Page 1 sur 3 123 DernièreDernière
Affichage des résultats 1 à 10 sur 21

Discussion: L’Islam est universel et l’Algérie n’a pas que des défauts !

  1. #1
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
    Date d'inscription
    mai 2011
    Messages
    1 662

    Par défaut L’Islam est universel et l’Algérie n’a pas que des défauts !

    Malek Bennabi est né en 1905, à Tebessa, dans l’est algérien. Il poursuit une scolarité à Constantine au moment où commence l’activité du mouvement des Oulémas avec le cheikh Abdelhamid Ben Badis.
    Il arrive à Paris en 1930 pour ses études. Il refuse les offres d’emploi de l’autorité coloniale, et préfère animer à Marseille un centre de formation et d’éducation pour les travailleurs immigrés. Il se consacre, dans le même temps, à la réflexion sur la société musulmane. Le Phénomène Coranique est son premier grand livre publié en 1946.
    En 1948, il publie Les Conditions de la Renaissance et, en 1954, Vocation de L’Islam. En 1956, il rejoint le FLN au Caire, publie l’Afro-asiatisme en 1959 et de nombreux ouvrages entre 1958 et 1962. Il rentre en Algérie après l’indépendance et occupe le poste de directeur de l’enseignement supérieur. Il tient des conférences, publiées ensuite sous le titre de Perspectives algériennes 1964 et édite le premier tome des ses Mémoires d’un témoin du siècle à Alger en 1965. Il prononce des conférences et voyage à l’étranger : Libye, Egypte, Syrie, Europe, Etats-Unis, Chine...
    Malek Bennabi meurt à Alger le 31 octobre 1973.
    Œuvres de Malek BENNABI :
    Le phénomène coranique (Arabe-Français), Alger 1946
    Lebbeik (roman) (Français)
    Les conditions de la renaissance (Arabe-Français) Alger 1948
    Vocation de l’Islam (Arabe-Français) Paris 1954
    Le problème de la culture (Arabe)
    S.O.S Algérie (Arabe-Français)
    La lutte idéologique en pays colonisé (Arabe)
    La nouvelle édification sociale (Arabe)
    Idée d’un commenwealth islamique (Arabe-Français) Le Caire 1958
    Réflexions (Arabe)
    Le problème des idées dans le monde musulman (Arabe) Le Caire 1960
    Naissance d’une société (Arabe) Le Caire 1960
    Dans le souffle de la bataille (Arabe)
    Perspectives Algérienne (Français)
    Mémoires d’un témoin du siècle, tome1 (Arabe-Français) Alger 1965
    L’œuvre des orientalistes (Arabe-Français) Alger 1967
    Islam et démocratie (Français)
    Le sens de l’étape (Arabe-Français) Alger 1970
    Mémoire d’un témoin du siècle, tome2 (Arabe) Beyrouth 1970
    Le musulman dans le monde de l’économie (Arabe) Beyrouth 1972
    Le rôle du musulman dans le dernier tiers du 20ème siècle (Arabe) Beyrouth 1973

  2. #2
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
    Date d'inscription
    mai 2011
    Messages
    1 662

    Par défaut

    quelques extraits du livre "le phenomène Coranique"

    METAPHYSIQUE
    Au point de vue métaphysique, la pensée monothéiste tend essentiellement à affirmer l’unité de Dieu. Il est la cause unique qui intervient dans la Genèse et dans l’évolution des phénomènes qu’il régit aux attributs de Sa toute Puissance : Éternité, Volonté, Science…
    Cependant, l’Islam va dégager son propre système métaphysique d’une manière plus rationnelle, surtout plus rigoureuse et dans un sens plus spiritualiste. En effet, les Écritures hébraïques révèlent un certain anthropomorphisme probablement survenu d’une manière accidentelle à la suite du « syncrétisme signalé au chapitre du « Mouvement prophétique ».
    Cet anthropomorphisme apparaît nettement dans le rêve de Jacob, relaté dans la Genèse : « …Puis,l’Eternel apparaissait au sommet (de l’échelle) et disait : « Je suis l’Eternel, le Dieu d’Abraham » (Genèse XXVIII : 13.13)
    D’autre part, l’enseignement rabbinique avait fondé sur la promesse faite à Abraham et sur le privilège de l’élection de Jacob tout un système religieux nationaliste : Dieu, était à quelque chose près, une divinité nationale. Si bien, d’ailleurs, que l’essence du mouvement prophétique depuis Amos jusqu’au Second Essaie, sera précisément, une réaction violente contre cet esprit particulariste : tous les prophètes comme Jérémie qui appartiennent à ce mouvement réformiste fécond des efforts afin de rétablir Dieu dans ses droits universels.
    Par ailleurs, de son cote, la pensée chrétienne fait apparaître une entité humaine dans les hypostases divines : un dogme se trouve posé, celui « du Dieu vivant, fait homme ».
    Née de ce dogme, l’exégèse chrétienne, empruntant à la culture musulmane la dialectique aristotélicienne, créera tout un système théologique trinitaire, fondé sur le mystère de la trinité.
    Or, la thèse coranique a tiré, d’un seul coup, l’ultime conclusion de la pensée monothéiste : Dieu est UN, indivisible et universel. Elle dégage ainsi Dieu – et d’une manière décisive – du particularisme judaïque et du pluralisme chrétien.
    Dans une sourate de quatre versets, le dogme essentiel de l’Islam unitaire est posé sans ambigüité :
    « Dis : « Dieu est UN. C’est le Dieu à qui tendent tous les êtres. Il n’a point été enfanté et n’a point engendré d’enfants : Il n’a point de semblables. » (Coran 112)
    Dans ces versets, ce qui constitue le trait propre de la pensée coranique apparait nettement : la pluralité et l’anthropomorphisme sont irrévocablement condamnés. Quand à l’affinité monothéiste, elle est dans l’esprit sinon dans la lettre de ces versets.
    De toute façon, la base doctrinale est ainsi clairement posée pour les études théologiques qui vont éclore et se développer dans l’Islam pour passer de là au christianisme avec Saint thomas d’Aquin, et au Judaïsme avec Maïmonide.
    Toute une philosophie religieuse d’essence coranique va pénétrer la culture monothéiste, et on ne sait jusqu’a quel point tous les remous ultérieurs de la pensée chrétienne, depuis le mouvement albigeois jusqu'à celui de la Reforme, ne sont pas imputables comme conséquence plus ou moins directe, à la conception métaphasique du Coran.
    Aussi, est-ce nier l’évidence qu’ignorer le trait original de cette conception et sa portée sur l’évolution du problème religieux dans le monde judéo-chrétien. C’est aussi nier l’évidence de toute la somme théologique issue de l’Islam, de dire avec le « R.P.G. Théry : « Le Prophète a formellement interdit tout usage de la raison discursive dans le problème religieux… existence de Dieu ne se prouve pas… L’Ijtihad …ou la poussée de l’esprit – ne rentre pas dans les directives originelles du Coran «. (1)
    Dire cela, c’est raisonner sur des données chrétiennes et conclure sur un problème musulman. Malheureusement, c’est bien souvent l’habitude, dans certaines études ou l’auteur comme l’éminent professeur Guignebert, après avoir examiné les éléments marquants « l’évolution du dogme » judéo-chrétien, conclue de la manière la plus inattendue à l’évolution du dogme musulman (2)
    ESCHATOLOGIE
    La survie de l’âme, cette notion essentielle de la culture monothéiste entraine des conséquences logiques de fin du monde, jugement dernier, paradis, enfer.
    Il y a là tout un domaine sur lequel les écritures hébraïques, soucieuses de l’organisation terrestre du premier milieu monothéiste n’ont jeté qu’une faible lueur.
    L'Évangile l’éclaire d’avantage, en insistant particulièrement sur le « Royaume de Dieu » : enseignement qui s’adresse a un milieu monothéiste déjà évolué.
    Le Coran va donner à ce domaine de l’eschatologie un relief saisissant. Le drame de la survie est raconté avec une telle émotion, un tel accent pathétique, dans un style si éloquent, émaillé de visions si impressionnantes, qu’il n’est pas possible, même de nos jours, de rester indifférent devant son fantastique déroulement. Les scènes eschatologiques y sont d’une réalité saisissante. Les personnages parlent et agissent ; anges et Satan, élus et damnés, sont d’un réalisme qui n’omet pas même le détail psychologique, ni aucune parole propre à marquer la grandeur de l’Heure solennelle.
    Le temps lui-même est amplifié : le jugement est rendu « en un jour équivalent à cinquante milles années « terrestres. Et pour marquer le dénouement pathétique de ce drame dantesque, « un rempart surgit : d’une part, la félicité, et, de l’autre, le tourment ».
    C’est à ce panorama que, six siècles plus tard, le génie de Dante empruntera les tableaux fantastiques de sa « Divine Comédie », à travers la « Rissalat el Ghoufran » de Maari (1)
    COSMOLOGIE
    Dans le livre de la Genèse, nous assistons à un mode impératif de création :
    « Dieu dit : « Que la Lumière soit » et la Lumière fut » (genèse 1.3)
    Ce mode nous est rappelé d’une manière saisissante par le « Koun Fa Yacounou » du Coran. Voila une similitude frappante. Mais le Coran signale constamment à notre attention le processus de ce « Takwine » impératif :
    D’abord l’unité de la matière primordiale, « certes le ciel et terre formaient un tout que Nous (Dieu) avons scindé » (coran 11.30)
    Puis l’état initial de cette matière : « Dieu étendit son empire sur le ciel alors que ce dernier se trouvait à l’état gazeux » (coran XLI/1O)
    Puis Dieu assigne « à chaque « astre » son orbite et son but, répartissant ainsi la matière dans l’espace et créant, par la même, toutes les lois qui régiront le phénomène physique.
    Puis le Phénomène biologique : « Nous avons crée de l’eau, toute chose vivante »(Coran 11.3O)
    Beaucoup d’autres traits achèvent ce tableau schématique de la cosmogonie coranique.
    Quoi qu’il en soit, l’acte » créateur initial est un acte verbal, et ce mode de création a de quoi choquer des idées reposant sur le postulat de Lavoisier « Rien ne se crée, rien ne se perd... »
    Cela signifie qu’on ne peut rien créer à partir de rien. Cependant, il faut bien considérer que du point de vue purement logique, il n’y a aucune incompatibilité irréductible entre la raison et le principe créateur du « Kun Fa Yakounou ». (Soit et il Fut)
    Certes, aucun mortel ne pourrait en donner une preuve expérimentale : pour la religion, néanmoins, Dieu seul détient le secret du « Takwine » par le « Koun ».
    Mais, à priori, y a-t-il dans ce concept, quelque chose d’irrémédiablement opposé à la conception scientifique ?
    Qu’on veuille bien considérer à quoi se résoud, en dernière analyse, la matière : substance et support de tout ce qui est.
    Les physiciens répondent ; à une forme de l’énergie.
    Mais le Verbe lui-même, ne peut-il être interprété comme une forme de l’énergie, l’énergie par excellence, puisqu’elle est créatrice ?
    N’a-t-on pas le droit de regarder la matière, dans son ensemble, comme une simple transformation d’un « Koun générateur ». ?
    MORALE
    La morale religieuse, pour autant qu’il n’y ait pas là un non-sens, fonde les actions de l’homme sur l’intérêt personnel immédiat. On en a fait la base du système laïque.
    Certes, l’intérêt personnel compte encore dans la morale monothéiste ; mais il y est plus altruiste. En fait, il s’agit plutôt d’un mérite de l’individu plutôt que de son bénéfice.
    En vue de ce mérite, le Pentateuque formule la première charte morale de l’humanité dans ses dix commandements, et l’Évangile donne ses directives dans le « Sermon de la Montagne ».
    Ici et là, il s’agit d’une morale surtout négative prêchant l’abstention à faire le mal, dans un cas, et) ne pas réagir contre le mal, dans l’autre.
    Le Coran va précisément apporter, pour compléter la morale monothéiste, un principe positif essentiel : il faut combattre le mal. Il dit à ceux qui pratiquent sa morale : « Vous êtes le meilleur peuple : Celui qui ordonne le bien et réprime le mal ».
    A un autre point de vue, R.P.G, rajuste encore la notion de rémunération qui est la base de la morale monothéiste. D’après le professeur A ; Lods, il faut attendre Ézéchiel pour voir se dégager dans le Judaïsme, la valeur religieuse de l’individu. Jusque là, le devoir, avec ses conséquences morales, incombe surtout à la nation qui attend sa rémunération dans le triomphe temporel du « Jour de Yahvé ».
    L’Évangile, au contraire, fixera toute la rémunération dans le « Royaume de Dieu », en sorte que la morale devient eschatologique et, par voie de conséquence, intégralement individualiste.
    Il semble cependant que l’enseignement du Entretien sur la philosophie musulmane et la culture française » par R.P.G, s’édifie à la fois sur la morale de l’individu et la destinée terrestre du groupe.
    Pour l’individu, le mérite est rémunéré au jour du jugement dernier en vue duquel le Coran dégage nettement la valeur religieuse de l’individu, dans le verset suivant « Laisse-Moi (Seul) avec celui que J’ai créé ".(Coran 74.11)
    Pour le groupe, la rémunération est immédiate, elle intéresse son histoire ici-bas. Le Coran, nous invite d’ailleurs fréquemment à considérer cette rémunération terrestre dans les vestiges des nations et de leurs civilisations détruites.
    « Partez, dit-il, par le monde pour considerer les vestiges de ceux qui ont nié nos ordres » (Coran 4 .2)
    Et le Coran apostrophe les nations dans cet autre verset « Que ne voient-ils combien de peuples, nous avons détruit avant eux et qui étaient cependant bien plus puissants » (Coran 6.6)


    Malek Bennabi

  3. #3
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
    Date d'inscription
    mai 2011
    Messages
    1 662

    Par défaut

    peu avant sa mort en 1973, Malek Bennabi avait fait son
    « testament ».


    « Il ressort de ma dernière intervention que nous traversons actuellement une étape cruciale, un tournant décisif ; ce qui nous impose d'entreprendre des changements révolutionnaires. Nous devons, nous autres musulmans, introduire des changements au sein de nos sociétés, sous peine de subir d'autres changements que l'époque nous imposera de l'extérieur. C'est l'esprit du temps. Il faut garder toujours présent à l'esprit l'idée que si nous n'opérons pas ces changements de notre propre chef, ils nous seront imposés. J'insiste sur ce point en raison de l'importance qu'il revêt.

    Que signifie le terme « révolution » ?

    Beaucoup de définitions ont été avancées pour mettre en lumière ce concept. La plus pertinente aborde son aspect scientifique. La révolution en ce sens est une tentative de changer des conditions données d'une façon urgente.

    Cependant, dire que révolution signifie changement et qu'elle est urgente demeure une définition insuffisante. Il faut ajouter que c'est une opération qui vise une finalité. Elle doit définir dans ce cadre l'objet du changement, déterminer ses moyens et annoncer ses buts.
    N'entrons pas dans les détails mais il est nécessaire de nous demander : à quoi sommes-nous confrontés au cours de cette étape de notre histoire, en ce dernier tiers du XX° siècle?
    Nous sommes aux prises avec une situation mondiale donnée à laquelle nous opposerons notre situation sociale désignée sous le terme générique de «sous-développement», avec toutes ses implications culturelles, sociales et politiques.

    La situation mondiale

    Elle est explosive pour deux raisons
    :
    1°- c'est une situation intrinsèquement dangereuse. Elle comporte en soi des soubresauts engendrant des changements radicaux à l'échelle planétaire et des évolutions dramatiques telles que l'humanité n'en a jamais vécues.

    2°- c'est une situation dangereuse qui nous menace directement, car nous ne sommes même pas en mesure de savoir si nous sommes prêts à affronter les changements que la situation mondiale va nous imposer.

    Nous sommes prêts à faire face à une situation signifie tout d'abord qu'il faut connaître cette situation.
    Il est de notre devoir de dire que les courants de pensée dans le monde musulman n'y sont guère prêts. Les leaders politiques, de leur côté, sont loin d'y être préparés. Nos politiciens sont occupés par d'autres questions qu'ils estiment plus décisives. Je m'épargne toute controverse avec les politiciens.Je souhaite souligner qu'en fait et tout compte fait, nous ne sommes en mesure de répondre ni politiquement ni intellectuellement aux problèmes propres à cette étape de fin de siècle.

    Pourquoi faut-il examiner nos dispositions à faire face aux problèmes du monde?
    La raison est simple. Le inonde musulman, qu'il le veuille ou non, vit et subit ces problèmes. Par la force des choses, les problèmes mondiaux se répercutent sur toutes les parties du monde, nonobstant l'indépendance apparente de ces parties ou l'isolement que certaines d'entre elles tentent de cultiver.Les échos des évènements mondiaux nous concernent, se répercutent sur nous et influent même sur notre niveau de vie. Le recours à cet égard, à la pratique de la politique de l'autruche est à éviter. Celui qui feint d'ignorer les dangers qui le guettent n'est qu'un être frivole ou atteint de folie.

    Après cet aperçu de la définition du concept «situation mondiale», revenons à notre propre situation sociale communément désignée sous le terme de sous-développement. Il est utile d'expliciter davantage ce concept pour comparer plus aisément les problèmes auxquels font face le monde musulman et l'Occident.

    A ce stade de la causerie, demandons-nous ce qu'est le sous-développement.

    Sommairement, c'est l'ensemble de nos problèmes. Ils ont un caractère social, politique, économique et «psychologique dans une certaine mesure». Si nous approfondissons l'analyse de ces problèmes, en effet, nous constaterons, de toute évidence, qu'une partie non moins importante est d'ordre psychologiq ou, quoique la partie dominante soit plutôt d'ord politique et social.

    Après ce tour d'horizon touchant aux problèmes du changement et aux exigences de l'époque pour les musulmans, Bennabi se penche sur la notion de la civilisation.

    Je commence par définir la civilisation comme étant : « l'ensemble des conditions morales et matérielles qui permettent à une société donnée d'assurer à chacun de ses membres toutes les garanties sociales nécessaires à son développement ».

    Cette interprétation de la civilisation n'émane pas de Toynbee ni de ses adeptes, car certains Arabes cultivant un complexe à l'égard des Occidentaux adoptent la thèse de Toynbee.Nous devons étudier nos problèmes nous-mêmes. Ils nous sont collés. Tandis que chez Toynbee et les autres historiens, ils ne sont que le fruit de leur cogitation.

    J'ai vécu personnellement et je vis ces problèmes, ma définition en conséquence ne saurait être celle de Toynbee. De même que mon concept de la culture ne saurait être le même que celui de Lévi-Strauss. Nous vivons des problèmes qui ne sont que des thèmes de réflexion chez les autres.

    La différence entre ces deux cas est si grande.A la lumière de la détermination de la civilisation, nous aborderons ses deux aspects
    :
    - l'aspect moral ou les «conditions morales» ;- l'aspect matériel ou les «conditions matérielles». L'ensemble des conditions morales constitue la volonté civilisationnelle. L'ensemble des conditions matérielles constitue la possibilité civilisationnellel
    En réalisant un seul de ces ensembles de conditions, une société ne peut assurer les garanties sociales au profit de ses individus. Il faut réaliser les deux conditions simultanément.
    Les conditions matérielles, autrement dit la possibilité civilisationnelle, a trouvé un train d'application à New York plus qu'à Moscou, notamment lors du passage de l'URSS d'une société arriérée à une société développée.

    Cela confirme qu'en raison de l'abondance de l'aspect matériel, il était plus facile de résoudre les problèmes évoqués par Marx abordant le capitalisme.

    Le monde a dépassé l'ère de Marx. Nous relevons cependant, que les pays ayant résolu du coup les problèmes sociaux soulevés par Marx, l'apparition d'autres maux sociaux. Ils ne sont pas d'ordre économique mais d'origine psychologique, lorsque j'ai évoqué les problèmes auxquels le monde musulman se trouve confronté. Dans le monde sous-développé, c'est la multiplication des problèmes économiques et sociaux. Il en est autrement dans le monde développé où l'on affronte un nouveau type de problèmes : les problèmes psychologiques traduits par le sentiment de l'instabilité et le désarroi chez l'homme qui jouit, pourtant, de toutes les garanties sociales.

    Les statistiques relatives au suicide, à cet égard, ont atteint des proportions inquiétantes dans les pays les plus développés au plan des garanties sociales, comme la Suède. Aux Etats Unis, le suicide est qualifié de «désastre national. Ajoutons hippies, de la drogue, Etc.
    En comparant les deux types de problèmes, nous constaterons que nos problèmes relèvent des circonstances. Ils sont conjoncturels. Ils ne sont pas de nature intrinsèque comme ceux des pays industrialisés.D'autre part, le monde musulman souffre d'un retard au niveau matériel. L'Occident, lui, accuse un retard spirituel. Cet aspect constituera la• donnée essentielle de l'évolution mondiale dans les trente prochaines années.Bennabi brosse ensuite la carte du monde trois décennies avant le début du troisième millénaire.Au plan de la religion, il fait remarquer :Le christianisme a été abrogé par l'histoire. La masse ne suit plus ; le bouddhisme, il a été rayé par Mao Tsé-toung ; le brahmanisme a lamentablement échoué.
    Nous en avons pour preuve son échec à résoudre l'un des plus grands problèmes dans la société indienne qu'est le sort de la caste des «intouchables», bien que Gandhi l'ait exposé à la conscience indienne et qu'il ait explicité son abrogation dans la Constitution ; le judaïsme n'est plus une religion au sens classique du concept, c'est une religion raciste qui ne revendique pas de conversions.

    Et le marxisme ?Cette théorie a conquis de vastes étendus du globe, la Chine, l'Europe de l'Est... Il ne reste donc que le communisme et l'Islam pour les masses.
    Il faut cependant attirer l'attention sur un phénomène qui touche à l'instabilité de la doctrine communiste dans l'Union soviétique. Elle est ébranlée. Lors du XXI ème congrès du parti communiste soviétique de 1956, c'est un peu tôt dans la vie du pays que Khrouchtchev annonça : «Nous devons renforcer l'énergie créatrice avec un stimulantmatériel.»
    Ces paroles engendreront une crise entre l'URSS et la Chine. Mao dénonça ce révisionnisme. Il y a quelque temps, la célèbre Académie des Sciences de l'Union soviétique avait réalisé une enquête sur l'état du pays et a présenté le résultat des travaux à la Troïka Podgornyï, Brejnev et Kossyguine : l'énergie créatrice et le potentiel d'innovation connaissent une baisse dans tous les domaines. En d'autres termes, l'URSS ne vit plus l'étape de l'ascension dans le cycle de la civilisation. Le leitmotiv est devenu les jouissances et les palais, à l'instar des musulmans à l'époque de Mouawiya.

    La Chine se préserve dans la lancée, contrairement aux Soviétiques qui abordent actuellement une autre étape qui les éloigne des sources de la doctrine et de l'énergie motivante.
    J'ai eu l'occasion de constater, sur place en Union soviétique, cette déviation de la ligne de l'ascension dans le cycle de la civilisation. Le rêve de tous est de vivre comme vivent les Occidentaux.
    Une troisième force fait son apparition dans cette lutte : le sionisme.Sur toute l'étendue où la stabilité psychologique fait défaut, la domination directe du sionisme s'impose. Toutes les possibilités civilisationnelles sont ainsi la proie du sionisme. L'historien Benoît Méchain nous raconte une anecdote.

    Lors d'une rencontre avec une personnalité du département d'Etat américain, l'historien français s'est permis de lui dire : les Etats- Unis soutiennent Israël. Son interlocuteur rectifia : on est soumis à Israël, on ne le soutient pas. C'est la réalité.

    Comment intervient le sionisme dans la bataille?

    Comme dans ses habitudes depuis deux millénaires, le sionisme n'intervient jamais directement et ne se dévoile pas au grand jour mais par des masques et subterfuges comme la démocratie, l'humanisme, la justice... Avec le temps, il utilise le masque du christianisme. Au fil des ans, ainsi, le christianisme est devenu un masque pour le sionisme.La solution des problèmes qui rongent le monde musulman ne peut s'opérer que sur une base civilisationnelle. Une solution politique ne serait que vaine. Toutes les autres approches ne peuvent non plus conduire au salut.

    L'idée du nationalisme arabe ne saurait pour sa part constituer une solution. De même les tentatives de résoudre ces problèmes à l'intérieur des frontières nationales de chaque pays musulman ont montré leur inanité. Imaginons la Belgique soustraite de l'Europe et isolée du continent
    Les tenants des solutions nationalistes ont créé en fait d'autres frontières et ont provoqué le gaspillage des énergies et des efforts : Untel est baathiste, un autre est nassérien... Il ne reste qu'une seule alternative fiable, et je crois que la pensée Islamique commence à prendre conscience du fait que tout le problème dans quelque société que ce soit, est dans ses fondements une question de civilisation avant de se répartir en problèmes d'envergure nationale ou régionale.

    Dans la grande bataille qui aboutira sur une victoire ,soit de l'Islam soit de ses ennemis, l'évaluation de nos chances de l'emporter doit être subordonnée à la bataille que nous devrons livrer contre le sous- développement sur le front interne et en relation avec cette entreprise. C'est la seule condition à même de permettre au monde musulman de s'enrôler dans la scène mondiale, débarrassé de tout complexe psychologique.

    Un dernier mot pour conclure

    J'ai l'impression, au moment où je vous parle, que je vous prodigue des conseils et des exhortations sur quelque chose de dangereux que nous nous ne saisissons pas. Pire encore : nous sommes distraits et occupés par d'autres problèmes. Les élites culturelles ne sont pas à la hauteur, elles demeurent limitées dans un cadre étroit ; si elles se hissent au niveau, elles deviennent unionistes et appellent à l'unité arabe.

    MALEK BENNABI/ LA REALITE ET LE DEVENIR

  4. #4
    Membre F.A.M. Avatar de au_gré_du_vent
    Date d'inscription
    janvier 2010
    Messages
    7 447

    Par défaut

    un grand homme... j'avais lu son livre 'edhahira el qouranya" trés jeune et je ne comprenais pas tout...
    Le hasard, c'est peut-être le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer

    Théophile Gautier

  5. #5
    Membre F.A.M. Avatar de bel1000
    Date d'inscription
    décembre 2009
    Messages
    1 456

    Par défaut

    je n'ai pas encore tout lu ( je suis perturbé en ce moment) mais je tenais à dire que Malek Bennabi est la fine fleur de ce que peut renfermer l'Algerie comme intellectuel

  6. #6
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
    Date d'inscription
    mai 2011
    Messages
    1 662

    Par défaut

    Le 09mai 1969,Bennabi, note "je suis certain que la haine bestiale que je sens autour de moi ne s'éteindra pas même après ma mort.je sens qu'après ma mort, Mr X cherchera la moindre trace de mes écrits (surtout les carnets dont il connait l'existence), même dans les tripes de mes enfants pour effacer toute trace de ma pensée".M.B

  7. #7
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
    Date d'inscription
    mai 2011
    Messages
    1 662

    Par défaut

    El Watan : 18.11.2010

    «La nouvelle civilisation ne doit être ni la civilisation d'un continent orgueilleux ni celle d'un peuple égoïste, mais d'une humanité mettant en commun toutes ses potentialités». Bennabi, Malek., Les Conditions de la Renaissance, 1949. L'une des caractéristiques les plus étonnantes de la pensée de Malek Bennabi (1905-1973) est le dialogue interculturel. Sa pensée a pris naissance dans les années quarante et cinquante, c'est-à-dire lors des pires années du régime colonial et de la radicalisation des régimes européens. Cependant, en dépit de ces circonstances, le dialogue interculturel, l'universalisme et la non-violence ont marqué son œuvre.Etant né et ayant vécu son enfance et sa jeunesse en Algérie sous le joug du colonialisme, Bennabi fut hanté par la colonisation. Son regard interrogatif a porté, en premier lieu, sur lui-même, sur son statut de colonisé, puis s'est tourné vers son milieu pour enfin embrasser le problème de l'humanité tout entière(1). En effet, dès son plus jeune âge, Bennabi prend conscience de son statut de colonisé et de la situation dramatique dans laquelle se meuvent ses concitoyens algériens. Au cours de son cursus scolaire, Bennabi appréhende l'ampleur du fossé qui sépare les deux communautés, algérienne autochtone et européenne établie en Algérie. Dès son arrivée à Paris en 1930 où il s'était fixé afin de poursuivre ses études, Bennabi s'intègre dans la communauté des étudiants qui fréquentaient l'Union Chrétienne des Jeunes Gens de Paris, ainsi que ses condisciples de l'école où il s'est inscrit. Appréciant le climat de tolérance, l'ouverture d'esprit qu'il trouve à l'Union Chrétienne et au sein de son école, Bennabi se rend compte qu'il n'est plus dans le cadre raciste d'Algérie, il retrouve sa dignité et son potentiel personnel en métropole française. Profondément marqué par cette expérience, il prend clairement position contre le colonialisme qui lui semblait mettre une distance sociale et morale entre les communautés, entravant tout dialogue et communication entre elles. A cet égard, il a écrit en 1949 un article intitulé : «A la conscience chrétienne» traitant de l'immense fossé qui sépare les deux communautés, algérienne autochtone et européenne établie en Algérie. Dans un article rédigé précédemment, Bennabi parlait d'un processus fatal dans l'évolution locale en Algérie colonisée qui devait aboutir à une synthèse inéluctable, celle d'une «communauté algérienne». Celle-ci, entendue comme l'aboutissement de l'harmonisation et l'unification des deux conditions colonialiste et nationaliste en une condition de vie humaine générale(2). Au cours de l'année 1931, Bennabi s'assimile à l'Association des Etudiants Musulmans Nord-Africains. Ainsi, conscient de la valeur ajoutée de la diversité culturelle, il voulait mettre en exergue le dialogue interculturel depuis son intégration au sein des deux associations en mettant un trait d'union entre ses compatriotes de l'AEMNA et les étudiants qui fréquentaient l'UCJGP. Le dialogue intercommunautaire et interreligieux était perçu par Bennabi comme un impératif pour en tirer un enrichissement profitable à tous. En effet, il souhaitait que ses «coreligionnaires viennent dans ce foyer chrétien prendre des leçons de je ne sais quoi. Aujourd'hui, dit-il, je dirais des leçons d'efficacité, de style, en un mot de civilisation»(3). Bennabi ne croit pas seulement en la possibilité d'un dialogue entre musulmans et chrétiens, mais également entre hindous et musulmans. En effet, l'arrivée du Mahatma Gandhi à Paris en 1934 marque et inspire profondément Bennabi, lequel a participé à l'organisation de sa visite à l'Association des Etudiants Musulmans Nord-Africains. Ainsi, subjugué par l'esprit du «Satiagraha» qui a mis en échec l'appareil du colonialisme par la résistance pacifique, Bennabi voyait dans Ghandi un exemple à suivre pour les musulmans pour s'arracher du joug du colonialisme. Devant le tragique tableau de partition du sous-continent indien mise en œuvre en 1948, Bennabi y voyait une consolidation de «l'œuvre de division», où «on s'est efforcé de creuser entre musulmans et hindous un fossé où a coulé le sang de plusieurs millions de victimes de cette étrange libération»(4). Il désapprouva la création d'un Etat «confessionnel musulman», le Pakistan, au nom de l'Islam. Pendant les vacances d'été 1934, Bennabi se rend chez lui à Tébessa. Lors de cet été, des émeutes contre les juifs ont éclaté dans le Constantinois à la suite d'une provocation contre une mosquée à Constantine. Bennabi signifie l'implication de l'administration coloniale dans ces événements qu'il rattache à la situation politique extérieure. A Tébessa, un dispositif de sécurité était mis en place par un groupe de jeunes parmi lesquels figure Bennabi pour protéger les juifs de cette ville de toute agression ou attaque violente. Cinq ans plus tard, plus précisément en septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate. Les effets de celle-ci étaient désastreux et coûteux pour toute 1'humanité, tant pour l'Europe, où elle s'était principalement déroulée, que pour les pays colonisés. La fin de la Seconde Guerre mondiale a marqué le début d'une prise de conscience internationale du danger de la guerre et de ses enjeux dans le monde. Cependant, les effets désastreux des deux guerres mondiales ne semblent pas extirper le monde de la «culture d'Empire» et du «culte de puissance» occidentaux, disait Bennabi. En effet, la guerre n'est pas encore achevée qu'émergent deux grandes puissances, lesquelles constituent, désormais deux blocs antagonistes ; celui des Etats-Unis d'Amérique et celui de la Russie soviétique qui entrent dans une «guerre froide». L'émergence d'un monde bipolaire dans la seconde moitié du XXe siècle était marquée par une période de tension dont l'influence s'étend en Asie et en Afrique, désormais soumis à la logique de la guerre froide. Dans cette nouvelle conjoncture où les peuples d'Afrique et d'Asie se voient entraîner volontairement ou involontairement dans l'orbite de la guerre froide, Bennabi pose le problème de l'humanité tout entière. Bien entendu, les deux guerres mondiales qui ont ravagé le monde, le mouvement de la colonisation européen du XIXe siècle et la montée des tensions entre l'Est et l'Ouest au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ne s'expliquent pas comme un simple accident. Bennabi remet en cause «le complexe de domination» qui domine toute la structure mentale occidentale. Il fait savoir que l'Occident vit une crise «morale» qui menace toute l'humanité. Celle-ci trouve ses origines dans une perte d'équilibre entre technicité et spiritualité, entre science et conscience. Il en résulte en Occident une «culture d'Empire» et un désir de domination sans précédent dans l'histoire de 1'humanité. A vrai dire, il n'est pas légitime de prendre l'attitude de Bennabi pour une simple manifestation de colère du moment qu'il dénonce la culture de l'Occident, car cette manière de procéder appauvrit et réduit la pensée bennabienne à une œuvre polémique et satirique. En réalité, en pensant la «crise de l'Occident», Bennabi a envisagé également son dépassement, non en termes de revanche, mais en termes de paix mondiale. Pour lui, l'Occident demeure un pôle de l'humanité, dont l'autre est présenté par l'Orient. Il est donc normal que toute crise se perpétue d'un pôle à l'autre du globe et interfère avec celle de l'autre. C'est dans cette perspective que Bennabi vient appréhender les relations entre ces deux pôles de l'humanité au-delà des différences culturelles, religieuses, ethniques ou linguistiques. C'est en ce sens-là qu'on peut considérer l'application de Bennabi sur le thème de l'Occident comme une réflexion précoce sur la globalisation du destin de l'humanité. Face à un monde bipolaire divisé en blocs communiste et capitaliste ayant engendré la guerre froide, ainsi que l'opposition entre le Tiers-Monde colonisé et l'Occident colonisateur, Bennabi prépare intellectuellement la «conférence» des peuples d'Afrique et d'Asie, dont le but est de promouvoir une civilisation afro-asiatique, puis mondiale. Il leur attribue un rôle et une mission dans le dénouement de la crise de 1'histoire en tant que «modérateur de l'excès de la pensée matérialiste et des égoïsmes nationaux». Il est vrai que l'apparition de l'idée de «neutralisme» et de «non-alignement» se situe quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Par conséquent, la Conférence de Bandoeng procède directement des prémices du neutraliste. Cependant, en dépit de ce contexte international, il n'est pas exagéré de considérer Bennabi comme l'un des précurseurs du «neutralisme» et le doctrinaire de la Conférence de Bandoeng. Bien entendu, l'œuvre majeure de Bennabi L'Afro-Asiatisme, qui est sortie en octobre en 1956, était consacrée à la Conférence de Bandoeng. Toutefois, les idées et les visions développées dans celle-ci ne lui ont pas été inspirées par cette Conférence de 1955, mais au contraire elles sont antérieures à l'événement lui-même, lequel est venu confirmer ses intuitions antérieures(5). Quoi qu'il en soit, le mérite de l'auteur de L'Afro-Asiatisme demeure de mettre en exergue la richesse de la diversité culturelle et religieuse des pays situés sur «l'axe Tanger-Jakarta», de considérer les acquis historiques et l'héritage civilisationnel de ces pays et de vouloir les intégrer dans un dialogue mondial afin que la menace de confrontation s'estompe. Il fait, de «l'axe Tanger-Jakarta» un lieu horizontal de dialogue interculturel et interreligieux entre les principales nations participant à la Conférence de Bandoeng, laquelle sera le prélude à un nouveau dialogue mondial. Effectivement, Bandoeng aurait pu être un espace de dialogue aussi bien horizontal sur «l'axe Tanger-Jakarta» que vertical sur l'axe Nord-Sud si les manœuvres de la «lutte idéologique» étaient désamorcées. Car la multipolarité du monde et la diversité des acteurs étaient la marque de l'esprit de Bandoeng. Un regard sur la carte des pays présents à la conférence montre bien que les aspirations étaient fondées sur la coexistence, la coopération et la solidarité au-delà de la différence et de la diversité. De tradition proprement spirituelle, l'Inde peut être le pivot de l'esprit de l'humanité et son fondement métaphysique. Pour Bennabi, il n'y a en effet aucune barrière qui peut empêcher le dialogue interreligieux et interculturel sur «l'axe Tanger-Jakarta». Il n'y voit aucune alternative à l'émergence d'un humanisme, élevé dans les traditions classiques de l'Orient entre hindouisme, bouddhisme, Islam, christianisme, lequel jouera un rôle directeur dans la promotion d'un dialogue Nord-Sud afin de faire advenir une culture de civilisation humaine. Il paraît que la thèse du «choc des civilisations» développée par l'Américain Huntington est étrangère à Bennabi. Si l'auteur de L'Afro-Asiatisme se veut que son œuvre soit une contribution importante au dialogue des cultures et des religions dans le monde, Huntington, quant à lui, veut que l'Occident se prépare «militairement» à affronter les civilisations rivales car l'avenir serait, non pas un dialogue, mais un «choc» de cultures, cela dit de religions. En concevant l'avenir comme un affrontement continuel entre l'Occident et les pays relevant de la catégorie «Islam-confucianisme», qualifiés par lui de «danger», Huntington a ressuscité l'idée de L'Afro-Asiatisme, laquelle fut «enterrée par des fossoyeurs ignorants» comme disait Bennabi de son vivant. Cependant, là où le premier considère toute possibilité d'entente entre l'Islam et la Chine comme une menace visant directement l'Occident regardé comme «adversaire», Bennabi, quant à lui, voyait dans le rapprochement entre les peuples des deux continents comme une étape nécessaire pour le dénouement de la mondialisation et par conséquent l'avènement d'un mondialisme humain. Ce que veut Bennabi est l'intégration des peuples d'Afrique et d'Asie dans l'ensemble de la civilisation humaine pour façonner l'histoire mondiale et se faire place dans l'univers moderne. Il leur assigne la mission de rétablir l'ordre dans le monde. C'est pourquoi Bennabi appelle les peuples d'Afrique et d'Asie, à la différence de leur culture et religion, à surmonter leurs obstacles historiques pour retrouver l'élan de leur civilisation. Ils ont pour vocation le dénouement de la crise morale qui secoue le monde et la restauration de l'équilibre de la civilisation humaine, synthèse entre la science et la conscience, la spiritualité et la technicité, la finalité et la causalité, l'ordre physique et l'ordre métaphysique. La reconstruction de l'équilibre mondial s'accomplit, selon Bennabi, par le rétablissement de l'équilibre interne et externe à l'échelle mondiale. Cela dit, la libération de «l'axe Washington-Moscou» de son désir de «domination» et l'émancipation de «l'axe TangerDjakarta» du fatalisme spirituel afin d'élever l'homme occidental au niveau moral de 1'humanité et lui faire prendre conscience de sa souffrance spirituelle, tandis que 1'homme de «l'axe Tanger-Djakarta» évoluerait au niveau social de 1'homme européen en lui rappelant du même coup son inefficacité et sa faillite sociale. C'est en ce sens que Bennabi invite les peuples afro-asiatiques à jouer un rôle digne dans l'histoire. Il s'agit en fait d'aider l'Occident à dépasser sa crise et de rétablir l'équilibre dans le monde grâce à leurs trésors spirituels et moraux, car leur mission demeure spirituelle avant tout. Bien-entendu, l'unité constituée des peuples d'Afrique et d'Asie lors de la Conférence de Bandoeng a stimulé Bennabi au point où il y aperçoit les prémisses d'un ordre mondial nouveau. Si Bennabi peut être compris comme un réactionnaire aux valeurs occidentales et comme porteur de certaines traditions orientales, il n'en demeure pas moins un grand partisan du dialogue interculturel et interreligieux. Il se situe à l'antipode des fervents partisans du communautarisme les plus enclins à l'ethnocentrisme tels qu'Huntington et son compatriote Francis Fukuyama, lequel a forgé la thèse de «la fin de l'histoire» qui se présente sous forme d'un ralliement à l'Occident de toutes les sociétés qui, jusque-là, étaient idéologiquement distinctes. Effectivement, Fukuyama et Huntington s'inscrivent dans la lignée des penseurs néoconservateurs américains, lesquels visent à imposer, par la diplomatie ou les armes, au reste du monde leur propre culture et idéologie sous prétexte de globalisation. Leurs thèses ont servi d'arguments pour lutter contre la «culture adverse», la dictature et le fascisme dans le monde dans le but de répandre l'idée d'une mondialisation uniformisante. Sans aucun doute, les bases philosophiques de la mondialisation américaine entretiennent la peur de l'autre, la xénophobie, le racisme et l'obsession sécuritaire, entravant l'établissement de dialogue entre les peuples. En jouant sur les émotions populaires, on agite les vieux fantômes de la peur qui justifie les phénomènes politiques et sociaux dominants de notre siècle, à savoir le repli sur soi, la soif de domination et l'invention de l'ennemi. La distinction entre les néoconservateurs américains et Malek Bennabi est due à «l'expérience frontière moderne» de ce dernier. Par sa position stratégique sur l'axe frontière Europe/Maghreb/Afrique, l'Algérie présente une expérience frontière moderne favorable à la construction de «synthèse pluralistique». Ce qu'explique l'aspiration de Bennabi au pluralisme culturel et religieux, c'est qu'il a évolué dans plusieurs environnements animés (Constantine, Tébessa, Paris et le Caire). Ce n'est pas donc par hasard qu'au début de sa carrière d'écrivain, Bennabi, en s'interrogeant sur «les conditions de la renaissance algérienne» en 1949, ne voyait aucune alternative aux Algériens de concevoir leur renaissance en dehors du cadre de la globalisation qui se fait jour à l'échelle planétaire. Plus tard, quand il écrit Vocation de l'Islam en 1954, le monde musulman ne lui apparaît pas en tant «groupe social isolé, susceptible d'évoluer en vase clos». Car il voyait son devenir dans une mise à niveau générale et dans son intégration dans le «village planétaire» comme l'illustre cet énoncé : «Pour s'intégrer effectivement, efficacement à l'évolution mondiale, il (le monde musulman) doit connaître le monde, se connaître et se faire connaître, procéder à l'évaluation de ses valeurs propres et de toutes les valeurs qui constituent le patrimoine humain»(6). C'est là qu'apparaît l'universalisme de la pensée bennabienne qu'il nous incombe de rattacher avec son contexte. En effet, il fut le premier, parmi les penseurs de l'époque, à appeler les musulmans à dépasser les querelles qui les opposent à l'Occident pour faire advenir une culture de civilisation humaine mettant à profit toutes les cultures et les expériences humaine. Ainsi, la dimension prospective de sa pensée s'explique par le fait qu'il a conçu dès cette époque l'avenir du monde musulman en l'intégrant dans une mondialisation pluri-civilisationnelle. Certes, le croisement entre les différentes civilisations en ce début du XXle siècle peut favoriser la possibilité d'une reconnaissance mutuelle, permettant une prise de conscience de la «totalité de l'histoire» dans laquelle tous les événements se disposent en regard du salut collectif de l'humanité. Indiscutablement, l'unité de l'histoire humaine s'affirme de plus en plus et l'histoire semble orientée vers le «salut collectif» à l'échelle humaine dont le processus semble devenir une réalité avec le phénomène de la globalisation. Ce dernier n'est pas un processus provoqué par les hommes comme le pensent certains, mais il est la signification finale de 1'histoire qui doit aboutir à une «civilisation qui se réalise comme un destin en dépit de la volonté des hommes»(7). C'est pourquoi Bennabi voyait le mouvement du mondialisme, qui a surgi brusquement en plein milieu du XXe siècle, comme symétrique aux développements des activités humaines (idéologiques et sociologiques). Le mondialisme a suivi la volonté humaine «à la manière d'un courant souterrain de l'histoire, jaillissant à la surface là où ces activités atteignaient l'échelle mondiale»(8). Car l'histoire a deux facettes, celle d'un vaste dessein d'une part, de nature cosmique ou métaphysique (la finalité de l'homme) et celle d'ordre psycho-sociologique (celui d'une succession de causes indépendantes) d'autre part, lié à un enchainement de causes. Enfin, le phénomène de la mondialisation, dans la perspective bennabienne, est de nature cosmique et s'inscrit dans la finalité de l'histoire, celle du salut collectif de toute l'humanité. Notes : 1- Bennaïssa, Omar., Bennabi et l'avenir de la société musulmane (postface), in. Bennabi, Malek., Mondialisme (articles de presse), Dar el hadhara, Alger, 2004, p. 257. 2- Bennabi, Malek., La synthèse inéluctable, La République Algérienne, n0 350 du 1er Mai 1953, in. Bennabi, Malek, Colonisabilité, (articles de presse), Dar el hadhara, Alger, 2003, pp. 50-52. 3- Bennabi, Malek., Mémoires d'un témoin du siècle, L'enfant, l'étudiant, l'Ecrivain, les Carnets, (Présentation et note de Nour-Eddine Boukrouh), Samar, Alger, 2006, p. 140. 4- Bennabi, Malek., Vocation de l'Islam, Editions du Seuil, Paris, 1954, p. 94. 5- S CF. Bennabi, Malek., De Genève à Colombo, La République Algérienne, le 7 Mai 1954. 6- Bennabi, Malek., Vocation de l'Islam, op. cit., p. 149. 7- Bennabi, Malek., «A la veille d'une civilisation humaine (4)», La République Algérienne, n0 270 du 29 juin 1951, in.Bennabi, Malek., Colonisabililé, op. cil., p. 69. 8- Malek Bennabi, L'Afro-Asiatisme op cit p.185

  8. #8
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
    Date d'inscription
    mai 2011
    Messages
    1 662

    Par défaut

    Depuis son retour en Algérie en 1963, à sa mort en 1973, l’édition sous monopole de l’Etat, ses œuvres fondamentales, ne furent nullement rééditées, hormis,"l'enfant" et trois brochures.
    Ces carnets, dont fait allusion Bennabi, au nombre de 19, couvrent la période de février 1958 à juillet 1973.
    Il est important de préciser, que seulement, la moitié des notes contenues dans les carnets, a été publiée.
    L’autre moitié, a été jugée, sans lien direct avec sa vie ou sa pensée, selon Mr Boukrouh.
    Ces écrits, bien que triés, nous enseigne beaucoup, sur la vie et la pensée de Malek, après son retour en Algérie.
    Cette phase de sa vie, sera marquée, par les tentatives répétées et savamment orchestrées, pour l'isoler et le marginaliser.
    Il résiste, en continuant à écrire, et en instituant un séminaire à son domicile, acceptant amèrement sa destitution en tant que directeur de l'enseignement supérieure et la suspension de ses contributions à la presse.

  9. #9
    Membre F.A.M.
    Date d'inscription
    avril 2011
    Messages
    1 423

    Par défaut

    Citation Envoyé par bel1000 Voir le message
    je n'ai pas encore tout lu ( je suis perturbé en ce moment) mais je tenais à dire que Malek Bennabi est la fine fleur de ce que peut renfermer l'Algerie comme intellectuel

    slamet erissan..inchaallah labess
    moi en ce moment j'arrive pas à lire les longs textes....et quand je force ma concentration je sens que me tête va éxploser...
    je crois que c'est la dépression
    peu importe qui tu es seul compte ce que tu fais...

  10. #10
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
    Date d'inscription
    mai 2011
    Messages
    1 662

    Par défaut

    En 1930, Malek Benabi poursuit ses études en France. Il obtient son diplôme d’ingénieur en électricité en 1935 — c’est le premier Algérien dans ce cas.

Page 1 sur 3 123 DernièreDernière

Discussions similaires

  1. Plus de 700 étrangers convertis à l’Islam en Algérie depuis 2004
    Par ahmeddamien dans le forum Islam : Questions et Réponses
    Réponses: 17
    Dernier message: 10/12/2010, 15h13
  2. Réponses: 0
    Dernier message: 24/07/2009, 14h45
  3. Réponses: 0
    Dernier message: 22/06/2009, 13h08
  4. Algérie : Afia adopte le week-end semi universel du vendredi-samedi
    Par kredence dans le forum Actualité Algérie
    Réponses: 0
    Dernier message: 30/04/2009, 11h48
  5. Le week end universel coûte cher au pays
    Par Toufik dans le forum Actualité Algérie
    Réponses: 9
    Dernier message: 19/09/2008, 18h30

Règles de messages

  • Vous ne pouvez pas créer de nouvelles discussions
  • Vous ne pouvez pas envoyer des réponses
  • Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
  • Vous ne pouvez pas modifier vos messages
  •