48 ANS APRS SES ESSAIS NUCLAIRES EN ALGRIE : La France reconnat son crime

Environ 30.000 Algriens seraient concerns par cette mesure qui sera soumise au vote lAssemble franaise en janvier prochain.

Est-ce le premier pas vers la reconnaissance des crimes commis par larme coloniale franaise? La France envisage dindemniser les victimes civiles des essais nuclaires dans le Sahara algrien en 1961. Dans une interview accorde au journal Le Parisien, le ministre franais de la Dfense, Herv Morin, a dclar sans dtours que nous devons reconnatre les victimes des essais nuclaires.

Comme premier pas, le premier responsable des armes franaises annonce quun projet de loi dindemnisation des victimes dessais nuclaires sera soumis, au mois de janvier, au vote devant lAssemble franaise. Si ce projet est vot lAssemble au premier trimestre 2009, nous accorderons des indemnisations pour les personnels civils et militaires exposs lors des essais nuclaires. Nous avons arrt une liste de maladies lies aux effets de la radioactivit, a rapport le journal paru hier.

Linterview du journal Le Parisien, a indiqu que ce projet de loi va prendre en charge les populations locales exposes aux radiations. Le ministre ne cite, toutefois, pas lAlgrie. Nous avons cr Tahiti en 2007 un centre mdical de suivi. Les anciens travailleurs polynsiens des sites dexprimentation et les populations des les et des atolls voisins peuvent consulter un mdecin militaire pour un bilan mdical individuel....

Et de dvoiler Ils seront galement pris en compte par ce projet de loi. Ce qui ressort de frappant dans cet entretien est que le ministre franais nvoque aucun moment le cas de lAlgrie. Il prfre plutt parler de Tahiti, de la Polynsie, territoires franais, et les populations des les et des atolls voisins. Or, le Sahara algrien tait le thtre des premiers essais nuclaires franais. Le 13 fvrier 1960, la Ve Rpublique a procd, sous la prsidence du gnral de Gaulle, aux premiers essais nuclaires dans le Sahara algrien, prs de Reggane.

Cet essai ne fut pas le dernier, la France a procd lexplosion de toute une srie de 17 essais nuclaires entre 1960 et le retrait dfinitif de larme franaise de cette rgion en 1967, estiment les chercheurs. Il y a de quoi sinterroger sur lignorance du ministre franais quant au cas Algrie.

Cest plutt le journal franais qui voque dans son chapeau dintroduction de linterview les essais sur le site du Sahara algrien.

Herv Morin, ministre de la Dfense, dposera en janvier un projet de loi qui permettra dindemniser les 100.000 militaires du contingent, les personnels civils de larme et les populations dAlgrie et de Polynsie qui ont t irradis lors des essais nuclaires, ajoute le journal.

Le ministre prcise que la France ne serait pas le premier pays, dans le cas dadoption du projet, reconnatre sa responsabilit. Nous devons reconnatre aujourdhui ces victimes. Presque tous les Etats lont fait. La France ne doit pas droger cette rgle, a-t-il reconnu.

Expliquant les lignes de la prise en charge de ces indemnisations, le responsable franais a fait savoir que le ministre de la Dfense a conserv dans ses archives les mesures de radioactivit recueillies lpoque sur les diffrents sites, ainsi que les noms des personnels. Nous allons donc introduire dans le dcret dapplication un seuil dexposition partir duquel les demandes dindemnisation seront prises en compte.

A la question de savoir si ces indemnisations concernent tous les vtrans des essais nuclaires, M.Morin rpond: Nous pourrons refuser lindemnisation dans le cas de maladies dont la cause est lie dautres risques, comme le tabac ou lalcool. Nous voulons poser le principe dun droit lindemnisation des victimes mais seulement pour celles qui ont t exposes lors des essais. La France a toujours tourn le dos toute reconnaissance de ses crimes contre lhumanit commis dans ses colonies, en Algrie particulirement.

En 2006, la Rpublique franaise tait catgorique. Elle a refus de reconnatre les crimes de ses essais nuclaires effectus dans le Sahara algrien puis en Polynsie entre 1960 et 1996. Ces actes avaient eu une incidence sur la sant de 100.000 militaires du contingent, de personnels civils, ainsi que sur les populations dAlgrie et de Polynsie, lieux des essais.

Aujourdhui, le nombre dAlgriens atteints de maladies diverses cause de ces essais nuclaires na pas t tabli. Une chose nanmoins est sre: le nombre ne cesse daugmenter sous silence. Cela est d, notamment, labsence de dpistage et darchives sanitaires. Les effets nfastes de ces essais nont pas touch seulement les habitants des sites concerns, mais, galement, la population limitrophe de cette zone.

Toutefois, Mohammed Abdelhak Bendjebbar, prsident de lAssociation des victimes des essais nuclaires, avait estim, dans une de ses sorties mdiatiques, le nombre des victimes algriennes de ces essais nuclaires 30 000. Selon des chercheurs algriens, 17 essais nuclaires, au total, ont t mens par la France au Sahara, entre 1960 et le retrait dfinitif de larme franaise de cette rgion, en 1967.

Notons que la France a manifest sa volont douvrir le dossier des victimes de ces essais. Lancien ambassadeur de France en Algrie, Bernard Bajolet, a, dans une de ses dclarations, affirm larrive en Algrie dune quipe dexperts sur les lieux des explosions pour enquter sur les dgts causs aux habitations. Il a mme expliqu que le gouvernement franais ragira en fonction des rsultats des enqutes.

L'Expression