Le ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, devrait ouvrir le dictionnaire pour y découvrir la définition exacte du mot « scandale ». A la page 2321 du Petit Robert 2009, on peut lire cette définition : « scandale : effets fâcheux, choquants produit dans le public par des faits ou des propos considérés comme contraire à la morale, aux usages. »

Interrogé par la presse lors d’un déplacement à Relizane, notre charmant ministre persiste à nier l’évidence avec sa suffisance habituelle et sa morgue indécrottable. « C’est vous, la presse, qui ne cessez pas de rapporter qu’il y a un scandale qui couve actuellement à Sonatrach, affirme-t-il. Pour moi, c’est un dossier dit Sonatrach. Ni moi, en tant que ministre, ni vous, la presse, n’avons le droit de qualifier ce dossier de scandale. Vous n’êtes pas des juges.”

Non monsieur le ministre, les journalistes ne sont pas des juges, mais ils ont parfaitement le droit de qualifier de scandaleuse l’affaire qui secoue aujourd’hui cette entreprise que vous dirigez en sous-main depuis que vous êtes nommé à la tête du département de l’Energie. Bien sûr qu’ils ne sont pas des juges, mais vous vous arrogez, tour à tour, en procureur, en juge, en avocat pour défendre les cadres mis en examen ou pour pourfendre les journalistes coupables d’avoir révélé ces magouilles

Diable ! Dix plus hauts cadres dont le PDG Mohamed Meziane du géant pétrolier, première compagnie d’Afrique, 12ème au rang mondial, mis sous mandat de dépôt ou placé sous contrôle judiciaire pour des affaires présumées de malversations, de surfacturation et de pots - de-vin, si cela n’est pas un scandale ça serait quoi alors ? Un banal fait divers ? Non, monsieur Khelil. Cette affaire qui ébranle Sonatrach qui assure 98 % des revenus du pays, donc la principale richesse des Algériens, est plus qu’un scandale. C’est une forfaiture. Une trahison. Bien sûr que les prévenus bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à ce que leur jugement soit définitif, mais leurs mises en examen ont déjà provoqué de graves conséquence sur le fonctionnement de la compagnie, sur la crédibilité de ses dirigeants, sur l’image de Sonatrach, et au-delà de l’Algérie, dans le monde.

Chakib Khelil est incorrigible. Il met aujourd’hui d’autant d’aplomb à minimiser l’ampleur du scandale qui éclabousse Sonatrach qu’il mettait d’ardeur à nier l’existence des magouilles liées à l’entreprise B&RC. Souvenons-nous… Lorsque des journaux algériens avaient rendu compte à l’automne 2006 de l’enquête de l’IGF relative à des marchés douteux contractés par B&RC (un joint-venture algéro-américaine) et l’entreprise Sonatrach pour un montant supérieur à 1.3 milliard de dollars, Chakib Khelil feignait l’ignorance. « Je n’ai pas vu le rapport. Les seules informations que j’ai sont celles publiées, avec ma photo dans Jeune Afrique L'intelligent. Tout le monde semble informé sauf moi », a-t-il déclaré le 17 février 2007. Le pauvre…Si tel était le cas pourquoi notre ministre s’est-il précipité de dissoudre B&RC et de disperser son personnel en septembre de la même année ? On voudrait détruire toutes les preuves qui impliquent les dirigeants de B&RC, de Sonatrach et de quelques copains dans cette gigantesque affaire de corruption qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Mais voilà, cette fois-ci Chakib Khelil ne peut pas agir de la même manière. Il ne peut pas dissoudre Sonatrach, il n’est pas en mesure de dissimuler des preuves, des dossiers, des documents compromettants- quoi que…-, alors il plaide l’ignorance des faits, joue de son statut de ministre puissant appartenant au clan présidentiel, se montre obséquieux à l’égard de la presse…Jusqu’à quand ?!

Khaled Bahbouh

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