Centre de transmission du savoir

Située au cœur de l’espace méditerranéen, Béjaïa est la ville à partir de laquelle les chiffres arabes ont été popularisés en Europe. Elle renferme de nombreux sites naturels et vestiges historiques, qui témoignent encore aujourd’hui des fastes de sa longue histoire.

L’exposition “Béjaïa, centre de transmission du savoir” produite par le ministre de la Culture (Centre national de la recherche préhistorique anthropologique et historique) dans le cadre de la manifestation “Alger, capitale de la culture arabe, 2007”, célèbre la transmission et la diffusion du savoir à partir de cette cité et de sa région dont le Prince El Nacir fit en 1067 - 1068 la grande capitale qui rayonna sur la Méditerranée.

Depuis la Préhistoire jusqu’au 19e siècle le rôle essentiel de la cité et de sa région dans le développement des connaissances scientifiques à travers la Méditerranée est mis en évidence dans cette exposition à travers vingt-huit histoires extraordinaires.

En plus des différents supports (murs d’image), l’exposition comprend des films documentaires et des présentations de différents objets (manuscrits, monnaies, céramiques…)

Les figurines zoomorphes en terre cuite

L’occupation préhistorique de la région de Béjaïa est remarquable par les nombreux sites et gisements ibéromurusiens (de 20 000 à 10 000 ans), la découverte d’objets d’arts figuratifs, notamment les figurines zoomorphes en terre cuite dans l’abri sous roche d’Afalou, pose la question de l’origine et de l’ancienneté de l’apparition de l’art figuratif dans cette région du monde.

Les figurine d’Afalou (Melbou, Béjaïa) ont été datées entre 18 000 et 10 000 ans et comptent parmi les plus anciennes manifestations artistiques du monde.

Centre d’enseignement supérieur

La ville de Béjaïa était un centre d’enseignement supérieur : on y venait pour compléter sa formation au même titre qu’au Caire, à Tunis ou à Tlemcen. Plusieurs centaines d’étudiants (dont beaucoup d’Européens) se pressaient dans les écoles et les mosquées où enseignaient théologiens, juristes, philosophes et savants parmi les plus réputés du monde musulman.

Le milieu scientifique de Béjaïa

Plusieurs témoignages font état d’une intense circulation des savants de Béjaïa sur le pourtour méditerranéen, en particulier dans les républiques chrétiennes et même dans les territoires conquis par les chrétiens (Sicile-Espagne). Cette partie de l’exposition est consacrée à la présentation de la contribution d’une quinzaine de personnalités scientifiques prestigieuses, versées dans des disciplines diverses.

Léonardo Fibonacci et la popularisation des chiffres arabes en Europe

Le célèbre mathématicien Italien Léonardo Fibonacci (1170 - 1240) est considéré comme étant le premier grand mathématicien de l’Occident chrétien. Il dit lui-même qu’il a étudié le système de numération, les méthodes de calculs et les techniques commerciales auprès d’un maître admirable. Cet événement permettra le début d’une ère nouvelle en Occident. En effet, l’activité créative dans le domaine des mathématiques va renaître, grâce à l’initiation des savants italiens aux méthodes de calcul des pays de l’Islam.

Les noms berbères des plantes du botaniste Ibn-Al-Baytar

Ibn-Al-Baytar est le plus grand botaniste du monde musulman. Natif de Malaga (Andalousie), il émigra en Orient vers 1200 après avoir traversé l’Afrique du Nord (et notamment après avoir identifié des plantes dans la région de Béjaïa). Dans son traité Al-Jami, Ibn-Al-Baytar décrit en détail la plante “Al-Aatiriylaal”, qui signifie en berbère “l’homme volant”.

Il précise qu’elle était utilisée avec succès par Béni Wadjhan, aux environs de Béjaïa, pour se soigner du “vitiligo” (dépigmentation par plaques de la peau). Lucien Leclere assure qu’il s’agit de la “Ptychotis verticillata” de la famille des Ombellifères.

Certains nomment cette plante “Ammoides vertillata”. La présence de cette dernière en Algérie a été confirmée en 1962 (CF. le livre Nouvelle flore de l’Algérie et des régions désertiques méridionales de P. Quezel. Toujours dans Al-Jami, Ibn-Al-Baytar cité une autre plante (déjà mentionnée par son maître Ibn Rhumi - qui a également travaillé à Béjaïa — Al-Arjenca, cette plante était connue chez les teinturiers sous le nom de Al-Arjiyqm. Il précise qu’elle était importée de Béjaïa.

Les Tables astronomiques d’Ibn Raggam

C’est vers 1266 que le célèbre astronome Ibn-Raggam quitte son Andalousie natale pour se rendre à Béjaïa et s’y initier à l’astronomie. Il y revient vers 1280 et y composa son célèbre ouvrage Al-Zij-Al Kamil (La table complète).

Ce dernier comprend trois parties : La première est un abrégé du traité Al-Zij-Al Kamil Fi-Al-Taanim d’Ibn El Haim (composé vers 1205 - 1206). La deuxième partie est une propre production d’Ibn Raggam.

Quant à la troisième, elle est consacrée aux tables astronomiques (Zij) permettant de prédire différents évènements célestes (les éclipses, le passage des planètes…). Il serait intéressant par la suite de vérifier si ces tables conviennent vraiment à Béjaïa.

Une copie de Al-Zij-Al- Kamil est répertoriée sous le numéro 249 au musée Al-Kindili (Istambul).

C’est à travers cette multitude d’histoires et de témoignages rupestres, se trouvant actuellement au musée de Bordj-Moussa, que Béjaïa illustre son glorieux passé aussi éclectique que brillant.

Notre interlocuteur qui n’est autre que le commissaire de cette splendide exposition, Djamil Aïssani, nous précise que tous ces arts voyageront de Béjaïa pour atterrir respectivement à M’sila, Sétif, Constantine et Tlemcen, comme pour dire que ce leg, si précieux, doit se partager pour raconter aux enfants de chacune de ces villes leur rôle respectif que l’histoire aura retenu et conservé comme patrimoine international de l’humanité.

Radia K
in depeche de kabylie