La peur du terrorisme islamiste sur le Vieux Continent est inversement proportionnelle à sa réalité: c'est l'un des enseignements de la première enquête sur le sujet de l'agence Europol.

Le premier rapport annuel sur le terrorisme de la toute jeune, et très sérieuse, agence intergouvementale Europol vient d'être rendu public. Il met à mal un certain nombre d'idées reçues, sur l'état de la menace en Europe et ceux qui en sont responsables.

- Un seul attentat est à mettre au compte du terrorisme islamiste. Comme le relève ironiquement Dan Gardner, un journaliste du Vancouver Sun, au Canada, qui commente cette enquête, c'est autant que "le Comité d'action viticole, ce groupe français qui veut mettre un terme à l'importation de vins étrangers"...
Cet unique attentat à la bombe, revendiqué par un groupe islamiste, a été commis en Italie. Les responsables antiterroristes européens continuent néanmoins à considérer la menace islamiste comme la plus importante des menaces terroristes - qui, selon les mêmes, est de manière générale "réelle et sérieuse".

A cela une raison: ils considèrent que, contrairement à leurs homologues séparatistes ou politiques, qui s'en prennent le plus souvent aux représentants de l'Etat, les radicaux musulmans visent à faire le plus de victimes civiles possibles et frappent à l'aveugle.

En outre, les terroristes islamistes ont choisi de mener leurs opérations contre les intérêts européens loin du Vieux Continent, essentiellement en Afrique saharienne et sahélienne, dans la corne de l'Afrique, en Irak, dans quelques Etats du Golfe, en Afghanistan et au Pakistan. L'actualité récente nous le rappelle tragiquement...

- L'immense majorité des attaques terroristes sont liées au séparatisme, exclusivement en France et en Espagne: 89 sur le sol Français, 148, pour l'essentiel attribuées à l'ETA, de l'autre côté des Pyrénées - pour un total de 237 sur 294 en 2009. 40 attentats ont été revendiqués par des mouvements anarchistes ou d'extrême gauche, 4 par des mouvements d'extrême droite.

- Le nombre d'attentats ne cesse de baisser. La décrue, entamée en 2008, s'est accentuée en 2009: 581 attaques, effectives ou avortées, recensées il y a trois ans, 441 en 2008, 294 en 2009. Soit 33% de moins qu'en 2008, pratiquement moitié moins qu'en 2007. Plus inattendu encore, elles n'ont touché que six pays de l'Union européenne - la France, l'Autriche, la Grèce, la Hongrie, l'Italie et l'Espagne.

Le nombre d'arrestations liées à des affaires de terrorisme a lui aussi diminué, passant en trois ans de 841 à 587. Le nombre de tués a en revanche augmenté: quatre victimes en 2008, sept en 2009, toutes membres des forces de l'ordre.

- Internet et les réseaux sociaux sont devenus une arme. Que les terroristes utilisent pour communiquer, "organiser leurs opérations, collecter des informations sur leurs cibles futures, revendiquer leurs attaques, informer les autres membres du groupe et même recruter".

Eric Mettout - L'Express