Source: Le quotidien en Algerie.: Le divorce en Algerie.


Le divorce est en train de se répandre en Algérie et l'institution familiale devient de plus en plus fragile. Les causes sont nombreuses: certaines sont économiques, d'autres sont sociales et d'autres enfin tiennent de traditions qui ne sont suivies que partiellement dans leur côté qui arrange le plus, qui dérange le plus et qui produit le plus de dégâts.


Nous allons parler de cette dernière catégorie de causes car les premières peuvent être contenues par la famille qui peut leur faire rempart si elle est bâtie sur des liens solides. Or justement le problème est là les liens conjugaux sont bâtis sur l'inégalité et la famille est boiteuse.


Les causes du divorce en Algérie sont rarement le fait de la femme mais cela arrive quelquefois. Pourquoi ne peut elle endosser la responsabilité qu'occasionnellement ? Parce que la pression qui s’exerce sur elle pour qu’elle ait un foyer est nettement plus importante que celle qui s’exerce sur l’homme et commence dès avant le mariage après les vingt ans.


La question insidieuse, est tu mariée, formulée sous toutes les intonations possibles et imaginables et avec insistance et sans la moindre gène met la majorité des jeunes femmes célibataires dans l’embarras surtout lorsqu’elles approchent ou dépassent la trentaine, voire engendre une peur maladive de vieillir célibataires, comme si le célibat était un acte prohibé.


Puis cela se tasse petit à petit pour laisser place à de la commisération feinte qui fait encore plus de mal à la jeune femme. C’est comme si le fait de ne pas s’être mariée était une tare majeure qu’il faut soigner au fer rouge.


Une fois mariée la femme subit tous les abus d’un mari éduqué sur la base de l’inégalité et d’une conception erronée du droit musulman dont il ne voit que ce qui l’arrange pour ne retenir que les droits qui lui sont conférés, sans tenir compte des obligations qui pèsent sur lui.


L’épouse en droit musulman possède un patrimoine indépendant de celui de l’époux et n’a pas légalement à pourvoir aux besoins des enfants et du ménage, sauf si elle le veut bien et le fait sans contrainte et de son plein gré. Mais la contrainte est à la base du mariage en Algérie car l’homme, voit en la maitrise du lien marital non pas un devoir de protection, d’assistance, de pourvoi à la subsistance, au logement, aux soins, à l’habillement et au confort moral et matériel de son épouse comme le stipule le droit musulman, mais il y voit un pouvoir de contrainte par la répudiation, droit qui ne lui est reconnu par le droit musulman que dans certaines circonstances extrêmes et limitées, mais dont il abuse.


De ce fait elle est obligée , lorsqu’elle à un salaire ou des revenus, de les remettre à son mari pour se retrouver, s’il décide un jour qu’elle ne lui est plus utile , sans le sou et totalement démunie. De même qu'il peut décider du jour au lendemain et sur un coup de tête et pour la punir de lui tenir tête alors qu'elle est en droit de le faire, qu'elle ne doit exercer aucune activité professionnelle alors même qu'elle a fait des études supérieures et est ingénieur, médecin ou pilote d'avion.


Et la femme se trouve sous l'épée de damoclès qui pèse sur elle, devant un choix difficile, souvent dramatique. Doit elle supporter les brimades et le despotisme d’un mari qui ne voit en elle qu’une esclave, ou se mettrait elle au ban de la société par un divorce qui serait pour elle presqu’une mort civile ? D'autant que lorsqu'elle a des enfants, le rapport de la mère à l'enfant est plus étroit, crée plus de dépendance affective et morale et la pousse vers le sacrifice de sa personne pour le bien de sa progéniture.


En effet, la aussi c’est une autre contrainte, car la femme divorcée en Algérie, non seulement soulève toutes les suspicions, généralement infondées, mais encore est reléguée au rang d’étrangère par sa propre famille qui la ressent comme un fardeau et lui reproche son divorce même si elle a tout fait pour l’éviter. C’est pourquoi le divorce pour elle est impensable même si elle subit les affres de la dégradation morale.


Il est rare de plus, surtout dans les villes, que la femme divorcée puisse un jour se remarier et fonder une famille, généralement son divorce marque la fin de sa vie affective et sexuelle. En outre tous ceux parmi les hommes qui la croisent et qui savent son état de divorcée, n’y voient qu’une proie facile qui pourrait assouvir leurs desseins bestiaux.


Cette conception tronquée du droit musulman, à l’origine d’un véritable fléau en Algérie, n’a pu être corrigée par le pouvoir, les textes préparés se heurtant au droit musulman, lequel même s’il n’est plus appliqué par la partie mâle de la population dans ce contexte, est revendiqué, brandi plutôt par elle en raison des privilèges qu’elle y trouve. Le droit musulman pose le principe du juste milieu, ni insuffisance ni excès et donc du moment qu’il est avéré sans équivoque que les époux mâles en Algérie ne respectent pas le droit musulman dont la sanction est différée car s’agissant avant tout de règles religieuses, doivent être placés devant un ensemble de règles de droit positif à même d’assurer ici bas la protection des femmes, en vue de la bonne application de l’esprit de la loi musulmane nonobstant son texte, laissé actuellement et paradoxalement à l’appréciation du mari dont on sait avec certitude qu’il n’en tient pas compte.


Lorsque les maris respecteront le droit musulman, rien n’interdira de revenir à ses textes plutôt qu’a son esprit. Mais la démagogie n’est pas de mise, le nombre de divorces par an atteint des chiffres alarmants et les enfants issus de couples en rupture ne cessent d’être de plus en plus nombreux.


Le fait de faire supporter la charge de la famille par les deux protagonistes avec des charges perceptibles judiciairement pour les deux ne serait que bénéfice pour la famille, pour les enfants et pour l'État.


Car les errements auxquels conduit le divorce sont en fin de compte supportés par la société et par conséquent par l'État. La déstabilisation pour les enfants qui commence déjà bien avant le divorce lorsqu'il y a mésentente et qui s'accentue après celui ci fait de ceux ci des délinquants dont la société aura à subir les écarts et la déviance.


Mais l'action sur le divorce devrait intervenir très tôt, dès le moment des fiançailles qui sont conçues comme un lien définitif alors qu'elles ont pour objet de permettre d'étudier le partenaire avec lequel on va passer toute une vie.


Si donc cette période probatoire des fiançailles détermine une carence sérieuse dans le rapport de complémentarité, d'affinités ou d'entente, il serait plus judicieux d'arrêter la procédure du mariage à ce niveau quels que soient les sentiments qu'on porte pour l'autre, car de toute façon ces sentiments seront appelés à disparaitre après le mariage compte tenu du fossé qui sépare les deux fiancés. Or, la plupart des femmes, sous la contrainte sociale et des traditions, préfèrent aller de l'avant vers une catastrophe assurée que de procéder à un repli qui évite une cassure inéluctable après mariage et naissance d'enfants ou une vie cauchemardesque dont les enfants malgré tout pâtiront qu'il y ait ou non divorceL'individu en Algérie, vit il pour lui ou pour la communauté ?

Jnsplu, admin du blog