La contre-révolution qui a débuté dans les années 1980 et qui a connu un bond qualitatif dans les années 1990, sous l’effet du terrorisme qui a mis à genoux le mouvement progressiste et à la faveur de l’appui apporté par les pays impérialistes aux courants « réformateurs », en fait les idéologues de la contre-révolution – cette contre-révolution a marqué la fin de la révolution nationale démocratique et la défaite des partisans du socialisme. Elle a conduit au transfert des richesses et du revenu national vers les couches sociales privilégiées. Un des nombreux procédés de ce transfert des richesses est le non remboursement des emprunts effectués par les particuliers (épaulés par les puissants protecteurs des secteurs militaires sécuritaires) auprès des banques publiques. Cette saignée est mensongèrement mise sur le compte de la dette et des déficits du secteur public économique. Les banques publiques sont ainsi régulièrement recapitalisées par de fortes injections des recettes des hydrocarbures. La pompe de redistribution des revenus pétroliers au profit de ces couches sociales est représentée par les grands marchés publics et les faramineux surprix de ces marchés. Les connaisseurs de ces marchés parlent de commissions atteignant jusqu’à 200% du montant réel du coût des projets. Les plans de relance économique engagés depuis 2001 par Bouteflika ont alimenté ce transfert dans des proportions gigantesques sans impact aucun sur l’appareil productif si ce n’est la poursuite de sa destruction par les importations d’équipements et de produits pouvant être fabriqués localement comme les engins de transport, les citernes et les appareils de chaudronnerie, les pompes, les vannes etc.. La montée du mouvement populaire est née de l’aggravation de ces inégalités sociales, de la dilapidation des revenus pétroliers, de la persistance du chômage, de la misère et de l’extension démesurée de la précarité des travailleurs soumis aux contrats à durée déterminée. Les travailleurs, les couches populaires ne supportent plus cette paupérisation alors que l’Etat dispose d’une grosse cagnotte déposée dans les banques étrangères ou convertie en bons du trésor US rapportant de bas taux d’intérêt. Ce mécontentement prend la forme de grèves mais aussi de centaines de manifestations, d’émeutes, de marches, de blocage des routes, de fermeture des sièges des APC. Les jeunes jouent un rôle important dans ces luttes quotidiennes pour l’emploi, les aides aux chômeurs, le logement, la construction des routes, d’écoles, des centres de santé, la desserte en eau, en gaz, en électricité etc.. C’est tout le pays qui est secoué depuis des années par des luttes quotidiennes. Craignant un révolte de plus en plus coordonnée et à grande échelle le pouvoir est obligé de consacrer des enveloppes budgétaires à la résolution des problèmes sociaux des masses. En même temps ces enveloppes budgétaires nourrissent le capital national qui s’est développé pour l’essentiel dans le secteur du bâtiment et les multinationales auxquelles des projets très juteux ont été concédés, autoroute, stations de dessalement de l’eau de mer, construction de barrages ou de station d’épuration des eaux usées, aux dépens du secteur public économique mis sur la touche ou démantelé pour libérer les ouvriers qualifiés et l’encadrement au profit du secteur privé, à l’image de SONATRO (Société Nationale des Travaux Routiers) fermée alors qu’elle avait accumulée une grande expérience dans le domaine des travaux routiers. On peut multiplier ces exemples de casse qui se traduisent par une grande hémorragie en devises.
C’est cette hémorragie en devises qui constitue aujourd’hui la source des inquiétudes des « concepteurs » les plus « éclairés du régime,, inquiétudes attisées par les grosses incertitudes qui pèsent sur l’évolution du cours du pétrole dans le contexte de la crise internationale du capitalisme. Les « concepteurs » du régime veulent éviter la réédition de la situation provoquée en 1986 par la chute du prix du pétrole et la cessation de paiement à l’origine de la révolte populaire de 1988. Ils craignent que les classes dirigeantes perdent cette fois-ci totalement le contrôle de la situation. En 1988 elles avaient réussi à maintenir leur contrôle en jouant les islamistes contre les communistes, puis en appuyant les gorbatchéviens pour faire éclater le PAGS, en jouant aussi la carte « berbériste » pour diviser les masses, en exploitant les faiblesses de la conscience politique et idéologique des masses, qui se sont laissés tromper par les islamistes. Le contexte a évolué depuis 20 ans. Il leur sera plus difficile (mais non impossible) de tromper les masses comme elles l’ont fait après 1988. Il ya eu depuis dix ans, parallèlement à la hausse des recettes pétrolières, montée rapide des importations, des sorties de devises au titre du rapatriement des profits des multinationales et du paiement de sommes croissantes pour les services effectués par des sociétés étrangères. On est passé grosso modo de 9-10 milliards d’importations de biens en 2000 à plus de 40 milliards de dollars en 2008, auxquels il faut ajouter – chiffre que les autorités camouflent soigneusement – au moins 10 milliards au titre des services et profits rapatriables. Les recettes d’exportation ont atteint 80 milliards de dollars en 2008 huit fois le montant de 1998 ! Le pouvoir a été amené en toute urgence à prendre des mesures pour endiguer cette montée menaçante pour la préservation des intérêts qu’il représente.
Une nouvelle crise financière serait plus dangereuse pour les classes dominantes qu’en 1986. C’est la loi des finances complémentaire de l’été 2009 qui constitue l’épine dorsale de ces mesures d’urgence. Ces mesures d’urgence ont créé de fortes tensions entre les différentes fractions sociales représentées par le pouvoir et entre ce pouvoir et les puissances impérialistes. On peut percevoir une tension croissante entre la bourgeoisie et les masses populaires sur la question de la distribution et de la redistribution du revenu national, rentrées pétrolières incluses. La part des couches possédantes et dominantes dans les revenus des hydrocarbures s’est fortement accrue ces dernières années. Aucune de ces couches sociales n’accepte que la part de son gâteau soit diminuée. Mais le pouvoir doit arbitrer sans quoi ce sera en moins de 3 ans l’explosion d’une énorme crise une fois « les réserves de change » complètement épuisées. Il va de soi que toutes ces couches parasitaires s’entendent pour que le poids de la rigueur repose exclusivement sur les épaules des masses populaires. Mais les travailleurs, les couches populaires n’ont pas l’intention de continuer à subir de telles injustices. La solution qu’i s’impose consisterait à imposer une austérité sur les plus riches, à taxer fortement où à prohiber l’importation des biens de luxe, à augmenter les tarifs douaniers, à rehausser les impôts sur les riches, à combattre la fraude fiscale massive. Ces mesures sont inconcevables pour ce régime. Elles toucheraient à sa composante sociale et à ses alliances internationales avec l’impérialisme dont il a besoin à la fois pour désamorcer la tendance naturelle de l’impérialisme à s’étendre sans tenir compte de l’instinct de survie des classes capitalistes locales et pour se protéger contre son peuple.
Les plans de relance économique – qui n’ont relancé que les importations, aucun plan d’industrialisation sérieux n’étant élaboré ou engagé malgré les discussions sur la nécessité d’une stratégie – ont permis au régime de nouer de fortes relations avec les multinationales, d’obtenir le soutien de l’impérialisme y compris de l’impérialisme français qui s’était très engagé dans les années 1990 et au début des années 2000 sous la direction en particulier des socialistes dans une opération visant à abattre les organisateurs de l’interruption du processus électoral en 1992 et de la lutte contre les islamistes sous couvert d’enquête internationale sur les auteurs des « violences » en Algérie et de l’élucidation des auteurs du « qui tue qui ? » . La contre partie de ces alliances réside dans les gros marchés attribués , dans le cadre d’un équilibre « équitable », aux multinationales de France, Allemagne, Italie, USA, Espagne, sans compter les entreprises du golfe, protecteurs des groupes islamistes, pour la fourniture de stations de dessalement de l’eau de mer, des centrales électriques, de travaux ferroviaires (tramways, électrification du réseau, modernisation de ligne Ouenza-Annaba), nucléaire civil, etc.. Ces gros marché ont apporté une bouffée d’oxygène à Alstom. L’Algérie est redevenu un important marché pour les entreprises françaises. Tous ces marchés ont eu pour seul résultat, rappelons-le, de bloquer tout processus d’industrialisation ou au moins de la préservation des acquis existants. Les restrictions introduites par la loi des finances créent théoriquement des difficultés dans les relations entre le pouvoir et ses alliés. Mais la plus grande source de conflits, de confrontations pour le moment feutrée, réside dans l’aspiration des classes dirigeantes à jouer un rôle en Afrique, à conquérir une influence, grâce aux ressources financières procurées par l’exportation des hydrocarbures qui ferait d’elles une voie de passage obligée pour le contrôle des pays voisins de l’Algérie, notamment dans les régions du Sahel qui sont susceptibles de receler des richesses minières ou pétrolières convoitées par les puissances impérialistes. Les pays impérialistes n’acceptent évidemment pas cette prétention algérienne à mettre des bâtons dans les roues de leurs plans de contrôle absolu de la région. L’agitation qui s’est emparée ces derniers temps de certaines personnalités politiques de la Kabylie comme Mehenni ( qui vient d’annoncer la formation d’un gouvernement provisoire de la Kabylie juste après avoir été reçu au quai d’Orsay) et Sadi (qui anime un gros battage sur l’affaire de la « séquestration » des ossements de Amirouche afin de regagner en popularité parmi les franges les plus régionalistes et sectaires de la Kabylie et de tenter de discréditer en même temps les années 1970 dans lesquelles les masses populaires voient de plus en plus un exemple de politique de développement et de justice sociale, par le biais de la criminalisation de Boumediène dont la popularité est encore tenace) ne peut être dissociée de ces manœuvres de ces puissances autant pour disposer, comme cela a toujours été leur préoccupation permanente, d’une carte de chantage que pour poursuivre leur travail sournois visant à l’éclatement – un jour ou l’autre – de l’Algérie et à la prise de contrôle du Sahara. On ne peut comprendre certaines actions du régime tendant à réhabiliter certaines entreprises publiques stratégiques (décisions de recapitaliser des usines abandonnées à leur sort durant plus de 20 ans)dans le but de consolider et de créer les bases d’une industrie de l’armement et donc d’une certaine autonomie logistique, si on n’a pas en vue cette aspiration à assumer un rôle en Afrique. Ce rôle n’est , bien entendu, en rien comparable par ses objectifs avec celui que l’Algérie a joué de 1962 à la fin des années 1970. Les ressemblances apparentes ne doivent pas cacher ces différences radicales. De 1962 à 1979 l’action internationale de l’Algérie était tournée vers l’émancipation des peuples et le contrôle sur leurs richesses afin de les utiliser comme moyen de développement indépendant. Les buts de la politique extérieure du pouvoir actuel, reflétant les intérêts des classes et couches sociales qu’il défend, sont de participer au partage des zones d’influence et de contribuer à la « paix » avantageuse aux pays impérialistes, d’obtenir en échange la fin des manœuvres qui mettent en danger sa survie face à la contestation interne. En somme le régime actuel veut gagner une place reconnue de bon défenseur des intérêts du système capitaliste international à l’égal du régime égyptien ou du régime tunisien.
Face à la domination capitaliste dans notre pays, le PADS s’efforce après les durs coups qui ont été portés au mouvement communiste et progressiste en Algérie, de lutter contre l’esprit défaitiste en apportant aux masses populaires ces analyses de la situation et ses mots d’ordre de combat pour la constitution de syndicats de classe, de syndicats de paysans pauvres et des organisations progressistes de la jeunesse et des femmes. Ce travail de rassemblement des couches laborieuses dans leurs organisations respectives pour la défense de leurs intérêts n’est pas chose aisée dans un pays où les libertés élémentaires ne sont pas respectées. Le nombre élevé des organes de presse existant dans le pays peut donner l’illusion que la liberté d’expression est respectée. Or dans leur grande majorité ces organes de presse sont liées aux différentes fractions de la bourgeoisie au pouvoir. Les difficultés que rencontre pour sa publication périodique Alger républicain sont surmontées en partie, non sans peine, par les militants du PADS qui parviennent à rassembler autour d’eux les travailleurs les plus conscients pour assurer sa diffusion dans le pays, les sociétés privées de distribution sabotant celle-ci quand elle leur est confiée. Tout en appelant les travailleurs des villes et des campagnes à s’organiser pour engager et coordonner leurs luttes afin de défendre leurs revendications immédiates, le PADS les engage à lier leurs luttes quotidiennes au combat pour une alternative politique populaire basée sur un programme de défense des richesses et des intérêts nationaux , sur une stratégie de développement économique et social favorisant l’existence d’un fort secteur industriel public soutenu et complété par un secteur industriel privé , favorisant également le développement du secteur agricole en accordant aux petits paysans les crédits bancaires nécessaires dont ils ont besoin pour élever le niveau de leur production, favorisant l’emploi et les besoins sociaux et culturels. Cette alternative politique repose aussi sur l’avènement d’un pouvoir populaire. Cette alternative populaire aboutira avec le renforcement politique, idéologique et organique du PADS et l’organisation d’un large Front Démocratique et populaire. Si aujourd’hui, notre Parti est numériquement encore faible, et si nous sommes la bête noire des diverses fractions capitalistes, cela n’empêche pas que les communistes Algériens sont toujours respectés dans le pays comme le montrent les récentes commémorations des anniversaires de la mort de nos camarades Yveton, Maillot, Audin organisées par des non communistes. Tout en mesurant les grands efforts qu’ils ont et auront à faire dans le présent et l’avenir, les communistes algériens rassemblés dans le PADS ont une confiance inébranlable dans la classe ouvrière de leur pays pour qu’elle apporte sa contribution décisive aux changements politiques dont le pays a un grand besoin.
http://www.collectif-communiste-pole...tuation_2010.h


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