De ces années-là, certains ont gardé l'image d'une Marie Curie rigide et dictatoriale dans l'administration du laboratoire. On l'appelait «la patronne». Elle sait pourtant encourager ses élèves. Elle a l'habitude de venir tard dans la journée pour voir l'avancement de leurs travaux. Et plus d'un s'est souvenu du plaisir qui se lisait sur son visage lorsque Salomon Rosenblum découvrit la structure fine des rayons alpha.
Dans son laboratoire, le personnel est extraordinairement varié. On y vit une année deux Russes, un Polonais, un Anglais, un Yougoslave, un Roumain, un Allemand, un Belge, trois Chinois, un Iranien, un Indien, un Autrichien, deux Portugais, un Suisse et un Grec. Un grand nombre de femmes y travaillaient.
Le 20 mai 1921, lors de son premier voyage aux États-Unis, elle peut acheter un gramme de radium à l’usine du radium de Pittsburgh, suite à une collecte de 100 000 dollars (environ 1 million de francs or) auprès des femmes américaines, organisée par la journaliste Marie Mattingly Meloney. En 1929, toujours grâce aux femmes américaines, elle reçoit un nouveau gramme de radium, dont elle fait don à l’Université de Varsovie.
Mais depuis quelques années, Marie souffre de divers troubles liés à son exposition à des doses massives de radioactivité. Elle est faible, fatiguée, souffre de vertiges et de continuels bourdonnements d'oreille, et est atteinte, de surcroît, d'une double cataracte. À la dérobée, Marie admet que ses problèmes de santé sont probablement l'effet des produits qu'elle a manipulés toute sa vie. Mais, de toute façon, confie-t-elle à Bronia, elle ne pourrait pas vivre hors de son laboratoire. Malgré ses problèmes de santé, elle continue d’assurer la direction de la section de physique et chimie de l’Institut du Radium.
Les troubles s'aggravent en juin 1934. Ses médecins diagnostiquent une tuberculose et l'envoient au sanatorium de Sancellemoz. Mais là-bas, les médecins découvrent rapidement la cause réelle de sa maladie: elle souffre d'une leucémie due à l'exposition à la radioactivité.
Elle meurt le 4 juillet 1934 et, accompagnée d'intimes, rejoint deux jours plus tard, à Sceaux, Pierre, qu'elle avait tant aimé.
Prologue
Par la suite, c'est le couple, Irène Joliot Curie (fille de Pierre et Marie Curie) et son mari Jean-Frédéric Joliot, qui, durant trente années d'efforts et de passion scientifique, continuent d'alimenter le domaine en découvertes successives, tout en s'appuyant sur les découvertes antérieures de Pierre et Marie.
Ainsi, quarante ans plus tard, ils découvrent le principe de fonctionnement du réacteur nucléaire: la fission nucléaire peut être contrôlée et libérer beaucoup d'énergie.
Le 20 avril 1995, sur décision du président François Mitterrand, ses cendres et celles de son mari Pierre Curie sont transférées au Panthéon de Paris. Elle est aujourd'hui encore la seule femme honorée au Panthéon pour son travail.
Conclusion
Cette courte histoire de la vie exceptionnelle de Marie Curie, je l’ai choisie pour illustrer deux thèmes que je tenais à traiter dans le cadre de mon sujet : « Sciences, dogme et société ». Le premier est scientifique et technique : l’énergie atomique. La découverte de la radioactivité a permis d’accéder à la connaissance intime de la matière où l’atome n’est plus l’atome insécable, mais formé de particules élémentaires, électron, proton et neutron, ce qui permet d’expliques les transmutations (vieux rêve des alchimistes par parenthèse) donc la fission des atomes très lourds, origine de la bombe A et des centrales atomiques d’aujourd’hui d’une part. C’est l’application de la célèbre formule d’Einstein E=mc2 montrant l’équivalence matière – énergie. Et d’autre part elle explique par la fusion des atomes l’origine de l’énergie que le soleil nous envoie à travers l’espace, mais aussi malheureusement de la fabrication de la bombe H.
Et pour terminer et en guise de conclusion, je voudrais parler de l’émancipation de la femme dans tous les domaines de la vie en société. Encore aujourd’hui les dogmes religieux servis par un machisme congénital soutiennent encore quelques bastions de cette ségrégation qui n’épargne même pas notre ordre entre tradition et modernisme !
Marie Curie, il y a plus d’un siècle a été une figure de proue dans un domaine, où j’ai pu personnellement apprécier les grandes qualités des femmes de science, qui pour s’affirmer ont fait preuve de qualités bien supérieures à celles de leurs confrères masculins.
L'histoire de Marie Curie ressemble un peu à celle de sa découverte. Pour la découverte du radium, d'abord un discret effet de rayonnement puis, au terme de sa recherche, l'identification d'un nouvel élément puissamment actif, et l'instauration d'une nouvelle branche de la science : l'étude de la radioactivité. Pour Marie, d'abord l'anonymat d'une jeune physicienne puis, au terme de deux prix Nobel, un mythe puissamment actif et une nouvelle place des femmes dans la science...
Plus en détail, on aurait pu s'apercevoir qu'à cette époque, la catégorie « femme de science » aurait partagé avec l'élément radium certaines propriétés, la première d'entre elles étant la très faible abondance, la seconde la puissance du rayonnement mis en jeu.
L'une comme l'autre obéissent d'ailleurs à des déterminations - géophysique dans un cas, social et politique dans l'autre. En clair, il ne s'en trouve pas partout, ce qui en fait leur valeur.
La très faible abondance de la catégorie femme de science ne tient évidemment pas à une inégalité naturelle aux conditions initiales. Au plus jeune âge, la curiosité et les dons pour l'observation de la nature, se distribuent de façon gaussienne dans les populations masculine et féminine.
L’extrême rareté du couple femme et science dépend ainsi d'une conjonction de paramètres internes et externes, mathématiquement formalisable par une fonction probabiliste à variables multiples : la présence de parents intéressés à l'éducation de leur fille dans la population générale des parents de filles, intérêt lui-même fortement corrélé au niveau culturel et - parfois mais pas toujours - au montant des rentes familiales; le nombre des universités ouvertes aux filles dans l'ensemble des universités; le nombre de jeunes filles disposées à en suivre les cours, c'est-à-dire presque toujours prêtes à s'exiler, dans la population des jeunes filles intéressées par les sciences; enfin le nombre d'hommes, dans la population générale des scientifiques masculins, suffisamment larges d'esprit pour que cette formation débouche sur une activité professionnelle reconnue.
La caractéristique commune dont j’ai déjà parlé: la puissance de rayonnement une fois identifié l'élément ou la catégorie. Dans le cas du radium, cette puissance se mesure à l'ampleur des effets produits pour des quantités infimes. Dans le cas de « Marie Curie femme de science », elle s'évalue à l'augmentation de la quantité d'articles de journaux publiés après qu'elle ait reçu son premier prix Nobel, effet qui atteignit un maximum (avec l’ignominie en plus) avec son second quand ses affaires privées furent, sans aucun scrupule, étalées sur la place publique.
Après de nombreux combats, presque tous les domaines, les barrières sont tombées, et même dans certains domaines, on parle d’instaurer des quotas (enseignement, justice, médecine, …) pour éviter la «surféminisation de certaines professions».
Un dernier bastion est d’ailleurs en train de tomber au Royaume Uni, avec l’ouverture de la Chambre des Lords aux « Laidies ».
Mes FF :., La pierre brute n’est pas encore dégrossie dans ce domaine et je vous invite fraternellement à réfléchir à la place de la femme dans notre Ordre qui prône la fraternité universelle en excluant la moitié de l’humanité. Comme le disait Albert Einstein : il plus facile de briser l’atome qu’un préjugé.


LinkBack URL
About LinkBacks






Répondre avec citation


!!
