drôle d'histoire..
VIES DES SAINTS MUSULMANS 17
du bien d'autrui. Un jour qa'il faisait ses ablutionS
dans un canal, il vit passer une pomme entraînée
par le courant et la mangea sans penser à mal. PuiS
il eut des remords. La pomme venait d'un jardin
voisin. Il frappe à la porte ; une esclave OUVre ; il
lui demande le propriétaire ; le propriétaire est une
femme ; il sollicite l'autorisation de lui parler et
s'explique sur son indélicatesse. Mais le Sultan est
pour moitié propriétaire du jardin ; le Sultan réside
à Balkh ; Balkh est à dix jours de marche ; Adliam
n'hésite pas et va trouver le Sultan. Celui-ci avait
une fille, qui refusait, selon le thème initial de
nombreux contes, tous les prétendants. Ce n'était
pas l'homme qui la ferait parler la première qu'elle
consentirait seulement à épouser, ni celui qui la
vaincrait à la course ou qui résoudrait une de ses
énigmes, ce qu'elle voulait c'était l'homme le plus
pieux du monde. Elle fut comblée. Après avoir
écouté, non sans étonnement, Adham, le Sultan alla
trouver sa fille : « Je n'ai Jamais vu, lui dit-il, un
homme aussi pieux que celui-là. Il est venu de
Bokhara dci pour la moitié d'une pomme ! — C'est
lui que j'épouserai, dit la princesse. > Et le Sultan
revint près d' Adham pour lui dire : « Je te donnerai
l'absolution pour cette moitié de pomme si tu
épouses ma fille. >
Adham eut l'air de trouver que c'était cher ; il
fallut insister pour qu'il acceptât de laisser célébrer
son mariage. Les fêtes furent magnifiques à souhait ;
mais quand, la nuit venue, Adham entra dans la
chambre nuptiale et qu'il vit cette jeune fille cou-
verte de bijoux et de soieries, assise sur un tapis
somptueux, parée, drapée, fardée comme une idole,
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il la salua poliment et se retira dans un coin de la
pièce pour y prier jusqu'à l'aube.
n en fut de même sept nuits de suite. L'affaire
devenait grave. Le Sultan dut intervenir lui-même
et déclarer sévèrement au jeune homme : « Je ne
te tiendrai naturellement quitte de la moitié de,
pomme que si tu consommes ton mariage avec cette
jeune fille qui est vierge, aimable et désirable et que
tu n'as aucune raison d'outrager comme tu viens de
le faire. »
Adham dut s'exécuter cette nuit-là ; mais aussitôt
après, il se précipita sur le bassin des ablutions, se
lava et se mit en prières. La jeune femme le vit lever
les mains dans l'attitude rituelle, tout en poussant
un cri, puis s'incliner et se prosterner pour ne plus
se relever du tapis de prière. Il était mort. Neuf
mois après, la princesse mit. au monde Ibrahim —
qu'Allah soit content de lui ! — qui hérita, dit-on,
du trône à la mort de son grand-père — mais Allah
est le plus savant (5).
Full text of "Vies des saints musulmans [microform]"
je t'ai cherché au loin...je t 'ai trouvé en moi...
drôle d'histoire..
Le hasard, c'est peut-être le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer
Théophile Gautier