C’est-à-dire qu’il est urgent d’organiser le développement de Sonatrach autour de la technologie. Pour cela, il faut la moderniser mais il faut aussi faire des acquisitions d’actifs de haute technologie pétrolière dans les services et l’ingénierie.
Cette politique d’acquisition doit être couplée à des alliances stratégiques avec des compagnies pétrolières leaders mais aussi des grandes compagnies parapétrolières, en premier lieu celles qui opèrent dans notre pays. La contraction de leur marché du fait de la baisse des investissements en amont devrait faciliter les négociations, cela même si comme je le pense, nous avons perdu un temps précieux.
Il faut savoir que la technologie est la clé de l’accès aux ressources de demain, autant chez nous que surtout dans les grandes accumulations d’hydrocarbures du Moyen-Orient. Il est important pour notre pays de disposer d’un champion national capable de se mouvoir dans l’environnement hautement compétitif de l’industrie du pétrole, et disposant d’avantages concurrentiels fondés sur la technologie et un management aux normes du métier.
D’après vous, quelle est la stratégie énergétique adéquate pour le pays, en prenant en compte le fait qu’il est exclusivement dépendant de la manne pétrolière ?
De ce qui précède, il ressort que notre pays ne doit pas, mais aussi n’a pas les moyens de s’affirmer en tant que source. Mais il dispose de l’expérience et de l’expertise pour s’affirmer en tant qu’acteur dans la scène énergétique internationale. Il doit le faire en disposant d’une puissante compagnie énergétique appuyée par tout un tissu de PME innovantes, des centres de recherche et des universités. Cela est encore possible, si Sonatrach arrive à arrimer, dans le cadre de partenariats triangulaires impliquant ses partenaires pétroliers, quelques-unes de nos universités et PME avec les grands pôles scientifiques et technologiques mondiaux dans le domaine des hydrocarbures. Donc, en premier lieu, il est impératif de disposer d’un puissant acteur énergétique.
A ce sujet, je prône la fusion Sonatrach-Sonelgaz pour donner à Sonatrach les moyens de muer et devenir, à l’instar de ses concurrents, une compagnie énergétique en mesure de fournir dans une logique « from well to wheel » au client final, carburant, molécules de gaz et kilowatt-heures. En mesure de diversifier ses interventions dans les différentes filières énergétiques et réussir un équilibre dynamique de son portefeuille d’activités avec une harmonie entre activités génératrices de ressources et activités à risque. Cela permettra aussi à Sonatrach de pénétrer la filière électronucléaire qui est une filière d’avenir même si elle restera contenue les vingt prochaines années à un niveau de 6 à 7% du bilan énergétique mondial.
Cette question est plus qu’impérative car, le monde est en train de mener sa transition énergétique depuis un modèle fossile à 90% de ses sources d’approvisionnement vers un modèle non carboné, non fossile. Notre pays doit s’engager résolument dans cette transition énergétique et mener les actions structurantes nécessaires. Il faut enfin contenir sévèrement notre consommation énergétique, non seulement celle des ménages, mais aussi et surtout celles des industries, parmi elles la pétrochimie dont il faut s’interroger de la pertinence de certains choix et des partenaires concernés.
L’Algérie a pris le format d’un pays à vocation gazière. Plusieurs projets ont été lancés ces dernières années, à l’instar du Galsi et du Medgaz qui alimentent l’Europe. La gestion du gaz algérien souffre-t-elle d’anomalies ? Quel serait, selon vous, le meilleur modèle managérial de Sonatrach ?
En fait, nous sommes un pays beaucoup plus gazier, même si nos réserves restent limitées (4.5 Tcm), comparées à celles existantes et non encore développées au Moyen-Orient (55 Tcm). La crise économique a provoqué une baisse historique de la demande conjuguée par une orientation haussière de l’offre avec l’arrivée d’importants projets de GNL sur le marché (Sakhalin II, Qatargas II, Nigéria, etc.), ainsi que le développement des gaz non conventionnels américains qui ont tari le débouché américain. Ce phénomène de ciseau a précipité l’industrie du gaz dans une méchante zone de turbulences. Il y a aujourd’hui plus de 100 Gm3 de GNL en trop sur le marché, ce chiffre devrait s’accroître avec la venue sur le marché de nouveaux volumes, pour les 2/3 du Moyen-Orient.
La conséquence est une bulle gazière qui est appelée à perdurer au moins jusqu’à 2013. Le développement du GNL a accéléré l’interconnexion des marchés européens et américains, accentuant le rôle d’arbitrage du bassin atlantique. L’effet est direct sur le marché européen qui est notre marché naturel, celui vers lequel nous dirigeons l’essentiel de nos volumes. Il faudra se battre pied à pied pour défendre ses parts de marchés dans les années à venir. La source algérienne a montré sa fiabilité, y compris durant la période où le terrorisme sévissait dans notre pays.
Il n’y a jamais eu de rupture d’approvisionnements alors que la Russie, par exemple, a interrompu ses approvisionnements à l’Europe pendant 13 jours en janvier 2009. Cependant aujourd’hui, la source algérienne est contestée par des sources moyen-orientales (Qatar, Egypte) et russe et doit trouver les volumes pour se maintenir. Le Galsi arrive au mauvais moment comme on l’a vu, mais a-t-on suffisamment de gaz pour le remplir ? La question à mon avis est le développement gazier en amont qui doit être relancé au plus vite. De même la demande gazière industrielle notamment doit être contenue. Sonatrach est aujourd’hui exposée à une dangereuse publicité.
Je pense qu’il faut garder son sang froid et communiquer sereinement sur la crise qu’elle traverse et qu’ont connues beaucoup d’autres compagnies avant elle dans le monde. La force de cette entreprise est toute la richesse humaine qui la porte, ce sont les femmes et les hommes qui excellent dans leur travail dans des conditions difficiles sur les sites de production et dans toutes les structures. Sonatrach, c’est tout un élan patriotique construit par nos aînés et que les jeunes prolongent avec succès aujourd’hui. La force de Sonatrach, c’est toute cette symbolique novembriste qui a permis de réussir le challenge du 24 février et qui nous permettra de réussir d’autres challenges encore demain. Porter Sonatrach au rang d’une grande compagnie énergétique parmi les leaders qui façonneront le paysage énergétique de demain, voilà l’urgence.
El Watan
Par Ali Titouche


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