Bouclier antimissile : Moscou promet des représailles

L'accord signé jeudi par Washington et Varsovie provoque un déluge de protestations russes.

Moscou, qui n'est évidemment pas surpris par l'annonce de l'implantation d'un bouclier antimissile américain dans le nord de la Pologne, a joué la colère. «La cible est la Fédération de Russie», a déclaré vendredi à Sotchi le président Dmitri Medvedev et «les contes de fées sur la défense contre de prétendus États voyous (l'Iran, NDLR) à l'aide de ces équipements ne tiennent pas». Et de conclure : «Nous allons continuer de travailler sur la question.» Que faut-il entendre par là ? Selon le général Anatoli Nogovitsine, chef d'état-major adjoint, que cet accord «ne peut pas rester impuni» et que la Pologne «s'expose elle-même à une frappe». Le général Nogovitsine n'y va pas de main morte. Il n'exclut pas que Moscou use pour cela de l'arme nucléaire. Ces menaces ne sont pas nouvelles. Depuis des mois, la Russie multiplie les mises en garde, se disant prête à diriger ses propres lanceurs vers la Pologne et la République tchèque qui abritera la station radar complétant le dispositif.

L'emplacement prévu des dix intercepteurs américains sonne, il est vrai, comme une provocation. Redzikowo, petite commune choisie par les stratèges américains, se situe juste en face de l'enclave russe de Kaliningrad, à 200 km environ de la frontière. Qui plus est, cédant aux revendications de Varsovie, les Américains ont accepté de déployer une batterie de missiles Patriot (250 km de portée) qui sera opérée dans un premier temps par un contingent américain, puis par l'armée polonaise. Le site qui accueillera cette seconde base américaine n'a pas été encore dévoilé.

Des inspections russes

Washington et Varsovie ont fait mine vendredi de vouloir rassurer Moscou. «En aucune façon, le projet de bouclier ne vise la Russie. En fait, c'est même logiquement impossible qu'il vise la Russie étant donné que la Russie pourrait le détruire», a expliqué la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino. D'ailleurs, a encore rappelé Mme Perino, le président Bush a offert à Moscou une coopération sur le radar. Certes, a reconnu la porte-parole, il y a peu de chance que cette proposition survive au conflit géorgien, mais elle n'en demeure pas moins «toujours sur la table». Le gouvernement polonais, de son côté, s'est dit disposé à laisser la Russie inspecter le site de la future base (elle devrait être opérationnelle au plus tard en 2012). «Ceci pour avoir l'assurance que rien de mal ne s'y passe», a précisé le chef de la diplomatie Radoslaw Sikorski.

Alors que les relations polono-russes étaient en voie de normalisation, la Pologne ayant levé il y a quelques mois son veto à l'ouverture de négociations sur le partenariat UE-Russie, le conflit géorgien et l'accord sur le bouclier antimissile ont replongé les deux pays dans une ambiance de guerre froide. «Cet accord, qui peut être considéré comme un accord purement antirusse, marque le début de la fin des pourparlers russo-polonais», confirmait vendredi un observateur polonais. Première mesure de représailles : Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, qui était attendu le 10 septembre à Varsovie, a ajourné sa visite.

Arielle Thedrel - Le Figaro