Les jeunes Arabes veulent vivre mieux et... en démocratie : Un bon salaire, un beau logement et un rêve de Dubaï
par Salem Ferdi



Avoir un bon salaire et devenir propriétaire de son logement est une préoccupation majeure chez les jeunes arabes, selon une enquête, la 4ème du genre, réalisée dans une douzaine de pays d'Afrique du nord et du Moyen orient par d'ASDA'A Burson-Marsteller. L'enquête basée sur des entretiens avec 2.500 jeunes de 18 à 24 ans venant de 12 pays (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie Saoudite et Emirats Arabes Unis, Égypte, Liban, Jordanie, Irak, Libye et Tunisie) fait ressortir la primauté des préoccupations économiques des jeunes. Une attitude qui n'a rien de surprenant. Sauf peut-être pour les auteurs du sondage qui semblent un peu trop facilement mettre en opposition cette primauté des préoccupations avec un «recul» présumé des aspirations de ces jeunes à la démocratie. L'enquête montre que les jeunes – comme d'ailleurs leurs parents plus âgés, serait-on d'ajouter, considèrent que la cherté du coût de la vie comme la préoccupation N°1. Ils sont à 63% à se dire «très préoccupés» par la hausse du coût de la vie contre 57% dans l'enquête de 2011. Ils sont à 82% à considérer que bénéficier d'un salaire «décent» est très important. Ces préoccupations économiques classiques «supplantent-t-elles» les aspirations politiques comme l'indiquent les auteurs de l'enquête en titre de leur communiqué ? Cette assertion est fondée sur le fait que le nombre de jeunes jugeant «très important» de vivre en démocratie est de 58 % en 2012 contre 68 % en 2011.

UNE ASPIRATION CLASSIQUE

En réalité, l'aspiration à un mieux-être économique et à des conditions de vie «décente» est une donnée durable dans toutes les tranches d'âge. Et elle est difficilement opposable à une priorité présumée à des aspirations politiques. Une autre lecture peut faire valoir que les résultats obtenus en 2011 ont été fortement impactés par les évènements politiques en Tunisie, en Egypte et dans d'autres pays. Le taux de 58% de jeunes jugeant «très important» de vivre en démocratie obtenu en 2012 montre plutôt une permanence remarquable de l'aspiration démocratique malgré l'évolution chaotique de la situation dans plusieurs pays qui a refroidi les opinions à l'égard du «printemps arabe». Les jeunes arabes s'informent beaucoup (58% en 2012 contre 18% en 2011) et Internet se pose de plus en plus comme un concurrent des médias classiques. D'autres chiffres viennent confirmer cette permanence de l'aspiration politique. 72% estiment que le «printemps arabe» a été bénéfique à la région et 41% considèrent que le manque de démocratie est le «principal» obstacle au développement. Mais un même taux de 41% considère que les troubles et les émeutes constituent le plus grand obstacle au développement. On peut voir dans ce dernier chiffre un effet de la guerre civile, avec intervention étrangère en Libye, de la crise sanglante en Syrie et de l'instabilité de la transition politique en Egypte et au Yémen.

LE DUBAÏ WAY OF LIFE

L'enquête où les pays du Moyen-Orient sont surreprésentés donne, sans surprise, une préférence de ces jeunes pour la vie dans les Emirats arabes ; où ils aimeraient vivre et dont leur propre pays devrait s'inspirer. C'est indéniablement un «effet Dubaï» avec son clinquant et son luxe qui fonctionne et qui attire. Le caractère très particulier des «émirats» fait que son érection comme «modèle» pose un problème de réalisme. L'existence de ressources dans des pays, comme l'Arabie Saoudite ou le Qatar rend compréhensible et «réaliste» l'attractivité du «Dubaï way of life». Il parait beaucoup moins réaliste qu'il serve de modèle économique viable à des pays comme l'Egypte, la Jordanie, l'Irak ou même la Tunisie. Là, on serait plutôt dans le domaine du «rêve» que dans celui d'une projection réaliste.