
Envoyé par
baudelaire87
Comment vivent les Algériens?
Nous sommes la promesse qui n'est jamais tenue…..Nicolas Grimaldi
Un article épatant dans un journal quotidien intitulé " Comment vivent les Algériens?", une question qui mérite d'être posée, car depuis des années, il parait qu'on a oublié la situation de ces gens et leur manière de vivre.
Les enquêteurs ne vont pas trouver de difficultés en menant cette enquête, il leur suffit de sortir dans les rues pour voir la première caractéristique de ce peuple, c'est la détresse qui a trouvé refuge chez nous, on ne voit pas le matin un sourire sur le visage d'un algérien, mais seulement une grimace qui cache un malheur, un mal qui se réveille chaque matin avec lui, l'accompagne fidèlement.
Que vont chercher ces enquêteurs? A quel côté vont-ils s'intéresser? Quel terrain vont-ils ratisser pour dénicher les vraies conditions de vie de ces gens, d'ailleurs, ces enquêteurs, sont-ils des algériens? C'est quoi le rapport me diriez-vous? Un rapport éminent, car si ces enquêteurs sont des nôtres, il se peut qu'eux-mêmes sont en détresse, qu'ils ne vont rien chercher, ils vont rapporter leur propre vie quotidienne, leurs problèmes personnels et le travail est bien accompli. Hélas! C'est une réalité incontestable, la fugue récente de ces danseurs du ballet en est la preuve tangible, une prétendue élite qui n'hésite pas à s'enfuir à la moindre aubaine trouvée, sans parler des villages décrépits où on voit les jeunes qui disparaissent de plus en plus, eux aussi se sont enfuis, on préféré suivre ce que dit le fameux adage inventé par ces harraga "Vaut mieux être mangé par des poissons que par des vers".
Revenons à notre sujet, à l'idée que des enquêteurs de l'étranger seraient plus judicieux pour voir les choses clairement, car des algériens comme nous ne vont rien constater, vont trouver que notre misère est anodine, on souffre tellement que cela nous parait normal.
A notre grande surprise, ces enquêteurs ne vont s'intéresser qu'à quelques wilayas, ils ne vont consulter ou mettre en exergue qu'un échantillon de la misère, ce qui est certain c'est qu'ils seront étonnés par les résultats diamétralement différents entre toutes ces villes du même pays.
Yasmina Khadra a dit que tous les peuples sont des enfants émerveillés par le verbe, les discours politiques, je crois que le peuple algérien est un peuple qui n'a jamais été cajolé, bercé, il a goûté de toutes les affres de la vie, personne ne lui a présenté des condoléances pour tout ce qu'il avait enduré; pour le bourbier dans lequel il est toujours enlisé. Notre peuple est le seul qui a cessé d'être émerveillé depuis des décennies, il a essayé d'attendre la vie qui semble lui tourner le dos, un peuple contre lequel le destin ne semble pas prêt à cesser de s'acharner, un peuple dont les vieux regrettent quelque chose qu'ils n'osent pas avouer, dont les jeunes cherchent encore quelque chose à regretter.
Ces enquêteurs devraient être des humains et pas de simples recenseurs, il ne serait pas suffisant d'aller voir les foyers, il faudrait aller dans les rues et ne pas parler aux jeunes mais seulement réussir à croiser leur regard pour comprendre que le mal est alarmant, que la détresse a fait son nid au fond d'eux, que mourir est devenu une bagatelle face à cette vie vêtue d'une atrocité inouïe. Un autre coup d'œil dans les cafés à n'importe quel moment et on se rend compte vite que les jeunes sont la décadence elle-même, que le matin est un labeur et la nuit un refuge pas toujours clément. Tout un peuple qui fait la grasse matinée.
Je crois que la seule chose qu'on puisse reprocher à ce peuple c'est qu'il n'a pas su profiter de sa souffrance. Le peuple algérien, personne ne lui a serré la main, un peuple qui ne fait pas deux pas sans trébucher.
Alors cette enquête va porter sur le bien-être de tout un peuple, sur la quantité d'espoir qu'il détient encore dans ses poches trouées, va porter sur sa capacité de patienter, de se tenir encore debout sans savoir ce qu'il attend vraiment, toutefois, il est ridicule de mobiliser seulement quelques personnes pour évaluer le niveau de vie de tout un peuple, sa misère, ses années sombres, son passé qu'il cherche à oublier, leur avenir qu'ils aspirent à reporter, sachant pertinemment que rêver de lui est mille fois mieux que de le vouloir réellement ou l'atteindre.
La vie des Algériens est assaisonnée par les vicissitudes, une vie où le hasard joue le rôle le plus important, une vie où ils sont de simples spectateurs assis, une vie qui ne leur appartient pas, ils ont fini par comprendre que la vie n'est pas la leur.
On va entrer dans des maisons, trouver des mères majoritairement analphabètes, des maris absents, des enfants désorientés, des filles opprimées, on va rire du but de cette enquête qui cherche à savoir le budget consacré au loisirs lorsqu'on voit que manger à sa faim est primordial, lorsqu'on découvre sans surprise que ces jeunes dans la vingtaine n'ont jamais quitté leur ville, n'ont jamais eu l'occasion de voyager.
En Algérie, on a chassé l'enfance depuis si longtemps pour ne pas dire qu'elle n'a jamais existé, pour ne pas dire qu'on naît vieux ici, on a supprimé la plus formidable période de la vie d'un homme, on va trouver dans ces familles des enfants qui le temps des vacances triment, font tout genre de boulot pour subvenir à leurs besoins, en Algérie, un père irresponsable dit à son fils de quatorze ans qu'il doit travailler, se débrouiller. L'enfant chez nous se demande certainement quel mauvais sort l'avait jeté dans un pays qui refuse la vie, l'ôte à ses enfants, des pères indignes qui continuent à faire des enfants pour les torturer, pour les jeter au seuil d'un destin impitoyable. Personne ne bouge pour dire non à la misère, pour dire cessons d'avoir des enfants qui dans ces conditions là deviendront certainement des criminels.
Un enfant, quand il naît, on le dorlote dans le berceau de la vie, quelques années après, il commence à chanter avec ses yeux qui promettent un avenir rayonnant, son rire est un chemin qui se dessine avec des pavés lumineux. Il faut qu'on comprenne qu'avant de décider de faire ou d'avoir un enfant, il faut savoir faire un destin et le bien dessiner, tracer ses traits avec une certitude pleine de vie, sans cela ces pères doivent être guillotinés.
Des Wilayas seulement vont être le sujet de cette enquête, va-t-on visiter des villages? Des bourgs oubliés, sans destin, les villages algériens n'ont pas le droit d'être visités, ils ne sont pas comptés, leurs habitants sont des gens maudits, leurs enfants sont des petits diables voués à l'échec, à la non-vie.
On est venu pour exceller et on a échoué, notre parcours est moribond, venu pour déguster la vie et on l'a trouvée d'une saveur amère, on est venu surtout pour vivre et on l'a pas fait, on a seulement entassé des échecs, l'un sur l'autre.
Baudelaire87