AMIN DADA, DUVALIER, BEN ALI…

La quasi simultanéité de la fuite du dictateur tunisien et du retour de Bébé Doc en Haïti a obligé à porter un regard amer sur l’impunité des dictateurs.

Que l’Arabie Saoudite, cette richissime théocratie protégée par la puissance militaire dominatrice et violente ait accueilli Ben Ali comme elle avait en son temps accueilli le sanguinaire Amin Dada est tristement à l’image du sinistre ordre impérial. Le richissime dictateur tunisien a trouvé dans cette terre d’exil les banques gorgées de pétrodollars où il a pu déposer sereinement son trésor de guerre , cette guerre qu’il a mené contre son propre peuple avec les félicitations du jury impérialiste attribuées par le directeur général du FMI en personne, ce qui dit assez clairement que Ben Ali ne touchait qu’une commission sur les profits généraux de l’impérialisme en Tunisie en échange de son encadrement musclé du prolétariat et du peuple tunisien en général.

Le retour de Bébédoc en Haïti trois jours après le départ de Ben Ali conduit à se poser la question d’une sorte de prescription politique des crimes des dictateurs.

Jean Claude Duvalier n’a été ni poursuivi ni condamné pour les crimes qu’il a commis. Il a donc pu considérer que le temps suffirait à les faire oublier et qu’il pouvait se permettre de venir à nouveau s’ingérer dans la vie politique haïtienne en favorisant l’installation au pouvoir d’un de ses admirateurs et héritiers. Ni l’ONU, ni le Vice-roi Bill Clinton ni la République française qui l’a laissé vaquer à ses affaires n’ont jugé utile de s’opposer au retour de l’assassin sur les lieux du crime. Belle démonstration de complicité !

Nul doute que le peuple tunisien révolté ne tire les enseignements de cet épisode. L’éloignement ne doit pas faire obstacle à la nécessité de punir le dictateur coupable et tout doit être fait pour qu’il ne soit pas remplacé au pouvoir par un quelconque tonton macoute à la mode tunisienne et qu’il n’entretienne pas l’illusion de revenir un jour sur la terre de ses crimes, hypothèse que seule la différence d’âge entre Jean Claude Duvalier et Ben Ali permet de considérer comme très improbable.

Mais «l’opération Duvalier » présente pour ceux qui l’ont conçu une difficulté réelle.

A la différence de la Tunisie dont à l’échelle de l’histoire la décolonisation (1956) est beaucoup plus récente que celle d’Haïti (1804) Haïti a pu élire librement un Président qui est toujours vivant : Jean Bertrand Aristide. Chassé de son pays par un coup d’état co-organisé par la France et les Etats-Unis, Jean Bertrand Aristide a trouvé refuge en Afrique du Sud. N’ayant pas démissionné, n’étant accusé de rien, il est toujours citoyen haïtien empêché d’exercer son mandat électif par les puissances néocoloniales et leurs complices duvaliéristes.

Jean Bertrand Aristide , dont les partisans se sont vus refuser le droit de se présenter à des élections présidentielles tellement peu présentables que les tuteurs de la république haïtienne ne savent comment organiser une nouvelle mascarade, vient de rappeler dans le communiqué qui suit ( traduction COMAGUER) qu’il était prêt à tout moment à revenir dans son pays. Il n’en est empêché que par l’administration haïtienne (ou ce qui en tient lieu : l’ONU, Clinton …) selon laquelle il n’a plus ses papiers en règle (voir à ce sujet sa très longue interview - Haïti - Aristide : «Sélection mais pas d ) alors que Duvalier les a comme l’indique la dépêche qui suit

Haïti - Politique : Le gouvernement haïtien refuse de renouveler le passeport d