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Voir la version complète : Agression islamophobe : “Ils m’ont tabassé parce que je suis musulman”



djelloul
08/08/2008, 14h01
Dans la nuit du jeudi 24 juillet au vendredi 25 juillet, Nouredine Rachedi, 30 ans, rentre chez lui à Guyancourt (Yvelines). Il est un peu plus d’une heure du matin quand deux individus lui barrent la route. Puis le tabassent parce qu’il est musulman. Nouredine revient pour Al-Kanz sur cette agression islamophobe.

Al-Kanz : Pourriez-vous en quelques mots revenir sur votre agression ?

Nouredine Rachedi : Je rentre chez moi comme souvent en passant par le parc des sources de la Bièvre à Guyancourt. Un individu, après m’avoir demandé une cigarette, me demande si je suis musulman. Je réponds oui. S’ensuit un interrogatoire : “Depuis combien de temps tu es en France ?”. Je lui réponds que j’y suis né et que j’y ai toujours vécu. Il me demande ensuite ce que je pense de la Yougoslavie. Je lui demande pourquoi veut-il savoir tout cela. Son copain s’approche de moi, puis me répond : “Parce que nous sommes des nazis”, puis me redemande ce que je pense de la Yougoslavie. Je réponds : “Si je dis ce que je pense, vous allez me tabasser ?” Il me répond : “C’est possible. Que penses-tu de la situation en Yougoslavie ?” Je lui dis alors que je ne sais pas. C’est à ce moment précis que le tabassage a commencé.

Al-Kanz : On vous a donc passé à tabac parce que vous êtes musulman.

Nouredine Rachedi : Absolument. Cela ne fait aucun doute pour moi. Il s’agit bien d’une agression à caractère islamophobe. D’ailleurs, la deuxième question : “Depuis combien de temps tu es en France ?” est révélatrice de l’état d’esprit de ces jeunes qui se revendiquent nazis. Etre musulman, pour eux, c’est forcément être étranger. C’est d’ailleurs un état d’esprit qui dépasse de loin les groupuscules d’extrême-droite, l’islamophobie se normalise de jour en jour en France, c’est une réalité.

Al-Kanz : Vous avez déposé plainte. Est-ce que la police a tenu compte du caractère raciste de l’agression ?

Nouredine Rachedi : Non, elle n’en a pas tenu compte. Elle a relevé ma déposition dans laquelle j’expose les faits que je viens de vous relater, mais la police a qualifié l’affaire en tant que “violences volontaires aggravées en groupe”. Trois jours après, j’ai demandé à ce que le caractère raciste soit ajouté comme circonstance aggravante supplémentaire, mais ils m’ont invité à saisir le procureur qui seul est habilité à procéder à la requalification. C’est ce sur quoi nous nous penchons actuellement avec mes avocats. Le commissariat de Guyancourt, qui m’a convoqué une nouvelle fois hier pour me présenter d’autres photos, m’a assuré que la police prenait l’affaire très au sérieux et que l’agresseur que j’ai identifié allait être interpellé dans les prochains jours.

Al-Kanz : Avez-vous reçu des soutiens d’organisations anti-racistes ?

Nouredine Rachedi : J’ai reçu le soutien d’organisations comme les indigènes de la République qui ont relayé l’histoire à bon nombre de réseaux tels bellaciao, rezo.net. Quant à la LDH, le Mrap et SOS Racisme, nous essayons de les joindre pendant cette période estivale. Je souligne que je ne me fais pas trop d’illusion pour SOS Racisme. J’ai bénéficié de l’appui du réseau “Les Dérouilleurs”, particulièrement de son fondateur Zoubair Ben Terdeyet qui m’a ouvert son carnet d’adresses. J’ai été très touché par son soutien et son engagement à mes côtés. Cela m’a permis d’avoir des interviews dans la presse, de recueillir d’innombrables messages de soutien, parmi lesquels ceux de citoyens français de confession musulmane qui me relatent des faits similaires à mon agression, mais classés sans suite à cause de l’inertie des services de police. Enfin, des associations comme le Collectif des musulmans de France se sont rapprochés de moi.

Al-Kanz : Quelles suites comptez-vous donner à cette affaire ?

Nouredine Rachedi : Je compte aller jusqu’au bout afin que mes agresseurs soient retrouvés et jugés pour les faits qu’ils ont commis. Je veux que le caractère islamophobe de cette agression soit reconnue. Je veux oeuvrer à une prise de conscience des mentalités pour que les gens sachent qu’il est possible de se faire agresser dans ce pays uniquement en raison de son appartenance à l’islam. C’est cette reconnaissance qui, petit à petit, permettra à toutes les victimes d’islamophobie d’obtenir justice en tant que citoyens.

Al-Kanz : Pour finir, pourriez-vous nous dire dans quel état vous êtes aujourd’hui ?

Nouredine Rachedi : Je vais beaucoup mieux, physiquement et moralement, que les deux premiers jours qui ont suivi mon agression. Mon dos me fait beaucoup moins mal. J’ai toujours des peurs quand je marche dans la rue et quand j’aperçois quelqu’un qui a le profil d’un de mes deux agresseurs. Les nombreux messages de soutien que j’ai reçus m’ont apporté une énergie inestimable et ont levé les premiers doutes que j’avais sur la nécessité d’initier une action.

source http://www.al-kanz.org/2008/08/07/islamophobie-nouredine-rachedi/#