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Discussion: M'hadjya !

Vue hybride

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  1. #1
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
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    Par défaut M'hadjya !

    la fille du roi Bagui

    II était une fois une princesse nommée Sébahi, si belle que tous les jeunes gens du monde désiraient l'épouser. Mais elle refusait toutes les demandes de fiançailles, en disant :
    - " Celui qui sera mon époux n'est point parmi vous. "
    Un jour pourtant, un diable de brousse alla consulter un marabout et lui demanda quel moyen utiliser pour gagner le cœur de Sébahi.
    - " Cher génie, je vous prie de m'indiquer comment conquérir la fille du Roi, la princesse Sébahi.
    - "J'accepte de te le dire, répondit le génie qui avait l'apparence d'une chenille. Le diable était à ce moment-là, la bête la plus laide que l'on puisse imaginer. Il réclama tout d'abord la beauté.
    - " Si tu vas demander au singe de brousse, ses cheveux blonds, dit le génie ; si tu remplaces tes dents par des champignons choisis parmi les plus blancs, car tes dents de diable ressemblent à celles des éléphants et tout le monde a peur de toi ; si tu prends les pieds d'une taupe, les yeux d'une musaraigne, la belle figure d'une girafe ; si tu fais tous ces emprunts, tu seras beau."

    Le Guinarou remercia la chenille, et alla chercher tout cela. Il devint alors très agréable à regarder et le sut. Aussi se mit-il sans retard en route pour aller présenter sa candidature à la jeune fille. Lorsqu'il arriva à son village, il s'était transformé en un homme très important.

    Sébahi aima de tout son cœur ce Guinarou qui venait solliciter sa main. Elle dit : - " Celui-ci sera mon mari pour l'éternité. Alors la petite sœur de la princesse qui était sa gardienne, fut prévenue par la mouche tsé-tsé sa protectrice et intervint
    :- " Ah ma sœur ! ce n'est pas un homme que tu vas épouser. C'est un habitant de la brousse. Sébahi répondit
    : - "Vas-t'en, tu m'ennuies. La petite sœur se mit à pleurer sur le malheur de Sébahi qui ne connaissait pas son destin.
    Zédé fiança la fille. Il passa une belle nuit avec elle et au lever du jour les parents leur apportèrent à manger, ignorant qu'un diable avait emprunté aux habitants de la brousse, toutes les parties de son corps pour séduire leur fille. Lorsqu'ils furent rassasiés, Sébahi fut autorisée à partir avec lui.
    Sa jeune sœur lui dit alors
    : - " Va dans la case où dorment les chevaux de ton père. Prends le plus petit que tu trouveras et monte-le pour accompagner ton fiancé. Comme ça, il ne t'arrivera rien de mal.
    - " Comment oses-tu me parler ainsi, à moi la princesse ? la reine du monde ? Il ne peut rien m'arriver de mal. C'est impossible. La petite ne put s'empêcher de pleurer : " Sébahi va mourir. Elle ne connaît pas son avenir, elle ignore le malheur qui va la frapper. " Elle pleurait interminablement. Pour arrêter ces larmes, Sébahi alla chercher le petit cheval de son père, accepta des mains de sa sœur un œuf de poule, une pierre blanche et un brin de raphia. Puis elle partit avec son fiancé.
    Lorsqu'ils eurent parcouru une longue distance, ils trouvèrent devant eux à un détour de la piste, le champignon qui avait prêté ses dents au Guinarou. Il parla :
    - " Ah ! bonne arrivée cher ami. Je suis heureux de te voir car les dents que tu m'as données en échange des miennes m'ont empêché de manger. Je ne puis dormir, car depuis ton départ, la faim me tenaille. Sébahi entendant ces mots, se souvint de la mise en garde Je sa sœur et se demanda si ce qu'elle voyait était vrai.
    - " Je ne vais pas plus loin, je retourne chez mes parents, dit-elle au diable.
    - " Non, c'est impossible car tu commences à voir mon personnage. Continuons tu seras ma femme, répondit le Guinarou.La jeune fille ne pouvait s'échapper car la distance était déjà trop longue. En suivant le Guinarou, elle hochait la tête de désespoir : " Vraiment, je suis dans le malheur et le chagrin... "
    Plus loin ils rencontrèrent sur la piste, la taupe qui les attendait.
    - " Ah ! bonjour cher ami. Les longs pieds que tu m'as laissés en échange des miens m'empêchent de marcher. Avec eux je ne puis couper les petits roseaux que j'aime tant grignoter. Te voici arrivé à point. Prends tes pieds et rends-moi les miens. Et le diable rechaussa ses grands pieds. Sébahi était très inquiète.
    Ils reprirent le chemin et arrivèrent au village de la musaraigne.
    - " Ah ! dit celle-ci, bonne arrivée mon ami. Avec les gros yeux que tu m'as donnés en échange des miens, je ferme très difficilement les paupières et je vois les objets tout drôlement aujourd'hui. Puisque tu es là, reprends tes yeux et rends-moi les miens. Et le Guinarou lui rendit ses yeux. La femme suivant son mari qui ressemblait de plus en plus au diable, chemina jusqu'au village de celui-ci. Ils se marièrent et reprirent leur route.
    Guinarou marchait à pieds et Sébahi suivait, montée sur son petit cheval. Ils parvinrent ainsi au village du singe blond.
    - " Ah ! tu as épousé la fille du Roi, la princesse ? C'est très bien. Merci mon ami. Tu es brave. Mais les cheveux que tu m'as laissés en échange des miens appesantissent ma tête et l'empêchent de bouger quand j'ai envie. Rends-moi ceux qui me reviennent et prends les tiens. Et la fille le cœur battant continua son chemin.
    Le diable devenait de plus en plus laid. Il était si horrible qu'aucun être humain ne pouvait le regarder. Et Sébahi qui avait refusé d'épouser un homme dont la beauté n'égalât pas la sienne, eut peur. Elle courba la tête et pensa à la mort. Il ne restait à présent au diable plus que son visage de girafe à restituer. En son cœur, la fille se dit :
    - "Bien qu'on lui ait enlevé ses dents, ses pieds, ses yeux, ses cheveux, je peux encore si je le désire contempler son visage. L'un suivant l'autre, ils parvinrent à la grande savane abritant derrière se" buissons, le village des girafes.
    - - " Bon, dit le Guinarou à Sébahi, attends-moi ici sans bouger. Je m'en vais uriner derrière le buisson que tu vois. Et il s'éloigna. Il rencontra la girafe qui lui demanda de lui rendre son beau visage et lui, retrouva sa vilaine gueule, sa bouche affreuse crachant, le feu. Ayant ainsi repris complètement son apparence de diable, il rejoignit sa femme, Sébahi la jeune fille.
    Lorsque le petit cheval aperçut sa bouche fumante, il eut très peur et hennit très fort. Il se cabra, fit volte-face et emporta la jeune fille au triple galop. Derrière eux, le diable prit sa course et la poursuite commença. Le cheval courait si fort qu'il se trompa de route et s'engagea sur la piste conduisant au village où les femmes ne vont jamais. Le diable s'aperçut de l'erreur, mais Sébahi jeta l'œuf de poule et une mer immense barra le chemin au Guinarou. Arrivant sur le rivage, celui-ci dit
    : - " Toi la mer, si ce n'est pas là la manière de ma première épouse, ne me laisse pas le passage pour que je la rejoigne. Il donna un coup de lance et comme elles étaient l'oeuvre de Sébahi, les eaux se fendirent, ménageant un étroit couloir. Le diable s'y précipita et reprit sa poursuite.
    Il courut si vite qu'il fut bientôt près de Sébahi. Alors elle jeta la brindille de natte et une forêt dense, si dense qu'aucun mari ne pouvait y passer, qu'une aiguille n'y trouverait pas son chemin, surgit entre eux. Et le diable répéta sa prière :
    - " Si cette forêt n'est pas l'œuvre de la main de ma première épouse, qu'elle ne me laisse pas le passage. Mais si c'est son ouvrage, ouvre-moi mon chemin. Il tira une flèche et une route toute droite s'ouvrit, sur laquelle il s'élança. Et la poursuite continua.
    Le diable courait. Il se rapprochait. Pour la troisième fois, il était près de Sébahi. Bientôt, il pourrait la saisir. Alors elle jeta la pierre blanche et une grande montagne se dressa, très haute, énorme, rocheuse, colossale. Le Guinarou se mit à genoux :
    - " Si cette montagne n'est pas l'œuvre de la main de ma première épouse Sébahi, qu'elle ne me laisse pas le passage. Mais si c'est le fait de ma simple femme, délivre-moi de cet obstacle, afin que je puisse passer.
    - Quand il donna de la lance contre le roc, son arme se brisa en deux.
    - - "Bon, dit le diable en regardant sa lance, Sébahi, je sais que tu vas dans le village où les femmes ne peuvent pénétrer.
    Élevant sa voix formidable, il appela ses camarades démons à la rescousse, pour qu'avec lui, ils attendent la jeune fille sur la montagne et la tuent, lorsqu'elle se trouvera dans l'obligation de revenir sur ses pas. Toujours galopant, le cheval tourna sa tête et approchant ses naseaux de l'oreille de Sébahi, lui dit
    : - " Nous voyons les cases du village où les femmes ne vont pas. Ici, sur mon épaule gauche, arrache un poil afin qu'il te serve de pantalon. La jeune fille enleva le poil et celui-ci devint un pantalon qu'elle enfila.
    Le cheval parla encore
    : - " ... de l'autre côté, sur mon épaule droite, arrache un second poil pour qu'il te serve de boubou. Elle obéit et s'enveloppa d'un ample boubou.
    - "... regarde sur mon cou, ajouta l'animal. Prends un autre poil et qu'il te serve de chéchia. Et Sébahi se coiffa d'une chéchia.
    - - " Bon, dit le petit cheval en la regardant, c'est bien. Maintenant tourne-toi vers le bout de ma queue, tire un crin et que cela te serve d'épée. Porte-la suspendue à ton cou. Et la jeune fille fit ce que le cheval commandait.
    - - " ... prends ici au coin de ma paupière gauche, un cil, et fais-t'en une paire de babouches. Quand tout ceci fut fait, la jeune fille avait pris l'apparence d'un homme.
    Elle s'approcha du village interdit, y pénétra, demanda à voir le chef en se présentant comme le Roi d'un autre pays, venant faire une visite de voisinage. Le chef la reçut courtoisement. Mais une vieille sorcière, de celles qui prévoient la gâti de toutes choses, qui disent ce qui est bien, mauvais, mérité, ce qui n'est pas dû, soupçonna une fraude en voyant Sébahi et déclara :
    - " Je m'en vais faire l'épreuve des kolas. Elle fendit en deux une kola blanche envoyée par le chef.
    - " ... lorsque je les aurai lancés, si les deux morceaux de noix retombent la face en l'air, c'est que le visiteur est garçon. Si l'une seule des faces est tournée vers le sol, c'est que nous avons affaire à une femme. L'épreuve devait avoir lieu devant le chef, mais il l'interdit au dernier moment et ses hommes l'approuvèrent.
    - " Non. Ce que vous soupçonnez est faux. Cette épreuve ne nous donnera pas la vérité. L'étranger est un garçon. Mais si vous voulez que nous nous en assurions demain à l'aube, tous les jeunes hommes du village partiront aux champs et en rapporteront vingt gourdes de vin de palme très fort et dix de vin de palme sucré. Ils faisaient tous ces projets à l'insu de Sébahi qui était allée dormir dans une case.
    - - " Lorsqu'on va lui présenter le vin, disaient-ils, si c'est une femme elle ne pourra pas boire le vin fort. Elle ne goûtera qu'au vin sucré. Elle révélera alors son sexe et nous la tuerons. Si au contraire, c'est un homme, il choisira le vin fort et nous le laisserons aller.
    Ainsi parlaient le chef et ses hommes. Mais le cheval veillait. Resté à côté de la case, il avait tout entendu.
    - - " Demain, dit-il à la jeune fille, on t'offrira du vin. Ne touche pas aux dix gourdes qui seront mises à part. Sers-toi de celui des vingt autres qui se trouveront à côté. Au matin, le chef du village fit apporter les trente gourdes. Il groupa les dix de vin sucré, les vingt de vin fermenté et les présenta à Sébahi. Elle tendit la main, saisit une gourde de vin sucré, la porta à ses lèvres :
    - - " Oh ! on dirait de la limonade s'écria-t-elle. Ce n'est pas bon. C'est une boisson de femme, je n'en veux pas. S'emparant d'une gourde de vin fermenté, elle le goûta.
    - " Voilà ce que je préfère boire ! Le cheval l'avait prévenue. " Ce que tu boiras, avait-il dit, c'est moi qui l'urinerai. Donc bois autant que tu pourras. "
    Sébahi but ainsi les vingt gourdes de vin fermenté. Le chef et ses hommes dirent alors à la sorcière
    - : - " Regarde, elle a bu les vingt gourdes de vin fort. Voilà la preuve qu'il s'agit d'un homme. Tu nous as trompés et nous te tuerons à sa place. Ils exécutèrent leur menace. Lorsque la jeune fille fut prête à partir, elle monta sur son cheval, fit ses adieux au chef, aux hommes qui reçurent l'ordre d'accompagner l'étranger jusqu'au prochain carrefour. Arrivée là, la princesse renouvela son salut. Une fois loin d'eux, elle cria :
    - "A vous qui dites que les femmes ne pénètrent jamais dans votre village, je dis que moi, Sébahi, fille de Roi, j'y suis entrée et qu'à cause de moi vous avez tué votre vieille. Aujourd'hui je connais votre manière de vivre.
    Et elle s'élança au grand galop de son cheval. Le chef et ses hommes prirent leurs montures, s'armèrent de lances, de flèches et se mirent à sa poursuite. Le petit cheval courait, courait devant. En arrivant au pied de la montagne formée par la pierre polie, il prit son élan et la franchit d'un bond. Il retomba sur le sol devant le Guinarou et ses hommes tous surpris. Avant qu'ils aient pu reprendre leurs esprits, il était déjà loin et derrière lui courait le diable et son train.
    Après un long galop, il atteignit le village du père de Sébahi. Là, les parents et la sœur, le cœur inquiet se désolaient. Ils se réjouirent tous grandement en la retrouvant. Revoyant son village, la jeune fille rassembla les habitants et leur parla ainsi :
    - " Les conseils des parents et des petits enfants peuvent sauver la vie d'un homme. L'histoire est à présent terminée. Lorsque votre petite sœur ou votre petit frère vous donnera un conseil, ne dites pas
    : " Comment toi si petit, tu veux me commander ? ". "

    Source : Dynamique de la société ouobé, Girard J., IFAN 1967

  2. #2
    Membre F.A.M. Avatar de au_gré_du_vent
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    salam Dahamne,
    je l'ai lu jusqu'au bout et d'un trait!
    merci! Cela m'a rappelé ma tendre nefance
    Le hasard, c'est peut-être le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer

    Théophile Gautier

  3. #3
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    dahmane,merci
    ma mère me racontait plein d'histoires et c'etait génial !
    J'aime les paysans ,ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers

  4. #4
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    Saha ftourkoum Gré, terre

    C’était le beau vieux temps, loin des chaînes diaboliques ! Malheureusement on se parle plus, pire encore on s’écoutent plus…

  5. #5
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    saha ftourek dahmane
    maintenant on parle à des inconnus à travers un écran !
    J'aime les paysans ,ils ne sont pas assez savants pour raisonner de travers

  6. #6
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    saha ftourek dahmane
    maintenant on parle à des inconnus à travers un écran !
    Je continue à espérer la création par des algériens d’une association « SOS Algérie » basée à l’étranger ! pour que toutes les petites Imane aillent bien et pour qu’elles ne soient pas un simple fait divers…

  7. #7
    Membre F.A.M.
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    saha ftourek dahmane
    maintenant on parle à des inconnus à travers un écran !
    salam à tous
    les nouvelles technologies , ont redimensionner nos rapports aux autre .et ce qui est interessant c'est ce nouveau rapport à l'inconnu . qui subitement ne l'est plus .via le net nous tissons de nouveaux liens jusque là inexistants, je trouve cela formidable lorsque cette connection est mise au service de l'utile et l'interêt general.et c'est desormais une force lorsqu'elle est planetaire
    peu importe qui tu es seul compte ce que tu fais...

  8. #8
    Membre F.A.M. Avatar de yasmi
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    Je connaissais l'histoire, ne dit on pas que le paradis se trouve sous les pieds de nos mamans.
    Merci pour le partage.
    NOT IN MY NAME.

  9. #9
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    Par défaut Les contes populaires

    إذا مرت الأيام و لم تروني ، فأنا بينكم فتذكروني
    و إذا غبت عنكم و طال غيابي
    فاعلموا أني بحاجة للدعاء فادعوا لي

  10. #10
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
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    Par défaut La perle rare

    Il était une fois, tout là- bas, entre les montagnes de l’Atlas et l’immense Sahara, une ravissante oasis appelée le royaume de Tafaska, c’est à dire le « don de Dieu », car il y faisait tellement bon vivre dans les villages et les sept cités, où les habitants étaient comblés de richesses et de paix.
    Amuqran, un roi bienveillant mais très âgé régnait depuis très longtemps déjà sur ce petit royaume de verdure, perdu dans les sables et l’aridité qui l’environnaient. Rien ne lui faisait tant plaisir que le bonheur de sa famille et de ses sujets, aussi croyait – il toujours leur faire du bien en les honorant de cadeaux fastueux, en érigeant des temples et des monuments splendides, pour être estimé des siens, étendre sa renommée bien au-delà de ses frontières et ainsi rivaliser de faste et de grandeur avec les pays voisins, qui étaient bien plus grands et plus puissants que le sien. Jamais il ne lésinait sur les dépenses et si ce n’était la reine, une femme douée de sagesse et de bonté, le petit royaume aurait été ruiné depuis bien longtemps, endetté et annexé par ses voisins qui le convoitaient.
    Un beau jour, profitant d’une promenade en compagnie de son fils Amray, il lui confia en contemplant des oiseaux construire leur nid :
    _ Amray, te voilà devenu un homme, maintenant, et je suis las du pouvoir et très âgé. Bientôt je partirai rejoindre nos ancêtres et tu es appelé à me succéder. Je sais que tu es valeureux, intelligent et que tu seras un grand roi. Mais il me manque, pour savourer mes derniers jours, de voir mes petits-enfants ; ainsi je considère qu’il est temps pour toi de te marier. Qu’en penses- tu ? »
    Le jeune homme, qui vénérait son père plus que tout et avait horreur de le contrarier lui répondit tout simplement :
    _ Père, qu’il en soit fait selon ton désir. »
    Le roi, réjoui de l’obéissance de son fils convoqua le soir même ses plus proches conseillers et il leur parla ainsi :
    _ Voilà, comme il est d’usage chez nous, un roi qui accède au trône doit être marié. Désirant préparer ma succession dans la sérénité je veux marier Amray mon héritier au printemps prochain. Je vous charge donc d’une mission spéciale, vous qui connaissez si bien notre pays et nos voisins, de lui trouver la jeune fille la plus sublime qui soit. Veuillez donc vous mettre à la recherche de cette Perle rare dès maintenant, c’est un ordre ! »
    Et aussitôt ses serviteurs partirent partout dans le royaume de Tafaska et bien au- delà, en quête d’une fiancée pour Amray. Au bout d’un mois d’investigations chaque responsable de région revint au palais avec les plus belles filles qui soient dignes d’un grand prince. En tout elles étaient quarante, toutes désireuses de gagner les faveurs du jeune homme, aussi le choix de l’élue s’avéra fort difficile, car elles étaient très belles. Une journée entière fut consacrée à cette sélection. On fit attendre les belles dans une cour ombragée attenante à la salle de réception et un chambellan, sur un geste de la main du roi devait les faire entrer les unes après les autres.
    _ Mon fils, celles que tu auras choisies, tu leur donneras l’un des dix foulards rouges ; aux autres tu donneras les foulards bleus, pour qu’on puisse les récompenser de leur venue et les consoler de ne pas avoir été choisies. »
    Malgré les protestations de la reine qui trouvait cette façon de procéder ridicule, humiliante pour les filles et bien étrange, il en fut ainsi : sur un geste du roi, confortablement assis sur un trône surélevé, entouré de ses proches et de ses conseillers, le chambellan appelait les jeunes filles que l’on faisait entrer dans leurs plus beaux atours, elles marchaient avec grâce, en souriant devant l’assemblée qui les regardait et on entendait des « oh ! » et des « ah ! » remplis d’admiration. Puis l’on observait le prince qui prenait un foulard dans une corbeille comme son père lui avait dit de faire, le mettait sur les épaules de la jeune fille choisie, qu’une servante accompagnait ensuite soit vers la porte de droite, soit vers celle de gauche, selon la couleur qu’elle obtenait.
    Cette cérémonie se poursuivit ainsi jusqu’à la fin de l’après-midi ; alors il y eut une fête, un grand repas où tous les convives étaient réunis autour des tables garnies de mets les plus succulents ; en attendant les résultats ils conversaient des qualités et des défauts des candidates, pendant que les musiciens et les danseurs animaient la soirée. Autour d’une table isolée le vieux roi était assis sur des coussins moelleux, fort amusé par l’originalité de l’événement et impatient comme un enfant de connaître l’issue de la sélection. Il était entouré de sa femme qui ne semblait pas du tout convaincue par ce procédé, de son fils qui avait l’air de s’ennuyer et de quelques-uns de ses plus proches ministres.
    _ Oh ! Amray ! Elles sont plus ravissantes et plus parfaites les unes que les autres, et je dois reconnaître que tu as bon goût ! Il te sera bien difficile de n’en choisir qu’une seule, comme le veut la tradition ! »
    _ Comme si une épouse ne peut se réduire qu’à son apparence physique ! Mon pauvre ami, on ne choisit pas la femme de sa vie comme on achèterait un beau meuble ou un joli vêtement ! Je dois te dire que tu ne fais pas preuve de beaucoup de sagesse… » Lui fit remarquer sa femme.
    _ Mais moi je te dis que la future épouse d’un prince doit être la plus belle femme du royaume, une merveille de perfection qui ferait chavirer les cœurs et rendre jaloux les autres monarques ! Et puis c’est moi le roi et je ne désire que le meilleur pour mon fils. »
    Pendant qu’ils se chamaillaient le prince avait remarqué dans la salle bondée une servante qui s’affairait à servir les invités et tout en prêtant une oreille distraite à la conversation de ses parents il ne la quittait pas des yeux. Cette fille à l’apparence humble n’avait rien pour plaire, elle ne portait pas le moindre bijou ni de vêtements fastueux, pourtant il émanait d’elle un charme étrange, une ombre de mystère qu’accentuaient ses manières modestes et discrètes, comme si elle fut étrangère en ce lieu ; elle s’effaçait dans cette assemblée où tout un chacun essayait de se montrer sous son meilleur aspect, jouant le rôle qui était le sien. Et c’était justement son extrême insignifiance qui la distinguait de tout cet apparat clinquant où l’on rivalisait de beauté, de faste et d’esprit. Elle baissait la tête, toujours silencieuse, elle se tenait derrière les convives pour remplir un verre, reprendre une carafe vide, furtive et affairée comme une fourmi, elle s’éclipsait un moment puis revenait portant une corbeille de pain par ci, un plateau de fruits par là, remettait une chaise déplacée à sa place, débarrassait une table des reliefs d’un repas, invisible mais attentionnée à tout ce qui se passait.
    _ Je trouve que vous avez raison, tous les deux, la beauté, certes, a de la valeur, mais que serait- elle sans l’esprit et l’intelligence ? La beauté n’est que l’écrin mais la sagesse est la pierre précieuse qu’il contient. Si l’on ne juge que sur l’apparence de l’être on en oublie la quintessence. » Se permit de faire remarquer Akuk, l’anechad du roi, son bouffon et aède à la fois.
    _ C’est bien beau ce que tu dis là, Akuk, mais comment faire pour juger de ces jeunes filles en si peu de temps ? Une soirée n’est pas suffisante pour les éprouver. » Dit le roi excédé à son impertinent bouffon. Mais ce dernier avait son idée.
    _ En effet, on ne connaît la valeur d’une personne qu’à sa façon de réagir face aux épreuves de la vie. Comme nous n’avons pas le temps de sonder leur tempérament, je vous propose un jeu d’esprit, qui sera un divertissement supplémentaire. Je soumettrai des énigmes à nos belles et celle qui aura élucidé le plus grand nombre de mystères gagnera les faveurs de notre prince. Qu’en pensez – vous ? »
    Le roi fut étonné par cette proposition, tandis que le prince qui s’ennuyait se ranima tout à coup et sembla vivement intéressé.
    _C’est une excellente idée, Akuk ! Comme elles sont si belles les unes que les autres, éprouvons leur sagacité ! Je t’accorde la permission de procéder de la sorte. Ainsi je dirai mon dernier mot et je ferai plaisir à mes parents. ! »
    On convoqua alors les superbes demoiselles, que l’on invita à s’asseoir sur des divans au milieu de l’assemblée. Akuk le sage se présenta devant elles et leur parla ainsi : « Mes demoiselles, vous êtes assurément de cette oasis les plus belles et aucune ne peut dépasser l’autre en merveille ! Il est impossible de vous départager, car vous êtes toutes des reines de beauté ; aussi je vous propose dix énigmes, celle d’entre vous qui en résoudra le maximum aura gagné ! qu’en pensez- vous ? »
    Les jeunes filles se regardèrent les unes les autres, fort surprises, car aucune d’elles ne s’attendait à cette curieuse épreuve. De toutes façons aucune ne pouvait refuser, sinon elle aurait été éliminée, et surtout aucune d’elles ne voulait paraître manquer d’intelligence. De plus, le roi était tout frétillant de plaisir, la reine les défiait du regard et le jeune prince semblait laisser Akuk désormais maître de la cérémonie.
    _ Si vous ne dites rien cela signifie que vous êtes prêtes ! Alors je commence et je convie toute l’assistance à participer aussi en silence, car il y aura un prix pour le gagnant ! Voici donc la première devinette :
    « Je me dénude quand vient l’hiver, le vent alors hurle mes misères, aux beaux jours je m’habille de vert, et les oiseaux m’offrent leurs plus beaux airs ! Qui suis- je ? »
    Il y eut comme un brouhaha de déception parmi les convives, tant la réponse était facile et cela réconforta les candidates qui semblaient avoir trouvé la réponse si évidente. A l’aide d’un sablier le bouffon mesura le temps nécessaire pour répondre, puis il passa parmi les jeunes filles avec un t et une tablette pour noter les points obtenues par chacune d’elles. Quand elles chuchotèrent toutes leurs réponses à son oreille, afin de n’être entendues par personne d’autre que lui, il consulta un moment les résultats et parut fort satisfait :
    _ Bien ! C’est très bien ! Neuf candidates sur dix ont trouvé la bonne réponse ! » Et il y eut un rire dans le public, puis Akuk imperturbable déclara :
    Attendez donc s’il vous plaît jusqu’à la fin, alors peut- être vous rirez moins ! Je continue ; voici la deuxième énigme :
    « Plus je dévore et plus j’ai faim, avec le vent je cours sans fin, et de noir je trace mon chemin… Qui suis- je ? »
    On entendit alors un « oh ! » de surprise et certains semblaient avoir déjà trouvé la réponse, tandis que la plupart demeuraient perplexes, même le roi qui commença à trouver le jeu un peu difficile. La reine, quant à elle, restait calme et souriait et regardait les jeunes filles qui paraissaient cette fois – ci déroutées. Le bouffon attendit que le sable s’écoulât, puis il passa recueillir les réponses parmi les belles.
    _ Oh ! S’exclama t -il. Seulement quatre de nos filles ont trouvé la bonne réponse ! Allons, il ne faut pas perdre espoir et continuons. Voici la troisième question :
    « Lorsque j’apparais il se retire, et quand il s’éveille je peux partir, son vêtement est d’or, son baiser ardent, mon sourire est froid et ma robe est d’argent… Qui sommes nous ? »
    Cette fois- ci les sourires réapparurent sur les visages. Même les prétendantes au trône eurent l’air réjouies et reprirent espoir. Le juge- bouffon consulta son sablier puis récolta les réponses :
    Aha ! S’exclama t- il en regardant sa tablette. Ca progresse, ça progresse ! Ne nous arrêtons pas en si bon chemin ! Continuons ! »
    « Quand je suis plein alors je chante, quand je suis creux je me lamente, sans moi tu ne peux rien faire, et tu ne vis que pour me satisfaire ! Qui suis- je ? »
    Cette fois – ci le public parut encore amusé, il y eut des rires car la réponse semblait facile et drôle pour beaucoup. Les princesses de beauté, plus ou moins souriantes, donnèrent leurs réponses et le jeu se poursuivit. Ameray, quoique attentif aux questions du bouffon royal, jetait de temps en temps un regard sur la domestique qui écoutait les énigmes, toute aussi attentive que les autres personnes ; elle se tenait à côté de ses autres collègues serviteurs, car le chambellan leur avait donné la permission de cesser leurs tâches, sur ordre de la reine, pour participer comme tous au jeu. Akuk reprit ses questions :
    « J’aime porter plusieurs habits, on pleure quand on m’apprécie et mon odeur déplaît aussi. Qui suis- je ? »
    Visiblement, de nombreuse candidates trouvèrent la solution, elles semblaient contentes de souffler leurs réponses au juge qui souriait de plaisir. Leur joie fut de courte durée, car après avoir comptabilisé leurs points le maître du jeu déclara :
    .........................A suivre
    إذا مرت الأيام و لم تروني ، فأنا بينكم فتذكروني
    و إذا غبت عنكم و طال غيابي
    فاعلموا أني بحاجة للدعاء فادعوا لي

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