L'arrivée à la Maison-Blanche du premier président noir a provoqué une vague de réactions racistes à travers tout le pays.

Trois semaines après avoir été sauvagement battu par des jeunes, Ali Kamara, vit dans la peur d'une nouvelle attaque. Le soir de l'élection, le jeune, originaire du Liberia, revenait de chez un ami, lorsque quatre hommes d'à peine 20 ans, l'ont tabassé à coups de batte de baseball sur la tête, le corps et les jambes, en criant «Obama». Deux d'entre eux ont été déferrés devant un tribunal et accusés de crime à connotation raciale, mais les deux autres courent toujours et Ali craint qu'ils ne cherchent à venger leurs copains. «Je sais qu'ils sont dans le coin et cela ne me rassure pas», confie l'adolescent de 17 ans, en montrant les blessures sur son crâne.
Ali, qui estime avoir échappé à la mort par miracle, préfère désormais rester dans son quartier à écouter du rap avec ses copains au pied de son immeuble plutôt que de s'aventurer trop loin. Pour lui, il ne fait aucun doute qu'il a été attaqué à cause de la couleur de sa peau.

«Des jeunes qui n'ont rien dans la tête»

Mais quand son beau-père parle de l'attaque, celui-ci préfère ne pas employer le terme de racisme de peur de provoquer la colère de la communauté noire, déjà remontée à bloc dans le quartier. «Ce sont des jeunes qui n'ont rien dans la tête, résume Ismaël Ladepo, en parlant des assaillants d'Ali. Ce qu'il faut retenir, c'est que l'Amérique, qui est en grande majorité blanche a élu un président noir, et ça, c'est un grand pas en avant», insiste-t-il.

Beaucoup de Noirs à Staten Island parlent pourtant ouvertement de racisme latent dans ce borough qui se distingue autant politiquement qu'ethniquement du reste de la ville de New York. Dans un océan démocrate, Staten Island est le seul à avoir voté McCain le 4 novembre.
Le quartier est composé à 77 % de Blancs, généralement des cols bleus issus de l'immigration allemande et italienne, avec des valeurs plutôt conservatrices. Par comparaison New York City est à 35 % blanche (27 % hispanique, 25 % noire, 12 % asiatique). Pour Mo Wilson, cela explique beaucoup de choses. C'est devant le salon de ce barbier sur Bay Street que les assaillants d'Ali ont commencé leur tournée des quartiers noirs en proférant des injures racistes. «Il y a des quartiers à Staten Island où t'es pas le bienvenu si tu es noir, il y a encore beaucoup de ségrégation ici.»

«Retourne en Afrique»

À part un autre cas d'attaque violente, qui a coûté la vie à un homme d'origine équatorienne, les centaines d'autres attaques à connotation raciale répertoriées depuis le 4 novembre sont généralement verbales ou écrites, d'après le Southern Poverty Law Center, spécialisé dans les crimes raciaux.

En Caroline du Nord, des étudiants ont écrit dans un tunnel «il faut tirer une balle dans la tête de ce négro», à Los Angeles, le message «Retourne en Afrique» a été peint sur des voitures et des maisons. Des jeunes ont chanté «Assassine Obama» dans un bus dans l'Idaho, et dans le Maine, un commerçant a même proposé de parier un dollar sur la date de l'assassinat d'Obama.

Le Figaro