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Discussion: Vie par intérim

  1. #1
    Membre F.A.M. Avatar de baudelaire87
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    Par défaut Vie par intérim

    Vie par intérim

    Qu'est ce qu'une vie par intérim tout d'abord? C'est être contraint à ne pas accepter la vie, la déléguer à ceux qui sont prétendus savoir la mener, c'est jeter l'éponge volontairement à force d'être enlisé depuis tant dans ce bourbier de misère, c'est finir par accepter d'être vieux et renoncer à la jeunesse et faire abstraction de la vie.
    Pourquoi cédons-nous toujours et imputer cette léthargie au destin? Ce dernier n'est jamais porteur de misère, c'est nous qui la créons, la faisons de nos propres mains, pourquoi céder à notre lâcheté et dire que le sort avait définitivement décidé qu'on meure tout en vivant, car une vie par intérim signifie faire semblant de vivre, délaisser notre droit le plus précieux.
    Le jeune Algérien est comme une sorte de bateau amarré dans un vieux port, un bateau décrépit à qui on ne permet ni le départ ni une réfection pour qu'il se sente un vrai bateau, il a les pieds dans le chemin mais interdit de marcher, d'avancer, ses yeux sur le point de sortir de ses orbites, il a hâte de partir pour vivre, le jeune Algérien aussi en a marre qu'on lui pose continuellement la question quant à la raison de son départ, car si on ne sait pas pourquoi veut-il partir, si on ne voit pas son malheur, la question serait plus grave, car toujours le calvaire des peuples qui souffrent c'est de ne pas le savoir, c'est de croire que c'est dû à la vie, au hasard.
    L'Algérien parle toujours de la mort sans cesse, l'évoque à chaque fois qu'il échoue, la glorifie, se recueillit quelques secondes sur la mémoire de ceux qu'il a oubliés depuis tant d'années, l'Algérien évoque la mort faute de vie. En les voyant ainsi, on dirait qu'ils sont comme ces philosophes qui acceptent facilement la mort, mais en vérité, ils ne sont que des êtres que la vie a trahis avec délectation.
    Alors, sans hésitation et sans recul, ils ont décidé de ne pas vivre, de laisser leur vie errer et les mener là où le chemin s'achève, les plus courageux sont partis pour d'autres terres, pour rencontrer un espoir qui s'est enfui apparemment, lui aussi n'a pas voulu rester sur un sol où la vie est servilement éphémère, où on baisse la tête devant tout, avec ce sentiment de l'échec qui nous accompagne constamment, en Algérie hélas, tout le monde a ce sentiment de l'échec, les célibataires autant que les mariés, les vieux autant que les enfants, l'homme autant que la femme, malheureusement tout un peuple qui a bien bu son échec au point qu'il a fini par croire que la réussite n'est pas faite pour lui.
    Un enfant naît chez nous comme chaque enfant au monde, il commence à avoir des rêves très tôt, mais une fois adulte, il se souvient qu'on l'a pas encouragé, qu'on a négligé son rêve bêtement, peut-être pas bêtement mais à dessein, il se souvient que ses parents n'ont jamais été présents pour connaitre ses tendances, pour soutenir ses rêves enfantins, il se rend compte tardivement que la vie le punit d'avoir osé rêver.
    Alors, il devient un prétendu jeune qui a envie de vivre et se heurte soudainement à cette vie par intérim, voyant qu'il n'est pas apte à mener une lutte contre le vent, il se laisse emporter par la maladie du désespoir, et après peu de temps seulement il commence à penser à s'enfuir, à chercher même ce rêve enterré depuis des années, à la recherche d'une époque qu'il n'a pas vécue.
    Avant de partir, il cherche pour la dernière fois quelque chose qui pourrait le retenir, lui faire changer d'avis, lui redonner espoir, il essaie d'écouter religieusement des voix qui pourraient provenir de tout ce qui l'entoure, mais hélas, personne n'a réussi depuis des années à trouver ces signes illusoires. Il commence à ressembler à ces personnages des romans policiers, un homme qui marche la nuit en pleine pluie, un homme qui cache un secret extraordinaire, un secret qui n'est que son malheur, cette marche nocturne est le signe de sa décision de quitter tout, de risquer sa vie, comme s'il veut relever le défi contre elle en essayant de lui dire qu'il n'est pas lâche et qu'il va bientôt venir vers elle pour l'acquérir ou la perdre à jamais.
    Donc il part pour ne pas vivre par intérim, pour ne pas se réveiller chaque matin avec l'idée qu'il est maudit, le jeune Algérien est toujours en colère ayant l'impression qu'il y a quelque chose qui se passe, qui se trame ailleurs et que tout cela lui échappe, alors il prend le risque pour découvrir dans d'autres terres qu'il y a une autre vie que celle qu'il semble mener ici.
    Quitter son pays n'est pas un crime ni une ingratitude, c'est plutôt un amour, voir son image de l'extérieur, l'aimer autrement car l'homme a toujours aimé les choses lointaines même si ces choses lui appartenaient, des choses qu'il a quittées volontairement, l'homme a besoin de s'éloigner pour appartenir, de se dérober pour revenir, de prendre le risque de mourir pour vivre.
    On a peur de manquer quelque chose dans notre vie, alors on court à perdre haleine vers on ne sait où, car courir dissipe notre peur et nous enlève cette impression de la perte, nous fait croire qu'on finira par arriver vers un but même s'il est illusoire, on a fini par perdre confiance en tout, on essaie de rattraper le temps qui court, une course face au temps, face à la vie qui semblent indifférente à notre malheur.
    Notre vie est devenue comme un livre dont toutes les pages sont blanches et tout en le feuilletant on tombe avec surprise sur des pages noircies par des lignes qui disent peu de nous, qui nous parlent d'autres choses, pas de ce qu'on s'attendait à trouver, alors on continue à le feuilleter et on arrive à la fin sans être soulagé, sans trouver une définition de la vie, et nous, ses prétendus protagonistes, on est pas assez courageux pour lui donner une définition de peur de nous retrouver enfermés entre ses murs.
    Alors s'enfoncer dans le tréfonds du contentement est une pure lâcheté, un dénigrement de la vie, une décadence qu'on a créée par nos propres mains, et le jeune dont on a parlé a finalement pris le chemin du départ, il ne veut pas attendre, car attendre c'est encore espérer, c'est encore dépendre, c'est être victime de la vie.
    Les Algériens ne se posent pas souvent de questions, ils préfèrent désormais vivre au jour le jour, suivre le train-train de la vie, ne pas se soucier de ce qui se passe, une attitude qui est restée toujours sans définition ni explication plausible. Donc ils lorgnent le destin, le supplie silencieusement, s'évertuent à ne pas le rencontrer face à face pour ne pas lui parler de leur chemin qui s'efface lentement, pour ne pas évoquer leur vie bouleversée, les Algériens craignent le destin, car c'est quoi en fait le destin? Le destin une promesse, soit heureuse, soit malheureuse, et nous à force de souffrir, on commence à croire profondément que cette promesse puisque inconnue et voilée, nous fait peur, on ne lui fait pas confiance.
    Notre destin, on a peur de lui, on ne lui adresse pas la parole par déférence, on essaie de ne pas le côtoyer, peut-être qu'on l'aime malgré notre malheur, comme ces victimes qui adulent leurs bourreaux, les Algériens on fini par comprendre qu'ils ont un destin collectif, peut-être que ces gens ont raison de glorifier la mort car qu'espérer lorsque la vie fait défaut?

    baudelaire87
    Ce n'est que par manque d'esprit qu'on ne va pas jusqu'au bout dans la souffrance.....

  2. #2
    Membre F.A.M.
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    J'ai l'impression que je suis là devant une démission manifeste devant la vie! D'après mon modeste avis, c'est une culture du désespoir! La vie est un combat. Si nos parents étaient pessimistes ou ignares, je pense que nous ne devons pas leur en reprocher! A la nouvelle génération de lever la tête et de lutter quelques soient les obstacles! Ce sont les échecs répétés qui nous apprennent le succès!
    Si le peuple décide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chaîne se brise
    Abou El Qassem Echabbi
    Mon ami, mon frère, si toi tu ne brûles pas, si moi je ne brûle pas, qui éclairera la route ? Nazim Hikmet

  3. #3
    Membre F.A.M. Avatar de globule
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    Une vie par intérim peut aussi une vie par procuration,
    Comme les enfants qui ne vivent pas la leur , ne font pas leurs choix, ne suivent pas leur voix propre mais réalisent le rêve de leurs parents popur eux.

    Ils vivent la vie , le bonheur de leurs parents à la place du leurs.

    Cela peut faire mal, très mal, des fois: grande souffrance, déni d'existence, échec, démission face à la vie.
    http://maydiwan.forumactif.net/forum.htm

    Le problème, c'est que si l'on ne prend pas de risque, on risque encore davantage. (Erica Jong)

  4. #4
    Membre F.A.M.
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    Citation Envoyé par globule Voir le message
    Une vie par intérim peut aussi une vie par procuration,
    Comme les enfants qui ne vivent pas la leur , ne font pas leurs choix, ne suivent pas leur voix propre mais réalisent le rêve de leurs parents popur eux.

    Ils vivent la vie , le bonheur de leurs parents à la place du leurs.

    Cela peut faire mal, très mal, des fois: grande souffrance, déni d'existence, échec, démission face à la vie.
    Salut ami! Oui Globule! ça fait mal! Et puisque tu le dis avec conviction c'est que tu l'as vécu et peut être jusqu'à ce jour!!
    Si le peuple décide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chaîne se brise
    Abou El Qassem Echabbi
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  5. #5
    Membre F.A.M. Avatar de globule
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    Salut ami freudien

    J'en ai souffert jusqu'au jour ou je m'en suis rendue compte.Il était alors trop tard pour redresser la barre. Le temps n'est pas facile à remonter
    De plus, on a l'age de ses artères.
    Ouf, qu'il y a la résilience...
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    Le problème, c'est que si l'on ne prend pas de risque, on risque encore davantage. (Erica Jong)

  6. #6
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    Citation Envoyé par globule Voir le message
    Salut ami freudien

    J'en ai souffert jusqu'au jour ou je m'en suis rendue compte.Il était alors trop tard pour redresser la barre. Le temps n'est pas facile à remonter
    De plus, on a l'age de ses artères.
    Ouf, qu'il y a la résilience...
    Cela fait plaisir de te lire ami Globule d'autant plus que tu le dis avec sincérité. Petit à petit, tu t'es libéré du carcan moral ou du moins en grande partie, c'est réconfortant! En outre, ta patience et ta générosité envers tes parents ont été récompensées en fin de compte!!
    Dernière modification par Jalal ; 14/11/2010 à 20h40.
    Si le peuple décide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chaîne se brise
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  7. #7
    Membre F.A.M. Avatar de topaze
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    slt baudelaire

    je suis subjugé par ce que tu as écrit ,je relis et je relis magnifique ;on sent la souffrance ,le déchirement de l'ame des jeunes algériens wow bravo

    comme a dis jalal "la vie est un combat ne baisse pas les bras

  8. #8
    Membre F.A.M.
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    Citation Envoyé par topaze Voir le message
    slt baudelaire

    je suis subjugé par ce que tu as écrit ,je relis et je relis magnifique ;on sent la souffrance ,le déchirement de l'ame des jeunes algériens wow bravo

    comme a dis jalal "la vie est un combat ne baisse pas les bras
    Salut Topaze! Quel plaisir de savoir que tu vas bien! Aidek Mouabarek! In challah te3aidi oua te3aoudi! Toutes mes amitiés chère amie!
    Si le peuple décide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chaîne se brise
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  9. #9
    Membre F.A.M. Avatar de baudelaire87
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    Salut, merci pour vos commentaires, je sais mon ami Jalal qu'il ne faut pas baisser les bras, mais je crois que tu imagines à quel point le combat est difficile, on ne reproche rien à nos parents, mais hélas, on a vu des parents intelligents qui malgré tout se sont évertués à donner à leur fils le droit de rêver.
    J'aimerais bien qu'on comprenne de cet essai qu'on est pas là pour reprocher nos parents, c'est juste un constat, juste un petit descriptif de ce qui se passe aujourd'hui, l'état des jeunes, que faire? ne me dites pas que c'est dû à rien, il y a certainement un coupable quelque part....
    Ce n'est que par manque d'esprit qu'on ne va pas jusqu'au bout dans la souffrance.....

  10. #10
    Membre F.A.M.
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    Salut, merci pour vos commentaires, je sais mon ami Jalal qu'il ne faut pas baisser les bras, mais je crois que tu imagines à quel point le combat est difficile, on ne reproche rien à nos parents, mais hélas, on a vu des parents intelligents qui malgré tout se sont évertués à donner à leur fils le droit de rêver.
    J'aimerais bien qu'on comprenne de cet essai qu'on est pas là pour reprocher nos parents, c'est juste un constat, juste un petit descriptif de ce qui se passe aujourd'hui, l'état des jeunes, que faire? ne me dites pas que c'est dû à rien, il y a certainement un coupable quelque part....
    Salut Mohamed! Je crois avoir mieux compris ce que tu voulais dire sur ton point cité. J'ajoute aussi que peut être nos parents ont été davantage frustrés que nous par leur époque (pour ne pas dire par leurs parents). Topaze a aprécié plus que moi tes écrits, cela veut dire que tu es sur la bonne voie! Car elle lit avec son coeur si je puis dire, elle est intuitive et c'est une qualité que j'aime! Aidek Moubarek ami Mohamed! Tout mes voeux! Ainsi qu'à Topaze et Globule!
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    Abou El Qassem Echabbi
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