Quelques noms de femmes scientifiques des XIXe et XXe siècles:

Physique

Hertha Ayrton (1854-1923), physicienne. Orpheline de père dans une famille de huit enfants, elle peut entrer au collège grâce à une notable, Madame Robichon, mais ne peut fréquenter l’université, réservée aux hommes. La même dame lui permet de suivre les cours du Technical College de Finnsbury. Elle y reçoit l’enseignement d’un fameux professeur d’électricité, Sir William Edward Ayrton, qu’elle épouse. Elle poursuit les travaux expérimentaux de son mari
sur l’électricité. En 1902, elle publie un livre sur l’arc électrique, qui fait autorité. En 1899, une institution d’avant-garde, l’Institution of Electrical Engineer (IEE), lui accorde un prix et l’accueille en son sein. Son mari étant malade, elle réalise seule une recherche sur les déficiences des lampes à arc sous-marines pour l’Amirauté britannique. On lui refuse la paternité de ce travail. Avant la première guerre mondiale, elle fait partie du mouvement d’émancipation féminine et de lutte pour le droit de vote des femmes. En 1915, elle invente un ventilateur pour disperser les gaz empoisonnés. Après la guerre 14-18, elle continue à être
militante active de divers mouvements de femmes et prend la défense de Marie Curie, accusée de vivre scientifiquement aux crochets de son mari.

Agnès Pockels (1862-1935), physicienne. Elle reçoit une bonne formation de base en physique à la haute école pour filles de Brunswick (Allemagne), mais l’accès de l’université lui est refusé. Elle étudie en autodidacte à partir de la littérature rassemblée par son frère. Elle travaille à la maison, étudiant durant dix ans les propriétés des surfactants et la tension superficielle des solutions (par ex., les films de savon). Négligés en Allemagne, ses travaux sont salués par Lord Rayleigh, physicien anglais, qui fait publier une de ses lettres dans la
revue Nature, ce qui donne un coup d’envoi à sa carrière. Ayant continué toute sa vie à travailler à la maison, elle obtient en 1932 un doctorat d’honneur de l’université Carolina Wilhelmina de Brunswick et on donne son nom à la surface minimale occupée par un film monocouche (le point Pockels).

Maria Telkes (1900-1995), physicienne. Docteur en chimie physique, elle quitte la Hongrie pour les USA à l’âge de 25 ans. Elle travaille sur le solaire à partir du début de la 2 Guerre mondiale. Elle conçoit un distillateur d’eau potable pour les canots de sauvetage de l’armée.
Devenue directrice de laboratoires sur l’énergie solaire à partir de 1953, elle développe une vingtaine de brevets : distillateurs d’eau, appareils de désalinisation, etc. Elle invente un four solaire pour les pays en voie de développement et une maison solaire. Elle est reconnue comme une pionnière en matière d’énergie solaire à partir du choc pétrolier de 1973.

Patricia Gladis (1937), physicienne. Née à Shanghaï, elle émigre au Canada où elle obtient une maîtrise en physique en 1960. En 1968, elle décroche un doctorat en physique, sur la supraconductivité, à New York. En France, elle se spécialise durant trois ans dans l’étude des cristaux liquides dans le laboratoire de Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique 1991
pour ses travaux sur les polymères et les cristaux liquides. Elle apporte d’importantes contributions à la physique des cristaux liquides, avec applications technologiques. Depuis 1991, elle travaille au Japon sur la technologie de l’affichage sur écran plat.

Théorie atomique

Marie Curie (1867-1934), physicienne. Née à Varsovie dans une famille pauvre, elle arrive à Paris à 24 ans. Elle fait une licence de physique, rencontre Pierre Curie et l’épouse. Elle travaille pour sa thèse sur le rayonnement radioactif. En 1898, elle découvre de nouveaux éléments radioactifs : le polonium et le radium. En 1903, elle est la première femme à recevoir un prix Nobel (de physique), avec son mari et Henri Becquerel. Son mari est élu à l’Académie des Sciences, mais elle-même ne peut y accéder (en tant que femme). Après le décès de Pierre
Curie en 1904, elle reprend sa chaire de physique générale et poursuit ses recherches. Elle obtient un deuxième prix Nobel (de chimie) pour ses travaux sur le radium. Durant la première Guerre mondiale, elle part sur le front avec un appareil à Rayons X et devient vite directrice du service de radiologie de la Croix-Rouge. Après la guerre, elle devient très célèbre comme symbole mondial de la femme de science. En 1921, elle fait un voyage triomphal aux USA et collecte des fonds pour la recherche. Elle patronne des recherche sur la radiothérapie
et le traitement des tumeurs, mais elle meurt elle-même d’une leucémie sans doute due à une trop forte exposition aux rayonnements.

Lise Meitner (1878-1968), physicienne. Née à Vienne dans une famille aisée, elle doit attendre l’âge de 23 ans pour pouvoir entrer à l’université, auparavant interdite aux filles et elle devient la deuxième femme docteur en 1905. Fascinée par les travaux des Curie, elle étudie la radioactivité. Emigrant à Berlin en 1907, elle suit les cours de Max Planck, puis commence une collaboration de trente ans avec Otto Hahn, lui s’occupant de la chimie et elle
de la physique des substances radioactives. Jusqu’en 1908, elle doit travailler dans les sous sols de l’institut de chimie interdit aux femmes, puis en 1913, elle s’en va travailler avec Otto sur les radiations Bêta au Kaiser Wilhelm Institut. Technicienne de radiologie durant la guerre, elle poursuit ses recherches et découvre le proactinium. En 1926, elle devient la première femme professeur de physique en Allemagne.
A partir de 1934, Hahn et Meitner commencent à bombarder de l’uranium avec des neutrons, particule découverte en 1932, en cherchant à identifier ses produits de dégradation. Un jeune chimiste, Fritz Strassmann, se joint à eux. Mais la montée du nazisme oblige Lise Meitner à quitter l’Allemagne pour la Suède, où elle poursuit ses recherches en contact secret avec Berlin. En 1938, l’équipe découvre qu’en bombardant de l’uranium 235 avec des neutrons celui-ci éclate en éléments plus petits. C’est la découverte de la fission nucléaire induite. En 1944, le prix Nobel est accordé à Hahn seul, sans mention de Meitner. Hahn ne fera rien pour associer sa collègue à son prix et celle-ci ne se plaindra jamais. Après avoir refusé de travailler sur la bombe atomique pendant la guerre, Lise Meitner reste en Suède jusqu’en
1960, puis termine sa vie en Angleterre. En 1966, le prix américain Enrico Fermi, attribué à
toute l’équipe, corrigera quelque peu l’erreur du Nobel.

Irène Joliot-Curie (1897-1956), physicienne. Fille aînée de Pierre et Marie Curie, elle fait une licence en physique tout en travaillant comme infirmière radiologiste pendant la première guerre mondiale. Assistante à l’Institut du radium, elle soutient une thèse sur le rayonnement alpha du polonium en 1925, puis commence à travailler avec Frédéric Joliot. D’abord, ils étudient un rayonnement pénétrant qui aboutira à la découverte des neutrons par James
Chadwick. En 1934, l’Académie des Sciences publie leur travail sur la radioactivité artificielle, terme qu’ils refusent. En 1935, ils reçoivent le prix Nobel de chimie pour la synthèse de nouveaux éléments radioactifs inconnus sur la terre. En 1936, Irène fait brièvement partie du gouvernement d’unité populaire, comme sous-secrétaire d’Etat à la recherche scientifique. En 1937, elle devient professeur à la Sorbonne. Juste avant la guerre l’équipe du Collège de France dirigée par Joliot découvre la fission nucléaire. Avec la découverte de la possibilité de réaction en chaîne s’ouvre celle de l’utilisation de l’énergie
atomique. Mais la suite de ces recherches se dérouleront hors de France. Alertés par Einstein, les Américains utiliseront l’énergie atomique à des fins militaires. Après la guerre, Joliot convaincra le général de Gaulle de l’intérêt de l’utilisation civile de l’atome. Le Commissariat à l’énergie atomique sera fondé en 1945 et Irène fera partie de son comité. Elle poursuit ses recherches à l’Institut du radium et meurt jeune d’une leucémie causée par ses activités scientifiques.

Stéphanie Kwolek (1923), chimiste. Née en Pennsylvanie, elle hésite dès l’enfance entre des
études de sciences et de médecine. Après avoir étudié la chimie, elle entre comme chercheuse au laboratoire textile de Dupont de Nemours. Son travail la passionne tellement qu’elle décide de rester chimiste. Spécialisée dans la recherche sur les fibres résistantes, elle invente en 1965 une fibre dont la résistance et la rigidité sont exceptionnelles : le Kevlar. Il faudra dix ans pour que la substance passe du laboratoire à la mise sur le marché. Son invention a été attribuée à tort à un homme, signe qu’on ne pouvait imaginer à l’époque qu’une femme fasse une découverte scientifique importante…