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Discussion: Malek Haddad, (extraits)

  1. #1
    Membre F.A.M.
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    décembre 2009
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    Thumbs up Malek Haddad, (extraits)

    On sait, en effet, qu'en 1965 dans un débat sur la littérature maghrébine d'expression française, Malek Haddad déclare :

    “Je ne fais pas le procès de la langue française, la seule que je possède; je ne fais pas l'apologie de la langue arabe que je ne possède pas.

    Aucune langue au monde n'est supérieure à une autre langue. [… ]
    Je ne puis offrir (à mes lecteurs) qu'un approchant de ma pensée réelle et de leur propre pensée.

    Permettez-moi de me citer une fois de plus :

    ‘La langue française est mon exil’, mais aujourd'hui, j'ajoute : la langue française est aussi l'exil de mes lecteurs.

    Le silence n'est pas un suicide, un hara-kiri.
    Je crois aux positions extrêmes. J'ai décidé de me taire;
    je n'éprouve aucun regret ni aucune amertume à poser mon stylo.

    On ne décolonise pas avec des mots. Je demeure convaincu que l'Algérie aura un jour les écrivains qu'elle mérite, qu'elle attend et qu'elle fera. [… ] On peut résister à Massu, à Bugeaud, à n'importe quel colonialiste, mais pas à Molière.

    [… ] Chez nous, c'est vrai, chaque fois qu'on a fait un bachelier, on a fait un Français.

    Je parlais de coloniser dans l'âme. [… ] Je dis que nous ne sommes pas représentatifs du tout, nous écrivains d'expression française, et je le répète et je le maintiens plus que jamais, nous représentons un moment pathologique de l'histoire qu'on appelle le colonialisme.”



    Entre 1966, date de la lettre de Malek Haddad, et 1977, année où l'écrivain
    tombe malade, il s'est écoulé onze années. Cette longue période signifie-t-
    elle qu’il a finalement renoncé à son projet d'écrire un cinquième roman, projet qui lui tenait, pourtant, tellement à cœur comme cela transparaît nettement dans sa missive?

    Il est difficile de répondre à cette question quand on sait que certains écrivains mûrissent leur projet littéraire durant de longues années avant d'y mettre la dernière touche.

    Ce phénomène de longue maturation de l'œuvre est évoqué par Gabriel Garcia Marquez à propos de sa grande saga romanesque Cent ans de solitude : “J'ai écrit Cent ans de solitude en l'espace de deux ans, seulement, j'ai mis quinze à y réfléchir avant de me mettre à l'œuvre.”

    La possibilité d'un long mûrissement de son texte, dans le cas de Malek Haddad, justifierait l'hypothèse selon laquelle seule la mort, en juin 1978, a empêché La fin des majuscules de voir le jour.

    En 1970, comme cela est attesté par une autre lettre de l'auteur datée de cette année-là — le 5 août exactement — , Malek Haddad est toujours sur son projet de La fin des majuscules.

    Il en parle explicitement :

    “Je te ferais bien une description de cette épouvantable journée de
    sirocco que nous venons de vivre mais je viens de la rédiger pour mon
    roman, alors, ma chère, pour la connaître, cette journée d'enfer, tu achèteras mon livre… Nous passons notre temps entre la piscine et les douches. J'écris mon roman la nuit et le matin très tôt. Mon vieux rythme habituel, un peu ralenti par la chaleur et les devoirs de père… ”

    Une seule certitude demeure cependant, prouvée par la lettre de 1966 de l'auteur : le fait que Malek Haddad ait très mal vécu l'obligation extrême qu'il s'est imposé de poser son stylo après l'indépendance.

    Ainsi, l'auteur a eu manifestement du mal à tenir sa promesse de se taire. A l'épreuve de la réalité, la position de l'auteur de cesser d'écrire s'est avérée intenable. Intenable a été le silence qu'il s'est imposé. Intenable à tel point qu'il a dû le rompre au bout d'à peine une année.
    C'est que, pour un écrivain, le silence a un goût de cendre difficile à supporter.

    Entre l'exil de la langue — thème obsessionnel chez l'auteur (mythe personnel?) — et l'exil du silence, Malek Haddad a, dans la solitude, à l'insu de ses lecteurs et des critiques, choisi.
    Ce choix porte un nom : La fin des majuscules, un roman resté inédit jusqu'à présent. Le devenir de ce manuscrit
    reste inconnu.

    Malek Haddad, cité par Christiane Achour : Anthologie de la littérature algérienne de langue
    française (Paris, Bordas, 1990).

    Garcia Marquez, «L'écriture est pour moi un grand supplice», Le Matin, 5 juin 1993.
    Si le peuple décide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chaîne se brise
    Abou El Qassem Echabbi
    Mon ami, mon frère, si toi tu ne brûles pas, si moi je ne brûle pas, qui éclairera la route ? Nazim Hikmet

  2. #2
    Membre F.A.M.
    Date d'inscription
    décembre 2009
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    Feu Malek Haddad n'a été ni islamiste, ni arabiste (c'est à dire : baasiste). Un poète est un poète, je veux dire un homme de vérité et je suis certain qu'un homme de cette qualité n'aime pas être "défendu", et, ne peut être "défendu" par un "frère monuments"!!!
    Si le peuple décide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chaîne se brise
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  3. #3
    Membre F.A.M. Avatar de baudelaire87
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    décembre 2009
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    Merci Jalal d'avoir mis ce texte, un bon partage, il y a une question qui me taraude : A qui peut-on amputer la régression de la francophonie en Algérie? Cette langue est en train de disparaitre ici, on commence à ne pas l'aimer, elle est formidable pourtant. Jalal, as-tu lu le dernier roman de Yasmina Khadra " l'Olympe des infortunes"??? moi, pas encore
    Ce n'est que par manque d'esprit qu'on ne va pas jusqu'au bout dans la souffrance.....

  4. #4
    Membre F.A.M.
    Date d'inscription
    novembre 2010
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    121

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    Bonsoir.

    Merci d'avoir évoqué l'un des piliers de la littérature algérienne d'expression française et surtout l'un des maîtres de la pensée sur ce forum.

    Quant à '' L'olympe des infortunes" il plonge le lecteur dans le monde des marginalisés pour vivre le temps de la lecture leur bonheur dans ce royaume qu'ils se sont crées et qu'ils ne veulent quitter pour aucun autre.
    Cette histoire tirée du vécu algérien d'après ma propre analyse est un appel à la conscience de tous ceux qui ont un brin de responsabilité de se tourner vers cette tranche de la population et d'écouter sa détresse.

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