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Voir la version complète : Les partis communistes face à l'approfondissement de la crise du système capitaliste



Jalal
21/07/2010, 00h55
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Bruxelles, 14-16 mai 2010

19e Séminaire communiste international: Les conséquences de la crise et l'intervention des partis communistes


Conclusions générales du SCI 2010

I. Approfondissement de la crise du système

1. La Déclaration du SCI de 2009 a fait le constat suivant: « Le système capitaliste fait face à la crise la plus grave depuis la dépression de 1929. Il ne s'agit pas d'une récession passagère et conjoncturelle mais d'une crise généralisée du système capitaliste, dont la source se situe dans la sphère de la production. Cette crise sera longue et profonde et nous n'en sommes qu'au début. » Cette prévision est confirmée par les faits. Une crise généralisée continue à frapper l'ensemble de la planète, aussi bien les centres impérialistes les plus importants (États-Unis, Union Européenne, Japon) que la plupart des autres pays, notamment les pays dominés.
Ainsi, la globalisation capitaliste montre son talon d'Achille: elle globalise également les crises capitalistes, de façon beaucoup plus rapide et globale encore qu'au cours des années 30.

2. Il est dans la nature du système capitaliste de restaurer le taux de profit en s'attaquant aux salaires et en augmentant le chômage. Nous sommes en plein dans une période de restructurations, de délocalisations, de fermetures et licenciements. Par ces restructurations, les monopoles industriels et bancaires reconstituent leurs fonds et rétablissent leur taux de profit. En temps de crise encore plus que d'habitude, les plus grands se renforcent au dépens des petits. Des millions de travailleurs et travailleuses, d'ouvriers et ouvrières, dans les villes et dans les campagnes, sont jetés sur le pavé et les salaires sont revus à la baisse. Au niveau mondial, 50 millions de travailleurs ont été licenciés depuis 2008 et le nombre de « working poor » (travailleurs pauvres) est en croissance rapide. Dans les pays de l'OCDE, la montée du chômage touche particulièrement les jeunes qui ont été engagés dans des emplois précaires. Dans la zone euro, 20% des jeunes en dessous de 25 ans sont à la recherche d'un emploi, avec un chiffre record de 40% en Espagne. Ainsi toute une génération découvre les revers de l'emploi superflexible. La crise et l'offensive du capital accentue de façon spécifique l'exploitation des femmes. Beaucoup de femmes seules avec ou sans enfants vivent sous le seuil de pauvreté, à cause du travail précaire, à temps partiel ou temporaire. Les travailleuses sont fortement présentes dans les secteurs professionnels mal rémunérés, féminisés et avec des contrats à durée déterminée.

3. Partout dans le monde, la crise n’a fait qu’aggraver l’écart entre riches et pauvres. Les pays du Sud sont les premières victimes d'une crise générée et gérée par les centres impérialistes. La plupart de ces pays sont dépendants de la production de matières premières et de produits agricoles pour l’exportation et seulement quelques uns disposent de manufactures et de semi manufactures qui exportent. Les diktats du FMI, de l’OMC, des États-Unis et de l’Union Européenne ont détruit leur tissu industriel local et leur agriculture et les ont soumis à la domination de compagnies transnationales. Cela les a rendus de plus en plus dépendants de la conjoncture économique du monde développé. Ils se trouvent maintenant dans la situation terrible où les commandes ont chuté de façon drastique, où les prix à l’exportation plongent tandis que les prix à l'importation montent et où les conditions de crédit international se durcissent. Cette vulnérabilité les pousse une fois de plus dans le cycle d’emprunts, d’endettement et de nouveaux diktats des sphères impérialistes. Les travailleurs et paysans pauvres et moyens subissent la montée rapide du chômage, de la précarité et de l’exclusion.
Les objectifs du millénaire de réduire de moitié la pauvreté extrême pour 2015 se sont transformés en leur contraire: selon les Nations Unies, il y 90 millions d'humains en détresse en plus en 2009 par rapport à l'avant-crise et plus d'un milliard de personnes qui souffrent de famine (contre 840 millions en 1990). Ainsi en Inde, une « économie émergente », 77% de la population – soit 836 millions de personnes – doit vivre aujourd’hui avec moins de 20 roupies (0,5 euros) par jour. Dans cette même Inde, le nombre de milliardaires (en dollars) a doublé en 2009. Ils sont 52 à disposer ensemble d’une fortune de 276 milliards de dollars, soit ¼ du PIB.

4. Les effets les plus dévastateurs sont constatés dans la plupart des pays d'Afrique. Du fait de la faiblesse des forces de résistance, progressistes et populaires, les puissances impérialistes imposent leurs mesures draconiennes sans la moindre retenue . Les concessions des impérialistes faites à la bourgeoisie compradore, durant les années 60, ont été laminées et à nouveau la mise sous tutelle est à l'ordre du jour. Les subventions étatiques aux prix de denrées de première nécessité sont supprimées, les prix s'envolent, les privatisations sont légion et l'État abandonne l'école et les soins de santé. Les guerres prétendument interethniques sont en réalité des guerres de rapines. Elles dissimulent en fait les multinationales du monde impérialiste, qui veulent s'accaparer des immenses richesses naturelles, notamment énergétiques.

5. Une différence importante avec le krach financier de 1929 a été l'intervention immédiate et massive des États. Presque 3.000 milliards de dollars ont été déboursés par les États du monde impérialiste pour arrêter l'éclatement du système financier et autant de garanties d'État ont été accordées aux banques. Des sommes aussi faramineuses ont été attribuées aux monopoles industriels sous forme de « plans de relance ». Ainsi, une descente vers une période déflatoire a provisoirement été évitée.
Mais en contrepartie, l'oeil du cyclone de la crise économique et financière s'est déplacé au niveau des États capitalistes. De nombreux États affichent des déficits budgétaires qui dépassent 5%, et même 10% du PIB et l'endettement de la plupart des États capitalistes est monté en flèche.

6. La crise grecque présente un risque global pour le monde capitaliste parce qu'elle peut déclencher un nouveau krach financier. Elle risque de s'étendre à d'autres États européens: l'Espagne et le Portugal d'abord, l'Irlande, l'Italie, la Grande-Bretagne et la Belgique ensuite et puis même la France. Si la contagion s'étend, elle peut menacer la survie de la monnaie européenne.
La crise a élargi le fossé entre les États les plus forts et puissants de l'Union Européenne et les États plus faibles de l'Europe du Sud et de l'Est. Le réflexe nationaliste renforce encore les contradictions. L'État allemand se trouvait devant le dilemme: refuser toute aide aux États en difficultés risquait de mettre en péril l’euro, ce qui affecterait gravement sa domination au sein de l'UE. L'Allemagne a finalement accepté la mise en place d'un fonds de stabilisation de 750 milliards d'euro de l'Union Européenne et du FMI pour aider les euro-États défaillants. Ce qui montre que c'est toujours l'intérêt des monopoles européens qui prévaut. Ils ont besoin de l'Union Européenne et de l'euro pour leur lutte contre les concurrents étasuniens, japonais et chinois. Ils ont besoin de l'euro comme camisole de force pour imposer une discipline restrictive aux pays de l'eurozone.

Mais les contradictions n'ont pas disparu pour autant. Le gouvernement allemand refuse de revoir sa politique extrêmement agressive de baisse salariale qui profite aux monopoles allemands et qui lui permet de garder sa position de premier ou de deuxième pays exportateur mondial. Le gouvernement Merkel poursuit ainsi la politique de son prédécesseur social-démocrate Schroeder, ce qui met en difficulté toute la construction européenne. Pour empêcher l'éclatement de l'Union Européenne, le gouvernement allemand impose ses conditions de rigueur antisociale à toute l'Union Européenne, exige un retour en force du Pacte de Stabilité et des normes de Maastricht, suivi de sanctions en cas de non application. A peine deux mois après l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, il devient clair à quoi sert l'extension du pouvoir des instances européennes. Le Traité a été loué par la social-démocratie européenne comme une victoire pour la démocratie. Il s'avère aujourd'hui qu'il sert à imposer davantage de discipline aux États membres et à imposer les diktats de l'austérité pour les travailleurs. C'est l'accentuation du recentrage de la politique européenne autour des intérêts du capital financier, au nom du sauvetage de l'euro.

7. La Grèce est aujourd’hui le laboratoire anti-ouvrier de l’Union Européenne. Les attaques extrêmement sévères qui viennent d'être imposées aux travailleurs en Grèce par le gouvernement social-démocrate PASOK signifient une perte moyenne de revenu de 30% pour les travailleurs. Il s'agit de coupes drastiques pour les fonctionnaires, de la baisse des pensions de retraite et de la hausse de l'âge de la retraite, de l'augmentation des impôts et taxes indirectes, de la flexibilité et des nouveaux cadeaux pour les employeurs au nom de l'emploi, de réformes antipopulaires dans le financement des soins de santé et de l’éducation et d'une privatisation accélérée du secteur public. Le parti social-démocrate (PASOK) sert les intérêts du capital monopoliste comme le parti le mieux apte à faire passer le recul social draconien. Si ces mesures passent, elles vont saigner à blanc le peuple grec. Ce même éventail de mesures antisociales est à l'ordre du jour dans tous les pays. Elles visent à renforcer l'exploitation et à secourir le capital monopoliste au dépens des travailleurs. Pendant que le peuple souffre, des fonds spéculatifs et des institutions financières qui doivent leur survie à l'intervention généreuse des États, spéculent aujourd'hui sans scrupules contre ces mêmes États. Ce qui prouve également que ces vautours financiers disposent toujours de la liberté totale d’agir, malgré toutes les catastrophes qu'ils ont déclenchées. C'est une belle démonstration de la putréfaction complète du système capitaliste.

8. La crise de surproduction mondiale est loin d'être résolue. A la base de la crise de surproduction se trouve la contradiction entre la capacité de production croissante d'une part et la baisse relative du pouvoir d'achat des masses d'autre part. Cette contradiction se reproduit inévitablement sous les conditions de reproduction capitaliste, où une infime minorité de la population possède les moyens de production et s'enrichit par l'exploitation de la grande majorité. La source de la crise est dans la nature du système. La source profonde se trouve dans la contradiction entre le caractère social de la production et l'appropriation privée de son produit, résultat de la propriété privée des moyens de production.
Pour le capital, la sortie de crise se trouve dans la destruction massive de moyens de production et dans une exploitation renforcée des forces de travail. C'est ce que les travailleurs et peuples du monde sont en voie de subir. Dans une crise profonde et globale comme celle d'aujourd'hui, cette phase peut durer longtemps, parce que les « solutions » du capital créent des contradictions internes. La montée vertigineuse du chômage, les réductions de salaire et la destruction de la protection sociale minent toute perspective d'un pouvoir d'achat renforcé des masses travailleuses. L'offensive antisociale va plus que probablement encore aggraver la crise de surproduction et peut toujours mener à une période déflatoire dans les années à venir. Le passage à des recettes « keynésiennes » d'investissements publics n'aurait qu'un effet mineur mais cette marge de manoeuvre est même plus réduite qu'au cours des années 30, à cause de la crise généralisée des finances publiques, suite au sauvetage du monde financier. Ce n'est finalement pas le « new deal» qui a eu raison de la crise des années 30, mais la production militaire et la Seconde Guerre mondiale.

9. Il y a une leçon importante à retenir de cette crise. L'intervention massive des États a brisé le mythe social-démocrate que la globalisation capitaliste a rendu les États capitalistes « impuissants ». La succession de politiques libérales et de politiques interventionnistes répond aux besoins objectifs des monopoles capitalistes dans une période donnée. Selon les besoins, les partis sociaux-démocrates deviennent les prophètes du marché, comme nous avons pu le constater ces dernières décennies, ou les partis libéraux peuvent devenir des interventionnistes forcenés comme nous l'avons constaté depuis 2008. Leur fidélité commune au système capitaliste dicte l'orientation, selon les besoins du capital. Que ce soit avec des partis sociaux-démocrates ou libéraux au pouvoir (ou les deux), le but du capital reste toujours le même: remédier à la chute du taux de profit et sécuriser la reproduction extensive du capital. Marx et Lénine ont plus que jamais raison : les vrais détenteurs du pouvoir dans les États de « démocratie » bourgeoise sont les grands monopoles.

10. La crise économique provoque des crises politiques profondes au sein de la classe dirigeante. Face à la révolte croissante des masses travailleuses en Grèce, au Portugal, en France... l'Union européenne étend son dispositif répressif et de surveillance. Pour imposer cette dictature des monopoles, des mesures antidémocratiques sont prises continûment par les régimes de démocratie bourgeoise. Il se confirme ainsi que la « guerre contre le terrorisme » a servi surtout à se prémunir contre l'ennemi intérieur. Les acquis de 1945 sont méthodiquement sapés et démantelés, le racisme et le nationalisme se propagent. Ainsi l'État capitaliste se concentre de plus en plus sur son rôle essentiel, son rôle de dernier rempart contre la révolte populaire. Les atteintes au droit de grève, les lois d'exception, les atteintes aux droits démocratiques élémentaires deviennent la règle.
Les campagnes anticommunistes qui sont menées contre plusieurs partis communistes dans l'Europe centrale et de l'Est et les tentatives de reconstruire l'histoire à l'aide d'une montagne de mensonges concernant la Seconde Guerre mondiale servent également les politiques antipopulaires menées par l'impérialisme. Reécrire l'histoire en disant que communisme et fascisme étaient tous deux responsables des millions de victimes de la guerre est un prétexte pour légitimer les politiques anti-ouvrières, xénophobes et militaristes d'aujourd'hui. Ces politiques ont trouvé leur expression la plus extrême sous le fascisme. Ces attaques proviennent d’une part des partis traditionnels – des partis sociaux-démocrates en particulier. D’autre part, les attaques provocatrices de groupes opportunistes de droite mais aussi de « gauche » se multiplient.

11. La crise renforce les contradictions entre les grandes forces impérialistes et accélère les changements à long terme des rapports de force dans le système impérialiste mondial. Les puissances impérialistes sont concurrentes dans la lutte pour le repartage du monde, elles sont concurrentes dans le contrôle des sources de matières premières et de forces de travail bon marché, de marchés, de domaines d'investissement, de sphères d'influence et de points stratégiques. Les pays exportateurs européens tirent provisoirement un certain profit de l'affaiblissement de l'euro, ce qui renforce les contradictions avec les États-Unis. Car la faiblesse principale des États-Unis est leur balance commerciale largement déficitaire, une bombe à retardement pour la position du dollar et pour les rapports monétaires mondiaux.
La crise mène aussi à l’aiguisement des contradictions entre les grands centres impérialistes occidentaux et japonais d’une part, et les puissances émergentes d’autre part, comme la Chine, la Russie, le Brésil, l'Inde ou l’Afrique du Sud.
Tout ceci n'exclut pas que les puissances impérialistes s'allient pour les matières qui concernent leurs intérêts fondamentaux, la défense du désordre capitaliste et impérialiste. Elles sont unies pour l'oppression des peuples et nations du monde et pour leur faire porter le fardeau de la crise. Ainsi, le bloc agressif de l'Otan s'allie avec la Russie dans une lutte commune contre des mouvements de libération nationale, au nom de la lutte contre le « terrorisme international ».
Les États-Unis se battent pour garder leur position de superpuissance et se servent de l'Otan pour insérer leurs alliés dans leur stratégie de domination mondiale. Le sommet de l’Otan devra en novembre de cette année approuver formellement sa nouvelle stratégie d’extension de son champ d’intervention à l’entièreté de la planète. Il sera accompagné d’une obligation pour les pays membres d’augmenter leurs dépenses militaires.

12. La crise renforce la militarisation et les facteurs de guerre s’accumulent. Les États-Unis poursuivent la même stratégie militaire au Moyen Orient, visant le contrôle total de la plus grande réserve de pétrole dans le monde – ce qui permet en même temps de contrôler les ressources en énergie des concurrents principaux, la Chine avant tout. L’Administration américaine et le Pentagone concentrent toujours plus de matériel de guerre à proximité de l’Iran – comme à Diego Garcia où des milliers de bombes conventionnelles sont entassées pouvant s’enfoncer profondément dans le sol pour détruire des installations souterraines. Le scénario est comparable à celui qui a mené à l’agression contre l’Irak: l’Iran est accusé d’avoir l’intention de produire des armes nucléaires, sans la moindre preuve. Les États-Unis continuent à soutenir et protéger l'État sioniste israélien et mettent une forte pression sur la Syrie pour lui faire abandonner son rôle anti-impérialiste dans la région.
Les pays d’Amérique latine s’inquiètent à raison de l’accroissement des bases militaires et navires de guerres étasuniens dans leur région. Les États-Unis visent le contrôle des ressources économiques et des marchés. Ils s'opposent au développement social qui résulte des initiatives d'intégration régionale, comme l'ALBA. Ainsi, ils font peser une menace permanente sur la paix et la stabilité dans la région.
Les richesses énormes de l'Afrique restent l'objet des convoitises des puissances impérialistes. Les États-Unis y renforcent leur présence militaire et cherchent à y établir le commandement de l'AFRICOM.
La position des États-Unis sur la dénucléarisation est hypocrite du début à la fin. Ils se débarrassent d’un millier de missiles balistiques obsolètes – ils en ont encore toujours environ 8.000. Washington refuse de s’engager à ne jamais utiliser l’arme atomique en premier, ni à ne jamais l’utiliser contre des pays qui n’en disposent pas, car elle invoque des exceptions (Iran, RPDC…). Entre-temps, Obama alloue des fonds plus importants à la modernisation des armes atomiques opérationnelles et la production des « mini-nukes » est poursuivie. Son but : préserver la suprématie étasunienne dans le domaine militaire (45% des dépenses militaires mondiales), notamment dans celui des armes de destruction massive. Affaiblis du point de vue économique, les États-Unis – avec leurs alliés de l’Otan – se renforcent militairement.

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