèrent sur l’île de Rhodes d’où ils exerçaient leur métier de pirate, pour en faire un galérien.
Un jour, alors que Arroudj était enchaîné au banc du fond de cale, une violente tempête se leva, obligeant le capitaine du navire à faire relâche, non loin d’un petit port, en attendant l’acalmie.
Profitant de l’ambiance infernale provoquée par la tempête, Arroudj à l’aide d’un coutelas qu’il avait dissimulé, entailla le talon de son pied gauche retenu par un anneau relié à une chaîne fixée au pied du banc, en pousant des cris atroces couverts par le fracas des voiles et du vent.
Il réussit à libérer son pied diminué hors de l’anneau, à se glisser par-dessus bord et nagea jusqu’à la rive.
Quelques temps plus tard, il reprit ses activités de corsaire, aidé de ses frères, ne tardant pas à s’illustrer sur les mers du Levant et les côtes espagnoles.
Les quatre frères se fixèrent à Djerba (Tunisie) et de là ils écumèrent la mer et se forgèrent une redoutable réputation.
Par ailleurs l’histire rappelle qu’il participa activement au transport des réfugiés andalous vers les côtes maghrébines.
En 1512, le sultan de Béjaia (Bougie) sollicita Arroudj pour libérer la ville des espagnols placés sous le commandement de Pedro Navarro.
Arroudj assiègea la ville sans résultat et c’est là qu’il devait perdre l’avant-bras gauche et que son frère Elias mourut.
Sollicité par les gens de Jijel occupée par les génois qui avaient affamé la population, Arroudj réussit à les chasser en faisant 600 prisonniers.
Il approvisionna les jijeliens en blé et autres produits, ce qui lui valu d’être le maître de la ville où il s’installa.
C’est là qu’il reçut une délégation envoyée par Selim Ettoumi, gouverneur d’Alger, le sollicitant à le débarasser des espagnols installés dans le Pégnon, une forteresse en face de la ville. Nous sommes en 1516.
Arroudj accepta et fut reçu en héros par la population d’Alger.
Salim Ettoumi le logea dans son palais de la Djénina.
Plusieurs tentatives n’eurent pas raison du Pégnon. La plus importante bataille, celle du 12 août 1516, se solda aussi par un échec.

2ème partie


Entre temps Selim Ettoumi est assassiné dans des conditions très mystérieuses et Arroudj est proclamé roi.
Il entreprit alors de consolider les défenses de la ville et continuer à harceler le Pégnon notamment en privant ses défenseurs d’eau et, pour se faire, obstrua la source qui alimentait l’île, obligeant les espagnols à se ravitailler à partir de Mallorque.
Arroudj ayant eu le royaume, voulait une reine. Il jeta son dévolu sur Zaphira, la veuve de Selim qu’il supplia d’être la première Dame.
Zaphira ayant des doutes sur la culpabilté de Arroudj quant à l’assassinat de son mari, refusa et pour échapper à une relation forcée, elle se donna la mort.
Ce coup fatal affecta énormemment Arroudj qui décida d’abandonner le pouvoir à son frère Kheir-Eddine et de reprendre la mer.
C’est alors qu’il fut appelé par les notables de Tlemcen pour réinstaller le roi légitime Ben Ziane.
L’armée espagnole assiègea la ville où Arroudj, refugié au Mechouar tint un siège de 6 mois.Trahi, il s’enfuya, poursuivi par les soldats espagnols jusqu’à l’Oued El Malah prés du tombeau de Lebtek el Fartas.
Arroudj et 50 janissaires furent encerclés et un combat épique s’engagea.
Les chroniques espagnoles disent que, tel un monstre, hirsute, fou de rage, tenant de son seul bras valide une immense hache, il faisait voler des têtes tout autour de lui.
Blessé au front, le sang lui brouilla la vue et ne pouvant s’essuyer, il continua à se battre jusqu’à ce qu’une lame vint lui transpercer la poitrine. Arroudj vacilla, tomba à genoux, permettant ainsi au lieutenant Don Garcia de le décapiter et d’exhiber la tête aux restants des janissaires qui se rendirent.
Don Garcia arracha également la main d’argent du bras gauche d’Arroudj et fila à bride battue vers Tlemcen arborant les deux trophées.
La tête de Arroudj fut exposée au dessus de la porte d’Oran puis en Espagne où toutes les cloches des églises sonnèrent le tocsin jusqu’en Italie et au-delà dans l’empire chrétien.
La main d’argent fut vendue aux enchères, le caftan de Arroudj donné au monastère de Saint Jérôme de Cordoue, le drapeau sur lequel était brodée la devise de Adelmoumène « un rang élevé ne se conquiert que par la force, ce ne sont pas les les livres qui peuvent repousser le poitrail des chevaux. » fut offert à Abou Hammou, remis sur le trône de Tlemcen en juin 1518.
Seul rescapé, Adjib, le cheval blanc de Arroudj, que l’on ne revit plus jamais, sauf que les paysans de Lebtek El Fartas racontent que chaque année, à l’anniversaire de la mort de son maître, il apparaît, grattant le sol, se cabrant et henissant, comme cherchant son maître avant de disparaître dans les profondeurs de la nuit.