quelques extraits du livre "le phenomène Coranique"
METAPHYSIQUE
Au point de vue métaphysique, la pensée monothéiste tend essentiellement à affirmer l’unité de Dieu. Il est la cause unique qui intervient dans la Genèse et dans l’évolution des phénomènes qu’il régit aux attributs de Sa toute Puissance : Éternité, Volonté, Science…
Cependant, l’Islam va dégager son propre système métaphysique d’une manière plus rationnelle, surtout plus rigoureuse et dans un sens plus spiritualiste. En effet, les Écritures hébraïques révèlent un certain anthropomorphisme probablement survenu d’une manière accidentelle à la suite du « syncrétisme signalé au chapitre du « Mouvement prophétique ».
Cet anthropomorphisme apparaît nettement dans le rêve de Jacob, relaté dans la Genèse : « …Puis,l’Eternel apparaissait au sommet (de l’échelle) et disait : « Je suis l’Eternel, le Dieu d’Abraham » (Genèse XXVIII : 13.13)
D’autre part, l’enseignement rabbinique avait fondé sur la promesse faite à Abraham et sur le privilège de l’élection de Jacob tout un système religieux nationaliste : Dieu, était à quelque chose près, une divinité nationale. Si bien, d’ailleurs, que l’essence du mouvement prophétique depuis Amos jusqu’au Second Essaie, sera précisément, une réaction violente contre cet esprit particulariste : tous les prophètes comme Jérémie qui appartiennent à ce mouvement réformiste fécond des efforts afin de rétablir Dieu dans ses droits universels.
Par ailleurs, de son cote, la pensée chrétienne fait apparaître une entité humaine dans les hypostases divines : un dogme se trouve posé, celui « du Dieu vivant, fait homme ».
Née de ce dogme, l’exégèse chrétienne, empruntant à la culture musulmane la dialectique aristotélicienne, créera tout un système théologique trinitaire, fondé sur le mystère de la trinité.
Or, la thèse coranique a tiré, d’un seul coup, l’ultime conclusion de la pensée monothéiste : Dieu est UN, indivisible et universel. Elle dégage ainsi Dieu – et d’une manière décisive – du particularisme judaïque et du pluralisme chrétien.
Dans une sourate de quatre versets, le dogme essentiel de l’Islam unitaire est posé sans ambigüité :
« Dis : « Dieu est UN. C’est le Dieu à qui tendent tous les êtres. Il n’a point été enfanté et n’a point engendré d’enfants : Il n’a point de semblables. » (Coran 112)
Dans ces versets, ce qui constitue le trait propre de la pensée coranique apparait nettement : la pluralité et l’anthropomorphisme sont irrévocablement condamnés. Quand à l’affinité monothéiste, elle est dans l’esprit sinon dans la lettre de ces versets.
De toute façon, la base doctrinale est ainsi clairement posée pour les études théologiques qui vont éclore et se développer dans l’Islam pour passer de là au christianisme avec Saint thomas d’Aquin, et au Judaïsme avec Maïmonide.
Toute une philosophie religieuse d’essence coranique va pénétrer la culture monothéiste, et on ne sait jusqu’a quel point tous les remous ultérieurs de la pensée chrétienne, depuis le mouvement albigeois jusqu'à celui de la Reforme, ne sont pas imputables comme conséquence plus ou moins directe, à la conception métaphasique du Coran.
Aussi, est-ce nier l’évidence qu’ignorer le trait original de cette conception et sa portée sur l’évolution du problème religieux dans le monde judéo-chrétien. C’est aussi nier l’évidence de toute la somme théologique issue de l’Islam, de dire avec le « R.P.G. Théry : « Le Prophète a formellement interdit tout usage de la raison discursive dans le problème religieux… existence de Dieu ne se prouve pas… L’Ijtihad …ou la poussée de l’esprit – ne rentre pas dans les directives originelles du Coran «. (1)
Dire cela, c’est raisonner sur des données chrétiennes et conclure sur un problème musulman. Malheureusement, c’est bien souvent l’habitude, dans certaines études ou l’auteur comme l’éminent professeur Guignebert, après avoir examiné les éléments marquants « l’évolution du dogme » judéo-chrétien, conclue de la manière la plus inattendue à l’évolution du dogme musulman (2)
ESCHATOLOGIE
La survie de l’âme, cette notion essentielle de la culture monothéiste entraine des conséquences logiques de fin du monde, jugement dernier, paradis, enfer.
Il y a là tout un domaine sur lequel les écritures hébraïques, soucieuses de l’organisation terrestre du premier milieu monothéiste n’ont jeté qu’une faible lueur.
L'Évangile l’éclaire d’avantage, en insistant particulièrement sur le « Royaume de Dieu » : enseignement qui s’adresse a un milieu monothéiste déjà évolué.
Le Coran va donner à ce domaine de l’eschatologie un relief saisissant. Le drame de la survie est raconté avec une telle émotion, un tel accent pathétique, dans un style si éloquent, émaillé de visions si impressionnantes, qu’il n’est pas possible, même de nos jours, de rester indifférent devant son fantastique déroulement. Les scènes eschatologiques y sont d’une réalité saisissante. Les personnages parlent et agissent ; anges et Satan, élus et damnés, sont d’un réalisme qui n’omet pas même le détail psychologique, ni aucune parole propre à marquer la grandeur de l’Heure solennelle.
Le temps lui-même est amplifié : le jugement est rendu « en un jour équivalent à cinquante milles années « terrestres. Et pour marquer le dénouement pathétique de ce drame dantesque, « un rempart surgit : d’une part, la félicité, et, de l’autre, le tourment ».
C’est à ce panorama que, six siècles plus tard, le génie de Dante empruntera les tableaux fantastiques de sa « Divine Comédie », à travers la « Rissalat el Ghoufran » de Maari (1)
COSMOLOGIE
Dans le livre de la Genèse, nous assistons à un mode impératif de création :
« Dieu dit : « Que la Lumière soit » et la Lumière fut » (genèse 1.3)
Ce mode nous est rappelé d’une manière saisissante par le « Koun Fa Yacounou » du Coran. Voila une similitude frappante. Mais le Coran signale constamment à notre attention le processus de ce « Takwine » impératif :
D’abord l’unité de la matière primordiale, « certes le ciel et terre formaient un tout que Nous (Dieu) avons scindé » (coran 11.30)
Puis l’état initial de cette matière : « Dieu étendit son empire sur le ciel alors que ce dernier se trouvait à l’état gazeux » (coran XLI/1O)
Puis Dieu assigne « à chaque « astre » son orbite et son but, répartissant ainsi la matière dans l’espace et créant, par la même, toutes les lois qui régiront le phénomène physique.
Puis le Phénomène biologique : « Nous avons crée de l’eau, toute chose vivante »(Coran 11.3O)
Beaucoup d’autres traits achèvent ce tableau schématique de la cosmogonie coranique.
Quoi qu’il en soit, l’acte » créateur initial est un acte verbal, et ce mode de création a de quoi choquer des idées reposant sur le postulat de Lavoisier « Rien ne se crée, rien ne se perd... »
Cela signifie qu’on ne peut rien créer à partir de rien. Cependant, il faut bien considérer que du point de vue purement logique, il n’y a aucune incompatibilité irréductible entre la raison et le principe créateur du « Kun Fa Yakounou ». (Soit et il Fut)
Certes, aucun mortel ne pourrait en donner une preuve expérimentale : pour la religion, néanmoins, Dieu seul détient le secret du « Takwine » par le « Koun ».
Mais, à priori, y a-t-il dans ce concept, quelque chose d’irrémédiablement opposé à la conception scientifique ?
Qu’on veuille bien considérer à quoi se résoud, en dernière analyse, la matière : substance et support de tout ce qui est.
Les physiciens répondent ; à une forme de l’énergie.
Mais le Verbe lui-même, ne peut-il être interprété comme une forme de l’énergie, l’énergie par excellence, puisqu’elle est créatrice ?
N’a-t-on pas le droit de regarder la matière, dans son ensemble, comme une simple transformation d’un « Koun générateur ». ?
MORALE
La morale religieuse, pour autant qu’il n’y ait pas là un non-sens, fonde les actions de l’homme sur l’intérêt personnel immédiat. On en a fait la base du système laïque.
Certes, l’intérêt personnel compte encore dans la morale monothéiste ; mais il y est plus altruiste. En fait, il s’agit plutôt d’un mérite de l’individu plutôt que de son bénéfice.
En vue de ce mérite, le Pentateuque formule la première charte morale de l’humanité dans ses dix commandements, et l’Évangile donne ses directives dans le « Sermon de la Montagne ».
Ici et là, il s’agit d’une morale surtout négative prêchant l’abstention à faire le mal, dans un cas, et) ne pas réagir contre le mal, dans l’autre.
Le Coran va précisément apporter, pour compléter la morale monothéiste, un principe positif essentiel : il faut combattre le mal. Il dit à ceux qui pratiquent sa morale : « Vous êtes le meilleur peuple : Celui qui ordonne le bien et réprime le mal ».
A un autre point de vue, R.P.G, rajuste encore la notion de rémunération qui est la base de la morale monothéiste. D’après le professeur A ; Lods, il faut attendre Ézéchiel pour voir se dégager dans le Judaïsme, la valeur religieuse de l’individu. Jusque là, le devoir, avec ses conséquences morales, incombe surtout à la nation qui attend sa rémunération dans le triomphe temporel du « Jour de Yahvé ».
L’Évangile, au contraire, fixera toute la rémunération dans le « Royaume de Dieu », en sorte que la morale devient eschatologique et, par voie de conséquence, intégralement individualiste.
Il semble cependant que l’enseignement du Entretien sur la philosophie musulmane et la culture française » par R.P.G, s’édifie à la fois sur la morale de l’individu et la destinée terrestre du groupe.
Pour l’individu, le mérite est rémunéré au jour du jugement dernier en vue duquel le Coran dégage nettement la valeur religieuse de l’individu, dans le verset suivant « Laisse-Moi (Seul) avec celui que J’ai créé ".(Coran 74.11)
Pour le groupe, la rémunération est immédiate, elle intéresse son histoire ici-bas. Le Coran, nous invite d’ailleurs fréquemment à considérer cette rémunération terrestre dans les vestiges des nations et de leurs civilisations détruites.
« Partez, dit-il, par le monde pour considerer les vestiges de ceux qui ont nié nos ordres » (Coran 4 .2)
Et le Coran apostrophe les nations dans cet autre verset « Que ne voient-ils combien de peuples, nous avons détruit avant eux et qui étaient cependant bien plus puissants » (Coran 6.6)
Malek Bennabi


LinkBack URL
About LinkBacks




Répondre avec citation


