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Voir la version complète : La conversion du musulman par de foucauld



khadija
16/01/2010, 12h40
Tamanrasset, par Insalah, via Biskra,
Algérie.

29 juillet 1916.

MONSIEUR,

Je vous remercie infiniment d'avoir bien voulu répondre à ma lettre, au milieu de tant de travaux, et si fraternellement.
Je pourrais, m'écrivez-vous, vous dire utilement la vie du missionnaire parmi les populations musulmanes, mon sentiment sur ce qu'on peut attendre d'une politique qui ne cherche pas à convertir les musulmans par l'exemple et par l'éducation et qui par conséquent maintient le mahométisme, enfin des conversations avec des personnages du désert sur les affaires d'Europe et sur la guerre.

I — Vie du missionnaire parmi les populations musulmanes

Habituellement chaque mission comprend plusieurs prêtres, au moins deux ou trois ; ils se partagent le travail qui consiste surtout en relations avec les indigènes (les visiter et recevoir leurs visites) ; œuvres de bienfaisance (aumônes, dispensaires) ; œuvres d'éducation (écoles d'enfants, écoles du soir pour les adultes, ateliers pour les adolescents) ; ministère paroissial (pour les convertis et ceux qui veulent s'instruire dans la religion chrétienne). Je ne suis pas en état de vous décrire cette vie qui, dans ma solitude au milieu de populations très disséminées et encore très éloignées d'esprit et de cœur, n'est pas la mienne... Les missionnaires isolés comme moi sont fort rares. Leur rôle est de préparer la voie, en sorte que les missions qui les remplaceront trouvent une population amie et confiante, des âmes quelque peu préparées au christianisme, et, si faire se peut, quelques chrétiens. Vous avez en partie décrit leurs devoirs dans votre article : " Le plus grand service " (Écho de Paris, 22 janvier 1916). Il faut nous faire accepter des musulmans, devenir pour eux l'ami sûr, à qui on va quand on est dans le doute ou la peine, sur l'affection, la sagesse et la justice duquel on compte absolument. Ce n'est que quand on est arrivé là qu'on peut arriver à faire du bien à leurs âmes. Inspirer une confiance absolue en notre véracité, en la droiture de notre caractère, et en notre instruction supérieure, donner une idée de notre religion par notre bonté et nos vertus, être en relations affectueuses avec autant d'âmes qu'on le peut, musulmanes ou chrétiennes, indigènes ou françaises, c'est notre premier devoir : ce n'est qu'après l'avoir bien rempli, assez longtemps, qu'on peut faire du bien.
Ma vie consiste donc à être le plus possible en relation avec ce qui m'entoure et à rendre tous les services que je peux. À mesure que l'intimité s'établit, je parle, toujours ou presque toujours en tête à tête, du bon Dieu, brièvement, donnant à chacun ce qu'il peut porter, fuite du péché, acte d'amour parfait, acte de contrition parfaite, les deux grands commandements de l'amour de Dieu et du prochain, examen de conscience, méditation des fins dernières, à la vue de la créature penser à Dieu, etc., donnant à chacun selon ses forces et avançant lentement, prudemment.
Il y à fort peu de missionnaires isolés faisant cet office de défricheur ; je voudrais qu'il y en eût beaucoup : tout curé d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc, tout aumônier militaire, tout pieux catholique laïc (à l'exemple de Priscille et d'Aquila), pourrait l'être. Le gouvernement interdit au clergé séculier de faire de la propagande anti-musulmane ; mais il s'agit de propagande ouverte et plus ou moins bruyante : les relations amicales avec beaucoup d'indigènes, tendant à amener lentement, doucement, silencieusement, les musulmans à se rapprocher des chrétiens devenus leurs amis, ne peuvent être interdites par personne. Tout curé de nos colonies, pourrait s'efforcer de former beaucoup de ses paroissiens et paroissiennes à être des Priscille et des Aquila. Il y a toute une propagande tendre et discrète à faire auprès des indigènes infidèles, propagande qui veut avant tout de la bonté, de l'amour et de la prudence, comme quand nous voulons ramener à Dieu un parent qui a perdu la foi...
Espérons qu'après la victoire nos colonies prendront un nouvel essor. Quelle belle mission pour nos cadets de France, d'aller coloniser dans les territoires africains de la mère patrie, non pour s'y enrichir, mais pour y faire aimer la France, y rendre les âmes françaises et surtout leur procurer le salut éternel, étant avant tout des Priscille et des Aquila !

II — Comment franciser les peuples de notre empire africain

Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.
L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens.
Il ne s'agit pas de les convertir en un jour ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, œuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.
Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui. D'une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du medhi, il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à l'approche du jugement dernier le medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l'engage à subir avec calme son épreuve; "l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération", disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands, parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d'honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles mais, d'une façon générale, sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du medhi, en lequel ils soumettront la France.
De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du medhi...


III — Conversation avec des personnages du désert sur les affaires de l'Europe et sur la guerre

Je n'en ai pas. Je n'ai jamais cessé de dire aux indigènes que cette guerre est chose sans gravité : deux gros pays ont voulu en manger deux petits ; les autres gros pays, tel que les Anglais, les Russes et nous, leur font la guerre non seulement pour empêcher cette injustice, mais pour ôter à ces deux voleurs la force de recommencer ; quand ils seront bien corrigés et affaiblis on leur accordera la paix ; cela durera ce que cela durera, le résultat ne présente aucun doute, et nous avons l'habitude d'aller lentement mais sûrement... Les gens de ce pays reculé sont d'une telle ignorance que tout détail supplémentaire les induirait en erreur : ils ne comprendraient pas, et se feraient des idées fausses.

La main-d'œuvre polonaise
Votre article sur la main-d'œuvre étrangère (L'Écho de Paris du 28 mai 1916), et ce que vous y dites avec tant de vérité des Polonais me porte à vous parler d'un ami... qui a consacré sa vie à l'étude et au relèvement de la Pologne, sa patrie ; il travaille à la relever surtout par la pureté des mœurs, l'austérité de la vie et le renoncement à l'alcool. Voyant avec douleur beaucoup de Polonais partir annuellement pour l'Amérique où ils perdent leurs âmes, il cherche à détourner ce mouvement d'émigration vers la France et les colonies françaises du Nord de l'Afrique, Algérie, Maroc, Tunisie. Depuis trois ou quatre ans il a fait parvenir des propositions à ce sujet aux autorités françaises d'Algérie et du Maroc, offrant de diriger sur ces pays des familles choisies de Polonais. Rien de ce qu’il a proposé n'a été exécuté jusqu'a présent. L'heure viendra peut-être bientôt de reprendre son idée et de l'appliquer non seulement à l'Algérie, à la Tunisie et au Maroc, mais aussi à la France...

Les Kabyles
Comme vous, je désire ardemment que la France reste aux Français. et que notre race reste pure. Pourtant je me réjouis de voir beaucoup de Kabyles travailler en France ; cela semble peu dangereux pour notre race, car la presque totalité des Kabyles, amoureux de leur pays, ne veulent que faire un pécule et regagner leurs montagnes.
Si le contact de bons chrétiens établis en Kabylie est propre à convertir et à franciser les Kabyles, combien plus la vie prolongée au milieu des chrétiens de France est-elle capable de produire cet effet.
Les berbères marocains, frères des Kabyles, sont encore par trop rudes ; ils seront pareils aux Kabyles, quand, comme eux, ils auront soixante ans de domination française. Saint Augustin aimait la langue punique, parce que, disait-il, c'était la langue de sa mère : qu'était la race de sainte Monique dont la langue était la punique ? La race berbère ? Si la race berbère nous a donné sainte Monique et en partie saint Augustin, voilà qui est bien rassurant. N'empêche que les Kabyles ne sont pas aujourd'hui ce qu'étaient leurs ancêtres du IVe siècle : leurs hommes ne sont pas ce que nous voulons pour nos filles ; leurs filles ne sont pas capables de faire les bonnes mères de famille que nous voulons.
Pour que les Kabyles deviennent français, il faudra pourtant que des mariages deviennent possibles entre eux et nous : le christianisme seul, en donnant même éducation, mêmes principes, en cherchant à inspirer mêmes sentiments, arrivera, avec le temps, à combler en partie l'abîme qui existe maintenant.
En me recommandant fraternellement à vos prières, ainsi que nos Touaregs, et en vous remerciant encore de votre lettre, je vous prie d'agréer l'expression de mon religieux et respectueux dévouement.
Votre humble serviteur dans le Cœur de Jésus.

Charles DE FOUCAULD

Nana
16/01/2010, 16h56
Merci Khadija pour ce texte.

C'est exactement comme ça que les missionaires chrétiens (esp. les évangelistes) se conduisent en pays musulmans, en adoptant des tactiques sournoises :grrrr:

En Iraq, en Afghanistan, et meme en Algérie, ils viennent soi disant aider, mais tous ce qui les interessent c'est de faire du chiffre.

Ils n'en ont rien à foutre du bien etre des musulmans, pas de conversions, pas d'"aide humanitaire".

Ils visent les plus faibles commes les enfants et les veuves et les chomeurs, en leur promettant argent et visa, et font chanter aux enfants des cantiques à la gloire de Jésus dans une langue qu'ils ne comprennent pas (vu dans un reportage sur les ONG "caritatives" en Iraq et en Afghanistan ) en échange de bonbons.

Les chrétiens évangeliques ne sont pas nos amis, il est temps aux Algériens de se rendre compte qu'ils nous veulent du mal.

Non seulement Les chrétiens évangeliques sont pro-sioniste et soutiennent inconditionnellement Israel, mais ils ont été un des plus puissant lobby pour mettre le moyen orient à feu et à sang (Iraq, Afghanistan), afin de pouvoir infiltrer les pays musulmans et les evangeliser.

Ils ont également l'aide des services secrets Américains, pour qui une minorité religieuse chrétienne ou juive dans un pays musulman représente une opportunité de division ethnique, et une possible 5ème colonne ( une base de recrutement d'espions en puissance ), utile pour destabiliser et aussi envahir un pays "enemi".


C'est pour tout ça que je dis merde à ceux qui me parle de "liberté de culte", comme toutes ces autres "libertés" dont les occidentaux (Europe+USA) nous gavent avec, afin de mieux nous détruire de l'intérieur.

CHELGHOUM-LAID
16/01/2010, 18h17
tu as entierement raison , c'est exactement comme ça que ça se passe !
voici un court reportage sur les missionaire et leur interet en irak :

http://www.dailymotion.com/video/x7s8vw_croisade-en-irak_auto

:anim_dead::anim_dead:

kredence
17/01/2010, 02h26
Khadija,toute la litterature de Charles de Foucauld,du cardinal de Lavigerie,et tous les missionnaires francais qui accompagnaient l'armee coloniale francaise est de la meme etoffe.

Charles de Foucauld,qui etait avant tout un militaire, a fait des pieds et mains pour que le Sahara soit separe de l'Algerie

Lisez la propagande de l'epoque
http://terrain.revues.org/index3167.html

Citations de Charles de Foucauld
http://www.cite-evangile.asso.fr/documents/citationsP.pdf

Le texte de Foucauld que tu viens de poster,illustre bien la farce de la mission civilisatrice chretienne a travers le monde,mais surtout en Afrique du Nord

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Martial_Lavigerie

LETTRE OUVERTE AUX AMIS DE CHARLES DE FOUCAULD
A propos de Charles de Foucauld, frère universel ou moine-soldat ?

(Éditions La Découverte, octobre 2002)

La vocation militaire de Charles de Foucauld

L'une des explications le plus souvent avancée pour excuser le nationalisme de Foucauld est qu'il serait resté militaire dans l'âme.

Sa formation militaire et son séjour dans l'armée auraient marqué à jamais son tempérament.

Je dois avouer que cette explication ne me semble rien moins que pertinente. Pendant tout le temps qu'il passa dans l'armée, Foucauld ne cessa de faire montre du plus grand désintérêt pour la vie militaire.

Un camarade de Saint-Cyr dira de lui " C'était, à cette époque, un pauvre garçon qui me faisait l'effet d'être hors de sa voie et de n'avoir, bien au contraire, aucun goût pour le métier qu'il avait choisi.

C'était un indépendant auquel, je crois, la discipline militaire de l'École pesait lourdement. Il se complaisait à la perspective de plaisirs vulgaires qu'il se promettait aux jours de sortie et que lui permettait une fortune dont il jouissait[16]."

Au moment de quitter l'école, il écrit à son ami Gabriel Tourdes : "Tu me demandes si en quittant Saint-Cyr je sais s'il faut rire ou pleurer : Foutre ! Oui ! Je le sais : il faut rire, et terriblement, et furieusement, c'est effroyable : tu ne te figures pas quel enfer est Saint-Cyr[17]..." Il sort bon dernier de l'école de cavalerie de Saumur avec la note suivante : ""Esprit peu militaire ; n'a pas le sentiment du devoir à un degré suffisant ; a laissé beaucoup à désirer et n'a fait qu'un cours médiocre."

L'appréciation de l'inspecteur général est ainsi rédigée : "A la tête légère et ne pense qu'à s'amuser. Privé de congé pour sa conduite et ses nombreuses punitions[18]."

Lors de son premier séjour en Algérie il préféra rompre avec l'armée plutôt que quitter sa maîtresse. La seconde fois, il donnera sa démission au bout de quelques semaines : "J'ai préféré, écrit-il alors, m'en aller tout de suite : à quoi bon traîner encore quelques années, sans aucun but, une vie où je ne trouve aucun intérêt ; j'aime bien mieux profiter de ma jeunesse en voyageant[19]." C'est donc un fait avéré : militaire, Charles de Foucauld se souciait de la patrie comme d'une guigne.

Tout particulièrement, l'idée d'être dans l'armée pour préparer la revanche de la défaite de 1870 lui était totalement étrangère.

En réalité, la vocation militaire de Charles de Foucauld est une vocation tardive. Ce n'est que lorsqu'il arrive au Sahara qu'il trouve sa place dans l'armée.

A ce moment-là, il ne reste pas militaire, il le devient. Et sa vocation militaire est directement liée à sa vocation sacerdotale.

C'est en croyant promouvoir les valeurs chrétiennes qu'il soutient du mieux qu'il peut l'action de l'armée au Sahara.

Ce sera pour la même raison qu'il exaltera la Première Guerre mondiale comme une guerre sainte voulue par Dieu.

Et cela, sans qu'il aie conscience de s'enfermer dans une contradiction.

A propos de la venue et de l'installation de Charles de Foucauld à Beni-Abbès, certains contestent qu'elle puisse avoir quelque lien avec la conquête coloniale menée par l'armée française. ils se reportent alors à la lettre adressée le 23 juin 1901 à Henry de Castries :

"Nous voudrions fonder sur la frontière marocaine, non pas une Trappe, non pas un grand et riche monastère, non pas une exploitation agricole, mais une sorte d'humble petit ermitage, où quelques pauvres moines pourraient vivre de quelques fruits et d'un peu d'orge récoltés de leurs mains, dans une étroite clôture, la pénitence et l'adoration du Saint-Sacrement, ne sortant pas de leur clos, ne prêchant pas, mais donnant l'hospitalité à tout venant, bon ou mauvais, ami ou ennemi, musulman ou chrétien...

C'est l'évangélisation, non par la parole, mais par la présence du Très Saint Sacrement, l'offrande du divin Sacrifice, la prière, la pénitence, la pratique des vertus évangéliques, la charité - une charité fraternelle et universelle partageant jusqu'à la dernière bouchée de pain, et recevant tout humain comme un frère bien-aimé...[20]" Je cite moi-même ce texte et j'écris :

"Ce projet est parfaitement conforme à l'idéal évangélique. Il veut concrétiser le rêve que Foucauld porte en lui de devenir le "frère universel" au milieu des hommes les plus pauvres.

La légende dorée de l'ermite du Sahara entretiendra l'idée qu'il ne cessera de se rapprocher de cet idéal, jusqu'à le réaliser parfaitement. Mais, pour faire prévaloir cette idée, il faudra oublier l'implication du moine-soldat dans le contexte politique et militaire de la colonisation."

Soyons précis. La lettre à Henry de Castries est écrite alors que frère Charles se trouve encore à la trappe de Notre-Dame-des-Neiges, quatre mois avant qu'il n'arrive à Beni-Abbès où il s'installe le 28 octobre 1901.

Je cite ensuite, quelques pages plus loin, la lettre qu'il écrit le 13 avril 1902 au commandant Lacroix, son camarade de promotion à Saint-Cyr, alors directeur des affaires indigènes à Alger. Il signale alors à son ami l'extrême importance d'occuper militairement l'oasis de Tabelbalat, au sud-ouest de Beni-Abbès, qui vient d'être reconnue par le capitaine Regnault.

Foucauld est convaincu que Tabelbalat est la position stratégique idéale pour se préparer à pénétrer plus avant vers le Maroc, car, écrit-il, "c'est de là qu'on domine et surveille et protège toute la région".

De cette manière, précise-t-il, "nos possessions présentes seront en pleine sécurité" et "les nouvelles conquêtes seront très facilitées[21]".

Ce conseil se heurtera à une fin de non-recevoir de la part du Gouverneur Général de l'Algérie et Foucauld en sera très désabusé :

"Que c'est triste, écrira-t-il, de regarder la terre ; il vaut mieux regarder le ciel[22]." On m'accordera que les termes de la lettre au commandant Lacroix montrent clairement que frère Charles entend s'impliquer directement dans ce qu'il faut bien appeler "la conquête du Maroc".

A propos des formules avec lesquelles Charles de Foucauld préconise "sévérité et répression" à l'encontre de ceux qui refusent de se soumettre à l'ordre colonial, vous concédez que les termes en sont souvent sans nuance.

C'est en effet le moins qu'on puisse dire lorsqu'on lit ce qu'il écrit le 4 mai 1915 au général Laperinne : "Il faudrait que tous les rezzou qui apparaissent soient poursuivis et exterminés jusqu'au dernier afin que les tribus qui razzient n'aient plus de guides (...) ; ce n'est qu'en tuant tous ces brigands jusqu'au dernier comme on pend aux vergues les pirates qu'on aura la paix...

Mais cela peut être long. Et il faut prendre des mesures immédiates[23]." Ou encore ce qu'il écrit à René Basset le 16 juin 1916 : "Il est indispensable que [le commandant Meynier] puisse entrer à Rat, le châtier exemplairement, pousser au-delà jusqu'à Oubari, chef-lieu du principal chef senoussiste de la région, et châtier le village, pousser enfin jusqu'aux principaux campements Ajjer dissidents et leur infliger un désastre.

A ce prix seulement on aura la paix pendant quelque temps[24]." Certes, le plus souvent ces conseils extravagants resteront lettre morte car les officiers auront la sagesse de ne pas les prendre au sérieux et se garderont bien de les suivre. Vous avez donc raison de dire qu'il faut relativiser les effets des avis exprimés par le "marabout français" : "Foucauld parlait durement sans doute, mais souvent vraiment «dans le désert»." Pour autant, cela ne l'exonère en aucune façon de la dureté dont il faisait preuve à l'encontre des rebelles, mais vient au contraire souligner la contradiction de ses propos avec l'idéal de la fraternité universelle dont il voulait être le témoin.

http://www.non-violence-mp.org/muller/lettreouverte.htm

Jalal
17/01/2010, 06h21
Tamanrasset, par Insalah, via Biskra,
Algérie.

29 juillet 1916.

MONSIEUR,

Je vous remercie infiniment d'avoir bien voulu répondre à ma lettre, au milieu de tant de travaux, et si fraternellement.
Je pourrais, m'écrivez-vous, vous dire utilement la vie du missionnaire parmi les populations musulmanes, mon sentiment sur ce qu'on peut attendre d'une politique qui ne cherche pas à convertir les musulmans par l'exemple et par l'éducation et qui par conséquent maintient le mahométisme, enfin des conversations avec des personnages du désert sur les affaires d'Europe et sur la guerre.

I — Vie du missionnaire parmi les populations musulmanes

Habituellement chaque mission comprend plusieurs prêtres, au moins deux ou trois ; ils se partagent le travail qui consiste surtout en relations avec les indigènes (les visiter et recevoir leurs visites) ; œuvres de bienfaisance (aumônes, dispensaires) ; œuvres d'éducation (écoles d'enfants, écoles du soir pour les adultes, ateliers pour les adolescents) ; ministère paroissial (pour les convertis et ceux qui veulent s'instruire dans la religion chrétienne). Je ne suis pas en état de vous décrire cette vie qui, dans ma solitude au milieu de populations très disséminées et encore très éloignées d'esprit et de cœur, n'est pas la mienne... Les missionnaires isolés comme moi sont fort rares. Leur rôle est de préparer la voie, en sorte que les missions qui les remplaceront trouvent une population amie et confiante, des âmes quelque peu préparées au christianisme, et, si faire se peut, quelques chrétiens. Vous avez en partie décrit leurs devoirs dans votre article : " Le plus grand service " (Écho de Paris, 22 janvier 1916). Il faut nous faire accepter des musulmans, devenir pour eux l'ami sûr, à qui on va quand on est dans le doute ou la peine, sur l'affection, la sagesse et la justice duquel on compte absolument. Ce n'est que quand on est arrivé là qu'on peut arriver à faire du bien à leurs âmes. Inspirer une confiance absolue en notre véracité, en la droiture de notre caractère, et en notre instruction supérieure, donner une idée de notre religion par notre bonté et nos vertus, être en relations affectueuses avec autant d'âmes qu'on le peut, musulmanes ou chrétiennes, indigènes ou françaises, c'est notre premier devoir : ce n'est qu'après l'avoir bien rempli, assez longtemps, qu'on peut faire du bien.
Ma vie consiste donc à être le plus possible en relation avec ce qui m'entoure et à rendre tous les services que je peux. À mesure que l'intimité s'établit, je parle, toujours ou presque toujours en tête à tête, du bon Dieu, brièvement, donnant à chacun ce qu'il peut porter, fuite du péché, acte d'amour parfait, acte de contrition parfaite, les deux grands commandements de l'amour de Dieu et du prochain, examen de conscience, méditation des fins dernières, à la vue de la créature penser à Dieu, etc., donnant à chacun selon ses forces et avançant lentement, prudemment.
Il y à fort peu de missionnaires isolés faisant cet office de défricheur ; je voudrais qu'il y en eût beaucoup : tout curé d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc, tout aumônier militaire, tout pieux catholique laïc (à l'exemple de Priscille et d'Aquila), pourrait l'être. Le gouvernement interdit au clergé séculier de faire de la propagande anti-musulmane ; mais il s'agit de propagande ouverte et plus ou moins bruyante : les relations amicales avec beaucoup d'indigènes, tendant à amener lentement, doucement, silencieusement, les musulmans à se rapprocher des chrétiens devenus leurs amis, ne peuvent être interdites par personne. Tout curé de nos colonies, pourrait s'efforcer de former beaucoup de ses paroissiens et paroissiennes à être des Priscille et des Aquila. Il y a toute une propagande tendre et discrète à faire auprès des indigènes infidèles, propagande qui veut avant tout de la bonté, de l'amour et de la prudence, comme quand nous voulons ramener à Dieu un parent qui a perdu la foi...
Espérons qu'après la victoire nos colonies prendront un nouvel essor. Quelle belle mission pour nos cadets de France, d'aller coloniser dans les territoires africains de la mère patrie, non pour s'y enrichir, mais pour y faire aimer la France, y rendre les âmes françaises et surtout leur procurer le salut éternel, étant avant tout des Priscille et des Aquila !

II — Comment franciser les peuples de notre empire africain

Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.
L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens.
Il ne s'agit pas de les convertir en un jour ni par force mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, œuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.
Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui. D'une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du medhi, il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à l'approche du jugement dernier le medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l'engage à subir avec calme son épreuve; "l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération", disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands, parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d'honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles mais, d'une façon générale, sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du medhi, en lequel ils soumettront la France.
De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du medhi...


III — Conversation avec des personnages du désert sur les affaires de l'Europe et sur la guerre

Je n'en ai pas. Je n'ai jamais cessé de dire aux indigènes que cette guerre est chose sans gravité : deux gros pays ont voulu en manger deux petits ; les autres gros pays, tel que les Anglais, les Russes et nous, leur font la guerre non seulement pour empêcher cette injustice, mais pour ôter à ces deux voleurs la force de recommencer ; quand ils seront bien corrigés et affaiblis on leur accordera la paix ; cela durera ce que cela durera, le résultat ne présente aucun doute, et nous avons l'habitude d'aller lentement mais sûrement... Les gens de ce pays reculé sont d'une telle ignorance que tout détail supplémentaire les induirait en erreur : ils ne comprendraient pas, et se feraient des idées fausses.

La main-d'œuvre polonaise
Votre article sur la main-d'œuvre étrangère (L'Écho de Paris du 28 mai 1916), et ce que vous y dites avec tant de vérité des Polonais me porte à vous parler d'un ami... qui a consacré sa vie à l'étude et au relèvement de la Pologne, sa patrie ; il travaille à la relever surtout par la pureté des mœurs, l'austérité de la vie et le renoncement à l'alcool. Voyant avec douleur beaucoup de Polonais partir annuellement pour l'Amérique où ils perdent leurs âmes, il cherche à détourner ce mouvement d'émigration vers la France et les colonies françaises du Nord de l'Afrique, Algérie, Maroc, Tunisie. Depuis trois ou quatre ans il a fait parvenir des propositions à ce sujet aux autorités françaises d'Algérie et du Maroc, offrant de diriger sur ces pays des familles choisies de Polonais. Rien de ce qu’il a proposé n'a été exécuté jusqu'a présent. L'heure viendra peut-être bientôt de reprendre son idée et de l'appliquer non seulement à l'Algérie, à la Tunisie et au Maroc, mais aussi à la France...

Les Kabyles
Comme vous, je désire ardemment que la France reste aux Français. et que notre race reste pure. Pourtant je me réjouis de voir beaucoup de Kabyles travailler en France ; cela semble peu dangereux pour notre race, car la presque totalité des Kabyles, amoureux de leur pays, ne veulent que faire un pécule et regagner leurs montagnes.
Si le contact de bons chrétiens établis en Kabylie est propre à convertir et à franciser les Kabyles, combien plus la vie prolongée au milieu des chrétiens de France est-elle capable de produire cet effet.
Les berbères marocains, frères des Kabyles, sont encore par trop rudes ; ils seront pareils aux Kabyles, quand, comme eux, ils auront soixante ans de domination française. Saint Augustin aimait la langue punique, parce que, disait-il, c'était la langue de sa mère : qu'était la race de sainte Monique dont la langue était la punique ? La race berbère ? Si la race berbère nous a donné sainte Monique et en partie saint Augustin, voilà qui est bien rassurant. N'empêche que les Kabyles ne sont pas aujourd'hui ce qu'étaient leurs ancêtres du IVe siècle : leurs hommes ne sont pas ce que nous voulons pour nos filles ; leurs filles ne sont pas capables de faire les bonnes mères de famille que nous voulons.
Pour que les Kabyles deviennent français, il faudra pourtant que des mariages deviennent possibles entre eux et nous : le christianisme seul, en donnant même éducation, mêmes principes, en cherchant à inspirer mêmes sentiments, arrivera, avec le temps, à combler en partie l'abîme qui existe maintenant.
En me recommandant fraternellement à vos prières, ainsi que nos Touaregs, et en vous remerciant encore de votre lettre, je vous prie d'agréer l'expression de mon religieux et respectueux dévouement.
Votre humble serviteur dans le Cœur de Jésus.

Charles DE FOUCAULD

Permettez-moi de vous faire savoir que vous avez oublié de mentionner la source de ce texte. Je ne doute pas que vous aviez dû le consulter sur le Net.

kredence
17/01/2010, 07h04
Heureusement que c'est signe Charles de Foucauld,il faut peut-etre lire jusqu'au bout,ca peut aider a ne pas poser de question superflue.
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Permettez-moi de vous faire savoir que vous avez oublié de mentionner la source de ce texte. Je ne doute pas que vous aviez dû le consulter sur le Net.

khadija
17/01/2010, 11h51
Permettez-moi de vous faire savoir que vous avez oublié de mentionner la source de ce texte. Je ne doute pas que vous aviez dû le consulter sur le Net.

Si vous avez le net tapez Charles de Foucauld vous aurez les références et cela ne changera en rien ce que ce triste sire pense des "indigènes":minilogo_algeria:

Merci des liens Chelghoum-Laid et Kredence

Nana, quand tu as la foi dans ta religion rien ne devrait t'en détacher même une future belle vie ici-bas, je ne comprend pas ces gens qui vendent leur âme

kredence
17/01/2010, 20h51
"Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ?"
Charles de Foucauld

Cette lettre, adressée par le Père Charles de Foucauld à René Bazin, de l'Académie française, est parue dans le Bulletin du Bureau catholique de presse, n° 5, octobre 1917.

Elle a été publiée sur le site de la Fondation de service politique, à l’occasion de la béatification du Père de Foucauld par le pape Benoît XVI, le 13 novembre 2005, à Rome.

JESUS CARITAS,

Tamanrasset, par Insalah, via Biskra, Algérie, 29 juillet 1916.

Monsieur,

Je vous remercie infiniment d'avoir bien voulu répondre à ma lettre, au milieu de tant de travaux, et si fraternellement. Je pourrais, m'écrivez-vous, vous dire utilement la vie du missionnaire parmi les populations musulmanes, mon sentiment sur ce qu'on peut attendre d'une politique qui ne cherche pas à convertir les musulmans par l'exemple et par l'éducation et qui par conséquent maintient le mahométisme, enfin des conversations avec des personnages du désert sur les affaires d'Europe et sur la guerre.

Vie du missionnaire parmi les populations musulmanes

(...) Les missionnaires isolés comme moi sont fort rares. Leur rôle est de préparer la voie, en sorte que les missions qui les remplaceront trouvent une population amie et confiante, des âmes quelque peu préparées au christianisme, et, si faire se peut, quelques chrétiens. (...) Il faut nous faire accepter des musulmans, devenir pour eux l'ami sûr, à qui on va quand on est dans le doute ou la peine, sur l'affection, la sagesse et la justice duquel on compte absolument. Ce n'est que quand on est arrivé là qu'on peut arriver à faire du bien à leurs âmes. Inspirer une confiance absolue en notre véracité, en la droiture de notre caractère, et en notre instruction supérieure, donner une idée de notre religion par notre bonté et nos vertus, être en relations affectueuses avec autant d'âmes qu'on le peut, musulmanes ou chrétiennes, indigènes ou françaises, c'est notre premier devoir : ce n'est qu'après l'avoir bien rempli, assez longtemps, qu'on peut faire du bien. Ma vie consiste donc à être le plus possible en relation avec ce qui m'entoure et à rendre tous les services que je peux. À mesure que l'intimité s'établit, je parle, toujours ou presque toujours en tête à tête, du bon Dieu, brièvement, donnant à chacun ce qu'il peut porter, fuite du péché, acte d'amour parfait, acte de contrition parfaite, les deux grands commandements de l'amour de Dieu et du prochain, examen de conscience, méditation des fins dernières, à la vue de la créature penser à Dieu, etc., donnant à chacun selon ses forces et avançant lentement, prudemment. Il y a fort peu de missionnaires isolés faisant cet office de défricheur ; je voudrais qu'il y en eût beaucoup : tout curé d'Algérie, de Tunisie ou du Maroc, tout aumônier militaire, tout pieux catholique laïc (à l'exemple de Priscille et d'Aquila), pourrait l'être. Le gouvernement interdit au clergé séculier de faire de la propagande anti-musulmane ; mais il s'agit de propagande ouverte et plus ou moins bruyante : les relations amicales avec beaucoup d'indigènes, tendant à amener lentement, doucement, silencieusement, les musulmans à se rapprocher des chrétiens devenus leurs amis, ne peuvent être interdites par personne. Tout curé de nos colonies, pourrait s'efforcer de former beaucoup de ses paroissiens et paroissiennes à être des Priscille et des Aquila. Il y a toute une propagande tendre et discrète à faire auprès des indigènes infidèles, propagande qui veut avant tout de la bonté, de l'amour et de la prudence, comme quand nous voulons ramener à Dieu un parent qui a perdu la foi...

Espérons qu'après la victoire nos colonies prendront un nouvel essor. Quelle belle mission pour nos cadets de France, d'aller coloniser dans les territoires africains de la mère patrie, non pour s'y enrichir, mais pour y faire aimer la France, y rendre les âmes françaises et surtout leur procurer le salut éternel, étant avant tout des Priscille et des Aquila !

Comment franciser les peuples de notre empire africain

Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. Le sentiment national ou barbaresque s'exaltera dans l'élite instruite : quand elle en trouvera l'occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l'islam comme d'un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant.

L'empire Nord-Ouest-Africain de la France, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique occidentale française, etc., a 30 millions d'habitants ; il en aura, grâce à la paix, le double dans cinquante ans. Il sera alors en plein progrès matériel, riche, sillonné de chemins de fer, peuplé d'habitants rompus au maniement de nos armes, dont l'élite aura reçu l'instruction dans nos écoles. Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens.

Il ne s'agit pas de les convertir en un jour ni par force, mais tendrement, discrètement, par persuasion, bon exemple, bonne éducation, instruction, grâce à une prise de contact étroite et affectueuse, œuvre surtout de laïcs français qui peuvent être bien plus nombreux que les prêtres et prendre un contact plus intime.

Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui. D'une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du Medhi, il n'y en a pas : tout musulman (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi) croit qu'à l'approche du jugement dernier le Medhi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non-musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s'il est soumis à une nation non musulmane, c'est une épreuve passagère ; sa foi l'assure qu'il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l'engage à subir avec calme son épreuve ; "l'oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s'il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération", disent-ils ; ils peuvent préférer telle nation à une autre, aimer mieux être soumis aux Français qu'aux Allemands, parce qu'ils savent les premiers plus doux ; ils peuvent être attachés à tel ou tel Français, comme on est attaché à un ami étranger ; ils peuvent se battre avec un grand courage pour la France, par sentiment d'honneur, caractère guerrier, esprit de corps, fidélité à la parole, comme les militaires de fortune des XVIe et XVIIe siècles, mais, d'une façon générale, sauf exception, tant qu'ils seront musulmans, ils ne seront pas Français, ils attendront plus ou moins patiemment le jour du Medhi, en lequel ils soumettront la France.

De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d'un peuple étranger qu'on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? Ce changement de nationalité implique vraiment une sorte d'apostasie, un renoncement à la foi du Medhi...

Les Kabyles

Comme vous, je désire ardemment que la France reste aux Français, et que notre race reste pure. Pourtant je me réjouis de voir beaucoup de Kabyles travailler en France ; cela semble peu dangereux pour notre race, car la presque totalité des Kabyles, amoureux de leur pays, ne veulent que faire un pécule et regagner leurs montagnes.

Si le contact de bons chrétiens établis en Kabylie est propre à convertir et à franciser les Kabyles, combien plus la vie prolongée au milieu des chrétiens de France est-elle capable de produire cet effet !

(...) Si la race berbère nous a donné sainte Monique et en partie saint Augustin, voilà qui est bien rassurant. N'empêche que les Kabyles ne sont pas aujourd'hui ce qu'étaient leurs ancêtres du IVe siècle : leurs hommes ne sont pas ce que nous voulons pour nos filles ; leurs filles ne sont pas capables de faire les bonnes mères de famille que nous voulons.

Pour que les Kabyles deviennent français, il faudra pourtant que des mariages deviennent possibles entre eux et nous : le christianisme seul, en donnant même éducation, mêmes principes, en cherchant à inspirer mêmes sentiments, arrivera, avec le temps, à combler en partie l'abîme qui existe maintenant.

En me recommandant fraternellement à vos prières, ainsi que nos Touaregs, et en vous remerciant encore de votre lettre, je vous prie d'agréer l'expression de mon religieux et respectueux dévouement.

Votre humble serviteur dans le Cœur de Jésus.

Charles de Foucauld

http://www.vdfr95.com/charlesdefoucauld.htm

Yanneleu
04/03/2011, 16h05
Bonjour,
Ces méthodes de conversion sont détestables ...(je parle des évangélistes ...) mais je ne crois pas que les chrétiens massacrés aient été des évangélistes. Je connais les sectes évangélistes aux Etats Unis et en Amérique du Sud... et c'est en réalité la plupart du temps une exploitation de la misère.
Je pense qu'il faut poser trois choses pour que le débat soit réel et dépassionné ... pour ceux qui le veulent ainsi ...!
La première ... discutable, est de replacer le langage dans le contexte d'une époque où de nombreux occidentaux voyaient dans l'expansion coloniale un réel progrès pour les pays colonisés. Fréquentant régulièrement le continent africain, j'ai rencontré un grand nombre de personnes, et parmi les élites, qui reconnaissent volontiers que de nombreux représentants des pays du nord étaient sincèrement de véritables humanistes, et j'ai même entendu des dirigeants de pays africains regretter en privé la qualité de l'administration française par exemple. Ceci dit les temps ont (heureusement !) changé et j'espérimente tous les jours que j'ai, comme européen, au moins autant à recevoir qu'à donner.
La seconde, indiscutable, est de constater hélas que la "conquête" (terme officiel) des territoires par l'Islam s'est toujours faite par la violence ... ! L'action de conversion est évidemment moins hypocrite... mais la non conversion se traduisait presque systématiquement par la mort ... et il ne me semble pas que cela soit la méthode FOUCAULT ! Certes on me dira aussi que les temps ont changé ... mais le Coran n'a pas changé lui (ou alors peut on remettre en question les versets dictés ?) et je reste tremblant devant les versets 29 et 30 de la neuvième Sourate !
La troisième, seule voie pour moi de rapprochement est l'ouverture de l'Islam à la critique historique comme ce fut le cas pour la christianisme et spécialement le catholicisme depuis plus de 200 ans, au termes desquels il est apparu clairement que, croyant ou pas, on a le droit de tout dire. Le contraire s'appelle du totalitarisme ! Je travaille suffisamment avec les musulmans pour savoir que la plupart (en tout cas de ceux que je connais, tous de niveau universitaire, c'est rassurant), sont prêts à cette démarche.
Si les pays du nord de l'Afrique secouent aujourd'hui le joug c'est évidemment parce que même si l'homme cherche d'instinct un protecteur puissant, lorsque le choix est entre une religion traduite en idéologie totalitaire ou un régime personnalisé totalitaire, le choix peut osciller entre les deux mais en tous cas la fin est la même : celui qui croyait être protégé se révolte en constatant qu'il est plutôt exploité ou "soumis" ... Ce qui ne correspond pas à l'idéal démocratique ni à une modernité sainement comprise de prise de responsabilité par les peuples. C'est pourquoi rien ne m'étonne aujourd'hui !!!
J'espère modestement avoir un peu fait avancer les choses auprès des gens "raisonnables" au sens fort du terme !
Allah Akhbar ! (ça c'est vrai partout et pour tout le monde !)

Jalal
04/03/2011, 16h31
Je pense avoir compris vos intentions de discussion d'un sujet plein de controverses, entre autres, la critique "scientifique" du Coran. Même les scientifiques musulmans contemporains ont eu du mal, à ma connaissance, à traiter ce sujet qui, je pense, est toujours tabou.
Le rapport de force mondial n'est pas, tout à fait, en faveur des forces de progrès afin de pouvoir aborder directement des sujets touchant les textes sacrés de l'Islam.
Les peuples musulmans "vérifient" sur le terrain les interprétations du Livre sacré. Je pense qu'il est venu le temps où chaque musulman considère la foi comme une relation intime entre Allah et lui. Bien entendu cela ne veut pas dire la laïcité à l'Occidental.
Cette conviction est contenue dans le Coran lui même et n'a rien à voire avec la laïcité selon le concept français ou autre.
Je crois que c'est à l'Islam et aux musulmans de faire leur révolution ou évolution spirituelle et cela, en quelque sorte, dans le cadre de leur foi.
La colonisation s'est "édifiée" sur des génocides monstrueux et des expropriations cruelles, surtout en Amérique du Nord et du Sud...

Yanneleu
11/03/2011, 07h34
Je vois qu'il y a des gens raisonnables ... rien ne me fait davantage peur que les jugements et positions à l'emporte pièce qui décrètent et tranchent sans débat, que ce soit dans un sens ou dans l'autre.
Merci de votre apport.
Un bon sujet de débat les génocides ...! C'est vrai que les diverses phases de colonisation ont connu des génocides tragiques, généralement combattus par l'Eglise... voir le film "Mission" qui est remarquable à cet égard, au delà de la qualité cinématographique, dans son désir de relater objectivement les faits.
Il me semble aussi que le 20° siècle, hors de toute "colonisation" à battu des records monstrueux de ce point de vue (Staline et Hitler ... et d'autres plus récents !). Qui s'est opposé fondamentalement à ces génocides ? L'information est à rechercher en dehors des gesticulations médiatiques qui sont malheureusement, et malgré l'honnêteté de la plupart des journalistes, soumises aux aléas des mouvements de désinformation consciente ou inconsciente (voir la dernière affaire Renault ...!).
L'histoire finira certainement par faire la vérité ("je crains encore plus Hitler que Staline" disait Pie XII)
Que dire enfin des 227000 morts par an en France dans l'indifférence générale ? La différence est minime : une idéologie s'arroge le droit de définir ce que c'est qu'un humain sans autre référence qu'un pseudo raisonnement scientifique qui ne résiste à aucune analyse objective sérieuse. Mais là dessus aussi le débat est interdit.
Inutile d'évoquer les courses aux armements de destruction humaine massive...ou bien les prétexte évoqués à ce sujet pour lancer des guerres meutrières...
Hélas l'homme est bien capable dans sa folie de s'autodétruire... c'est peut être qu'il a perdu ses références fondamentales.