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«Ce qui prouve que les factures sont élaborées après le retour de voyage en fonction des dépenses effectuées par les bénéficiaires», précise-t-on. «Ces sommes n'ont jamais été remboursées par les bénéficiaires. La partie que l'entreprise devait prendre en charge n'a jamais été versée comme prévu dans la mesure où ce type de dépenses ne devrait pas être assuré par Sonelgaz. Comme solution, les bénéficiaires de ces voyages VIP ont passé toutes ces dépenses sur le compte des œuvres sociales sans payer un seul sou», précisent nos sources.
«Même les gens qui ont versé ces sommes pour, soi-disant, rembourser une partie de la prise en charge ont vu leur chèque retourner pour motif de ‘‘surcharge’’». L'autre exemple de mauvaise gestion et de transgression à la réglementation en vigueur concerne l'attribution des marchés. En effet, la commission d'évaluation des offres a attribué une prise en charge d'un séjour pour une famille d'un cadre en Tunisie, après lancement d'appel d'offres, à une agence de voyages qui a proposé une somme de 30 900 dinars alors qu'une deuxième agence avait évalué cette même prise en charge à 26 900 dinars. «La loi prévoit l'octroi de marchés au moins disant.
Avoir un poste de permanent pour 5000 DA
Dans ce cas de figure, l'offre a été jugée moins intéressante car l'agence retenue a accompagné tous ces cadres et leurs familles dans tous les voyages qu'ils ont effectués à l'étranger en leur assurant plusieurs autres facilitations. «L'enquête a relevé des prises en charge pour plusieurs personnes étrangères et une collecte d'argent illicitement.» Beaucoup de contractuels ont été sommés de payer une somme de 5000 dinars en contrepartie de leur permanisation.
Cela a été le cas également pour l'achat de cadeaux à des cadres supérieurs de l'entreprise. Plusieurs syndicalistes ont été appelés à contribuer à hauteur de 3000 dinars pour le payement d'un écran plasma au PDG. L'achat de la première voiture de l'un de ces cadres inculpés a été fait grâce à la cotisation des travailleurs», révèle-on. L'enquête menée par les services de sécurité a dévoilé d'autres pratiques et anomalies encore plus scandaleuses. Les membres de la commission d'ouverture des plis et d'évaluation des offres ont délibéré sur une offre dont l'objet s'intitule «Mechoui tournoi national».
Un mechoui à 33 millions de centimes
La commission a retenu l'offre d'un soumissionnaire qui a proposé de fournir «un mechoui à 335 200 dinars TTC pour quarante tables de 12 personnes». La même commission a jugé l'offre «la moins disante, sous réserve de fournir le miel et le raisin sec avec le couscous», lit-on dans le PV de la commission. L'enquête a révélé également l'organisation de omras à titre gracieux pour plusieurs cadres et proches. «Dans cette entreprise, la omra est devenue une forme de corruption pour récompenser les services rendus. Plusieurs personnes, en plus de tous les membres du conseil d'administration, ont bénéficié de cette offre.»
On relève également l'organisation d'un voyage au profit des enfants des cadres de Sonelgaz dans une crèche à El Kala. «La crèche a été louée gratuitement grâce à un lien de parenté entre un cadre de Sonelgaz et un du ministère de la Pêche. Mais la prise en charge a été estimée à 3,6 milliards. Dans le chapitre de l'action sociale, Sonelgaz a décliné une prise en charge au profit d'un fonctionnaire victime d'un accident de travail sous prétexte que «la société ne peut pas payer. On retrouve ensuite une facture de 1,182 milliard de dinars pour une opération de la prostate pour le conseillé du directeur général de l'entreprise, pour qui un avion spécial a été mobilisé pour le transporter».
Le ministre, son SG et le DG de Sonelgaz informés
Il a été souvent constaté dans ce genre de scandales que les premiers responsables des secteurs affirment qu'ils n'étaient pas informés de ces magouilles et malversations. Ce n'est pas le cas de Sonelgaz dont les responsables ont été destinataires de courriers adressés à
M. Bouterfa à travers un huissier de justice. Une lettre et un dossier ficelé sur cette affaire ont été adressés en 2007 à Abbas Fayçal, secrétaire général au ministère de l'Energie et des Mines.
«Ce dernier a dépêché un audit interne après avoir muté la personne dépositaire de cette plainte. Cet audit n'a rien confirmé car il a été détourné de ses objectifs.» Chakib Khelil a été, lui aussi, tenu au courant de tout ce qui se passait dans ce service. Une lettre en date du 28 janvier 2010, après une première transmise le 18 avril 2009, a été écrite par le délégué du personnel dans laquelle il est revenu sur toutes les malversations constatées. «Encouragé par votre position dans le dossier de Sonatrach, j'ai l'honneur de venir par la présente porter à votre connaissance les faits suivants : j'ai rencontré
T. A., SG de la fédération de l'énergie, à qui j'ai dit pourquoi tu acceptes que l'argent du FOSC soit mal dépensé et que certains cadres dirigeants bénéficient d'avantages faramineux du FOSC pendant que d'autres ayants-droit n'arrivent pas à avoir le minimum. J'ai en ma possession des factures que je compte envoyer à Monsieur le ministre», lit-on dans la lettre. «Sa réponse à ma question m'a sidéré ! Tu penses qu'il ne sont pas au courant de ce qui se passe au FOSC.
Le dossier est entre les mains du SG du ministère. Qu'est-ce qu'il a fait ? Je t'informe qu'il a bénéficié de deux logements Sonelgaz à Ben Aknoun», lit-on plus loin.» C'est troublant surtout que la Sonelgaz n'a pris aucune mesure conservatoire pour se protéger. Les responsables poursuivis en justice pour dilapidation de deniers publics dans ce dossier continuent de gérer l'argent public et signer des marchés. «Sonelgaz ne s'est pas portée partie civile», est-il ajouté dans la lettre. Sur ce dernier point, Sonelgaz ne s'est pas constituée partie civile pour protéger les biens de l'entreprise publique et n'a pas déposé plainte contre les accusés.
«On pense que l'enquête judiciaire ne peut être déclenchée qu'après dépôt de plainte alors que dans la loi contre la corruption, l'enquête peut être menée sur une simple discussion que le juge d'instruction entend», précisent nos sources. C'est encore fois le délégué du personnel, M. Bouaza, qui s'est constitué partie civile. La demande de ce dernier a été difficilement acceptée.
«A chaque problème ou détournement, l'entreprise a toujours saisi la justice pour déposer plainte. Cela a été le cas, entre autres, pour quatre caissiers dont le dernier, dépressif, contre qui la justice a requis quatre ans de prison pour vol de 40 millions. Mais ça n'a pas été le cas cette fois-ci.»
Il est à noter que trois expertises ont été dépêchées pour enquêter sur cette affaire. Les deux premières n'ont rien démontré dans la mesure où les enquêtes se sont déroulées en présence des inculpés qui fournissaient les informations et les dossiers. La troisième a donné des résultats contraires puisque les enquêteurs se sont basés sur le travail élaboré par les éléments de la Sûreté nationale. La gestion douteuse des œuvres sociales et culturelles de Sonelgaz n'est que l'arbre qui cache la forêt. D'autres scandales, dont l'ampleur est plus importante, risquent d'éclater dans les prochains jours.
Affaire à suivre.
Par Nouria Bourihane
http://www.letempsdz.com/content/view/31952/1/


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