Les talibans afghans démentent avoir annoncé la disparition de leur chef.

Jamais en retard d'une mode, les talibans… En plein scandale des écoutes téléphoniques en Grande-Bretagne, ils affirment avoir eux-mêmes été victimes de piratage. Des «hackers» auraient réussi à infiltrer les téléphones portables et les messageries électroniques de leurs porte-parole, ainsi qu'un de leurs sites Internet. Résultat, tôt mercredi matin, plusieurs médias ont reçu des textos et des courriels signés des insurgés, annonçant la mort du mollah Omar, le chef spirituel des talibans. Devenu le leader politique des rebelles, l'homme, qui a trouvé refuge à Quetta, au Pakistan, figure en haut de la liste des terroristes les plus recherchés de la planète. Sa tête a été mise à prix 10 millions de dollars.

«Le commandement de l'Émirat islamique d'Afghanistan (EIA) annonce qu'Amir-ul-Mumineen («le commandeur des croyants») est décédé. Que Dieu Tout-Puissant le bénisse», affirmait un message. Dans un long courriel, l'EIA donnait même le nom de son successeur, un certain Gul Agha, ancien chef de la commission financière des talibans.

La stupéfiante nouvelle a été étouffée dans l'œuf. Contactés dans les minutes qui ont suivi, Qari Yousuf Ahmadi et Zabihullah Mujahid, les deux porte-parole supposés avoir envoyé les messages, ont démenti la mort de leur leader et accusé les Occidentaux de cette «grossière contrefaçon». «C'est l'œuvre des services secrets américains, et nous nous vengerons des opérateurs téléphoniques», a lancé Zabihullah Muhajid. Qari Yousuf Ahmadi indiquant pour sa part: «C'est un faux message, les Occidentaux ont piraté nos téléphones et ont envoyé ce message depuis nos numéros à tout le monde. C'est faux, il (le mollah Omar) n'est pas mort, il est vivant.» Rien n'est moins sûr.
«Cyberguerre»

En mai dernier, la chaîne de télévision privée afghane Tolo avait annoncé que le mollah Omar avait été tué par des agents de l'ISI, les services secrets pakistanais, alors qu'il se rendait de Quetta, au Baloutchistan, dans la Zone tribale du Waziristan du Nord. Le porte-parole des services secrets afghans, le National Directorate of Security (NDS), avait alors prudemment indiqué que si le mollah Omar avait bien quitté son repaire de Quetta, il était impossible de confirmer sa mort.

«La guerre en Afghanistan est entrée dans le cyberespace», ironisait mercredi l'agence de presse Reuters. Soulignant que les talibans ont toujours eu une relation ambiguë avec les technologies de l'information. Sous leur férule, de 1996 à 2001, la télévision était interdite. Eux-mêmes n'ont guère utilisé les médias, à l'époque, pour faire passer leur message, ni auprès des Afghans ni auprès du reste du monde.

En avaient-ils besoin? Non, répond l'analyste pakistanais Ahmed Rashid, mais «ils ont vite appris que la guerre contre les Américains devait être menée sur plusieurs fronts». On a vu alors fleurir les messages de propagande, les revendications d'attentats aux bilans souvent exagérés, etc. Dans le même temps, les talibans continuent souvent de restreindre l'accès au téléphone portable à la population dans les régions qu'ils contrôlent, de crainte que les gens puissent communiquer avec ceux qu'ils appellent l'«ennemi».