Sallam mes fréres un joli article à partager avec vous bonne lecture
Par El Houssine OUMMALI (Imam & Conférencier )

Les larmes

L’arme qui redonne vie au cœur, et qui permet à celui qui la porte, de goûter un état étrange d’intimité avec Dieu et qui prodigue à celui qui en use fréquemment, une renommée dans le monde céleste et une acceptation dans le monde terrestre, c’est la larme.
Oui, la larme, cette créature divine, si fragile et si puissante à la fois, qui à elle seule exprime parfois l’indicible. La larme dans son silence, quand elle explose, alerte les cieux et provoque l’émoi chez les habitants du monde céleste. La larme quand elle jaillit et coule sur les joues en douceur peut faire, en tombant, trembler le Trône de Dieu. La larme par sa forme et son apparence est une, mais ce qui la déclenche est multiple et infini. La larme est une arme entre les yeux de ceux qui cheminent comme ceux qui souffrent, ceux qui cherchent comme ceux qui ont trouvé. La larme tous en usent, riches comme pauvres, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, croyants ou non. La larme perle et parle en silence, s’exprime et traduit en un langage universel les sentiments les plus divers. La larme est pour certains une faiblesse alors que d’autres l’utilisent comme une arme redoutable. La larme arme, la larme désarme, la larme alarme. Il y a la larme silencieuse et celle qui est accompagnée de cris, la larme de l’opprimé et celle de l’oppresseur, la larme de joie et celle de la tristesse, la larme salée et la larme sucrée, la larme abondante et la larme rare, la larme de crainte et la larme d’amour, la larme de crocodile et la larme sincère et véridique.

La larme est un langage universel si riche qu’il exprime parfois par une même forme les sentiments les plus contradictoires. C’est pourquoi on peut pleurer de joie comme rire en pleurant. Les larmes proviennent de Dieu, et chacun en use à sa manière, « C’est Lui qui a fait rire et qui a fait pleurer ».[1] Mais, une chose est sûre, c’est qu’elles expriment ce que les mots ne peuvent faire. Certes dans la Balance de Dieu, le poids de ces larmes diffère et Seul Le Créateur en jugera la nature. Parmi les sept types de personnes qui seront ombragées sous le Trône de Dieu, le Jour où il n’y aura d’ombre que Son ombre, une personne seule, qui en pensant et en se souvenant de Dieu laisse tomber une larme. Une larme de crainte, d’amour, d’humilité, de reconnaissance, d’impuissance, une larme qui exprime l’indicible, une larme dont la valeur est inimaginable. Une larme si puissante qu’elle suffit à éteindre les flammes de l’Enfer. N’est-ce pas une arme puissante ? « J’ai vu » nous dit le Messager de Dieu : « un homme de ma communauté chuter au milieu des flammes de l’enfer puis rattrapé et sauvé par ses larmes versées pour Dieu sur terre »[2]. Le moment où nait la larme est un moment béni, c’est pourquoi, le Prophète Paix et Bénédiction sur Lui nous enseigne à être vigilant au moment de cette naissance : « Profitez des instants de sensibilité pour invoquer Dieu, car ce sont des moments de miséricorde ».[3]

L’arrivée de l’homme au monde est marquée par des pleurs, signe de sa vitalité physique, mais également de sa détresse spirituelle après avoir été touché par la première attaque de Satan. Ces larmes marquent son arrivée dans ce monde d’épreuves et de malheurs. Ces mêmes larmes seront son seul langage compréhensible pendant ses premières années, une miséricorde divine qui alertera ses parents de ces moindres besoins. Ce sont ces mêmes larmes qui ont fait alléger au Prophète la prière par miséricorde envers ce que peut ressentir une mère en entendant son enfant pleurer.
Les larmes expriment parfois ce qu’il y a de plus extraordinaire spirituellement. Ils marquent la reconnaissance de la toute-puissance divine et expriment à la fois l’infinie faiblesse de la créature devant Son Maître. « Et quand ils entendent ce qui a été descendu sur le Messager (Muhammad), tu vois leurs yeux déborder de larmes, parce qu’ils ont reconnu la vérité. Ils disent : “Seigneur ! Nous avons Foi : inscris-nous donc parmi ceux qui témoignent (de la véracité du Coran).”[4]

Les larmes de l’opprimé, en tombant au sol, frappent les portes du ciel qui s’ouvrent immédiatement, malheur alors à l’oppresseur. La Justice s’exécutera tôt ou tard, car Dieu n’aime pas les injustes. Les larmes de l’orphelin font pleurer les habitants du ciel, malheur à celui qui l’a offensé. Les larmes qui accompagnent un être cher qui nous quitte sont la manifestation de la miséricorde qui se trouve dans les cœurs. Les larmes sont souvent les premières grandes ablutions qui purifient l’âme de la personne qui a tant cherché Son Seigneur et qui enfin trouve la Voie vers Son Créateur.

« Un homme, ça ne pleure pas”, disent les ignorants. C’est, un signe de santé spirituelle nous apprend, le Coran. Les grands hommes de cette communauté nous prouvent que la maturité spirituelle est une terre qui se laboure de nuit et qui s’arrose abondamment de larmes. Les larmes humaines à elles seules ne suffisent pas bien sûr, c’est pourquoi les larmes du ciel viennent compléter les larmes de ces hommes et femmes pour faire pousser les fruits les plus extraordinaires. “ La végétation de la terre fertile, pousse avec la grâce de son Seigneur; quant à celle de la mauvaise terre, elle ne sort qu’insuffisamment et difficilement. Ainsi, déployons- Nous les enseignements pour des gens reconnaissants. … »[5]. Abou Bakr avait la larme facile. Omar avait deux traits noirs sur son visage laissé par ses larmes. Othman pleurait au souvenir de la mort jusqu’à tremper sa barbe et le sol. Ali quant à lui, tenait sa barbe dans la prière de la nuit et pleurait à chaudes larmes. Des larmes de nuit qui se transforment en armes de jour. C’est d’ailleurs ainsi que sont décrits les compagnons du Prophète dans la Thora : “des moines la nuit et des lions le jour”. Des moines par leur adoration, leur humilité et leur sensibilité et des lions le jour dans leur combat quotidien pour la justice aux cotés des opprimés.
Une personne est venue se plaindre au Prophète de la dureté de son cœur, l’Envoyé de Dieu lui a dit : «Si tu veux que ton cœur s’attendrisse caresse avec miséricorde la tête de l’orphelin et nourrit le pauvre»[6]

Aux larmes ! Aux larmes serviteurs du Miséricordieux, levons-nous au milieu de la nuit et versons les larmes les plus intimes devant la Porte de notre Seigneur, qui, dans Son infinie Miséricorde nous ouvrira La Porte de Sa connaissance. Seigneur, voici nos larmes qui coulent devant La Porte de Ta Miséricorde, ouvre-nous, car rien ne pourra consoler notre chagrin et notre tristesse si ce n’est Ton agrément, accorde-nous de te connaître intiment et de te servir humblement. Arme-nous de larmes les plus sincères. Fais jaillir nos sanglots les plus intimes et lave-nous par nos pleurs les plus purs. Amine, amine, amine ya raba al ‘alamin.