Il prétend guérir de tout : cancer, sida, diabète, psoriasis, hypertension artérielle, infertilité, panne d’érection…Toutes les maladies auxquelles la science n’a pas encore trouvé de remèdes. Son secret ? Huile d’olive, plantes naturelles et miel pur. Sa méthode? Ingestion de ces produits pendant une vingtaine de jours accompagnée de versets coraniques. Lui, c’est Mohamed Al Hashimi, médecin et théologien d’origine saoudienne, installé en Jordanie. Il compte ouvrir des centres en Algérie pour vendre ses potions magiques. Enquête sur un faux docteur miracle mais vrai charlatan.

Samedi 10 décembre, Mohamed Al Hashimi a eu droit à la Une du journal arabophone algérien Echourouk, premier tirage de la presse algérienne avec plus de 650 000 exemplaires-jour. Invité au Forum de la rédaction, notre médecin explique aux journalistes du quotidien ses techniques de guérison miraculeuse qu’il entend mettre en pratique en Algérie.
Présent à Alger depuis début décembre pour inaugurer son « « Centre Hachemi des plantes médicinales », Mohamed Al Hashimi, 47 ans, affirme qu’il a déjà obtenu les documents administratifs nécessaires de la part des autorités algériennes pour ouvrir des succursales dans différentes wilayas du pays.

Des centres Al Hashimi à travers le territoire algérien

Selon lui, ces cliniques mettront à la disposition des malades algériens des médecins, des infirmiers ainsi que des médicaments et des compléments alimentaires à même de guérir toutes les maladies. Le personnel médical devra ainsi accueillir les malades, diagnostiquer les pathologies avant de prescrire les remèdes miracles du docteur Mohamed Al Hashimi.
« Je guéri toutes les maladies, même le cancer », affirme-t-il aux journalistes Echourouk. Il traite à distance toutes les maladies y compris le cancer, écrit encore Echourouk,.
Les produits qui seront proposés par ce médecin ne sont pas accessibles à toutes les bourses : il faudrait tout de même débourser 18 000 dinars pour un bidon de 7 kilos contenant un mélange d’herbes, de miel et d’huile d’olive. Le tout accompagné d’un cd ou d'une cassette contenant des versets coraniques débités de la voix de Mohamed Al Hashimi.

Spécialiste en théologie, le jordanien se défend d’être un charlatan mais explique que sa méthode de rokia (exorcisme légiféré) couplée avec les plantes médicinales est reconnu par les savants de l’islam et a permit de guérir des légions de malades à travers le monde.

Poursuites judiciaires

« Je suis prêt à traiter des patients en Algérie en présence des médecins », plaide-t-il pour se disculper des accusations de fraudes à la médecine et des doutes qui planent sur ses pouvoirs miraculeux. Il dément également que sa médecine ait provoqué la mort de ses patients et affirme ne pas faire l’objet de poursuites judiciaires dans aucun pays.

Toutefois, il consent à avouer que les autorités saoudiennes lui ont interdit d’exercer son métier en Arabie Saoudite et d’y vendre ses produits.
Pas de quoi décourager cet homme qui fait des miracles avec peu de choses.
«L’interlocuteur affirme que plusieurs médecins exercent dans son centre qui comprend plus de 450 employés et possède plusieurs succursales dans des dizaines de pays (sic) notamment Londres, la France, Bruxelles, l’Amérique, et dans de nombreux pays arabes, des succursales dans lesquelles il vend ses produits et reçoit des patients venus du monde entier », écrivent les deux journalistes d’Echourouk.
Mais qui est donc ce médecin qui prétend vaincre toutes les maladies ? De quels diplômes se prévaut-il ?

Patron d'une chaîne télé

Installé dans la région d’Al Buraimi, en Jordanie, le docteur Al Hashimi est propriétaire d’une chaîne satellitaire, Al Haqiqa (la vérité) qui émet en continu depuis le 1er novembre 2005.
Dotée d’un capital de 10 millions de dollars, la chaîne diffuse en boucle les témoignages de malades guéris de cancer et autres graves pathologies ainsi que des prêches de guérisons (rokia) prononcées en direct par Al Hashimi en personne.

Il possède également deux sociétés basées en France et en Suisse dont les raisons sociales sont : commercialisation d'herbes naturelles, d'huiles et de miel, mélange, broyage et emballage d'herbes naturelles et ventes de produits de beauté.

Vrai-faux diplôme acheté sur internet

Mohamed Al Hashimi affirme avoir obtenu son diplôme de docteur en médecine alternative à l’université de Robertstown de Denver, dans l’Etat du Colorado (USA).
A la vérité, il a acheté son diplôme sur internet auprès de cette université fictive dont les responsables, notamment Dixie Ellen Randock, Heidi Kae Lorhan et Roberta Markishtum, ont été condamnés en juillet 2008 par la justice américaine à 36 mois de prisons pour fraudes aux diplômes.

Ces trois lascars ainsi que d’autres acolytes ont créé des dizaines d’universités, d’académies et d’instituts aux Etats-Unis pour vendre de vrais-faux diplômes dans le monde entier monnayant quelques milliers de dollars.

C’est donc auprès de l’une de ses usines à diplômes, Robertstown Univesrity, que le docteur Mohamed Al Hashimi a obtenu son fameux certificat en médecine alternative.


Un comptoir plutôt qu'une clinique

Son établissement qui emploie des médecins, des infirmiers et plus de 450 personnes en Jordanie est en réalité un comptoir où une poignée d’employés vendent ces poudres de Perlimpinpin.

Dénommé « Centre Al-hashemi pour les plantes naturelles et de la médecine populaire -vente de plantes naturelles », la clinique est composée de quelques bureaux, d’une salle d’attente et d’une « pharmacie » dans laquelle sont entreposés flacons, bouteilles et autres bidons contenant les remèdes miracles.

Comment opère le grand guérisseur au sein de son centre ?

Le patient ou un proche se présente à la clinique d’Al Dulaimi. Sur place, il est accueilli par deux femmes assises derrières un ordinateur. Elle pose des questions au malade, recueillent diagnostics et bilans, tapotent sur l’ordinateur, délivrent l’ordonnance avant de demander au client de s’acquitter d’une facture.
Une fois celle-ci réglée, le client est invité à se rendre dans la pharmacie, en sous sol, pour récupérer le traitement (des bocaux et des bouteilles ainsi qu’une cassette et un écouteur) qui guérit cancer, sida, diabète et autres maladies.

Les malades qui ne peuvent se déplacer dans le centre installé en Jordanie peuvent contacter Mohamed Al Hashimi par mail, par courrier ou par téléphone. Moyennant une somme d’argent payée à l’avance, le bon docteur établit son diagnostic et prescrit le traitement lequel sera envoyé par courrier.

La médecine du docteur Al Hashimi est simple

Que contiennent ces produits qui viennent à bout de graves pathologies auxquelles la science n’arrive pas encore à trouver de remèdes ?

La médecine du docteur Al Hashimi est simple, toute simple : un litre d’huile d’olive, 500 g de miel, un flacon d’huile de nigelle, un sachet de sidr (jujubier), un sachet de Sana Makki (feuilles de séné) ainsi qu’un cd ou une cassette audio de versets coraniques récités par le vénérable cheikh. De la poudre de Pirlinpinpon.

Un charlaton à la Une

Comment et pourquoi le journal Echourouk, premier tirage en Algérie, a-t-il décidé de mettre à la Une un tel charlatan au risque de donner de l’espoir à des milliers de malades qui ne savent pas à quels saints se vouer ?
Cette opération de grugeage des lecteurs est d’autant plus honteuse qu’elle a obtenu la caution du professeur Mostefa Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche (Forem), présent lors du forum.


Si la religion est un sujet de prédilection de ce quotidien au point de devenir un vrai fonds de commerce, n’aurait-il pas fallu vérifier le parcours de ce faux-docteur, nuancer ses propos, mettre en garde les lecteurs ?

Deux choses sont certaines : Le docteur Mohamed Al Hashimi n’a de docteur que le nom et sa médecine miraculeuse n’est qu’une potion de bonimenteur.

Les responsables d’Echourouk ont-ils escompté un retour sur investissement en mettant Mohamed Al Hashimi à la Une de leur quotidien ?

La liberté de la presse ne peut pas être exercée au détriment de la santé des citoyens.