Mohamed Ag Aharib, porte‑parole du groupe Ansar Dine, est signataire de l’accord avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), conclu à Alger il y a une semaine.

Y a‑t‑il du nouveau une semaine après la signature du protocole d’accord entre votre mouvement et le MNLA à Alger ?

Il n’y a rien de nouveau. C’est le statu quo. Peut‑être que les consultations sont en train de se faire. Mais comme on n’a aucune idée là‑dessus, on ne peut donc avancer quoi que ce soit. Le Premier ministre malien achève sa tournée aujourd’hui [jeudi, NDLR] dans la région. Ce qui ressort de ses déclarations, c’est qu’il souhaite une intervention militaire le plus rapidement possible. Ce qui est sûr pour nous, c’est qu’on a mis la balle dans le camp du gouvernement malien. Maintenant, on attend.


Restez‑vous malgré tout optimiste ?

Oui. Il semble que l’intervention militaire ne se fera pas demain. Et puis, de plus en plus de pays croient au règlement de la crise à travers le dialogue.


Ce n’est toujours pas le cas de la France, dont le ministre de la Défense n’exclut pas une intervention militaire au cours du premier semestre de 2013…

La France est à l’avant‑garde des pays qui pensent qu’il faut faire la guerre. On pensait que la France des socialistes n’avait pas la même stratégie que la France de la droite. On s’est trompé. Car toutes deux mènent la politique de la Françafrique. La France parle de lutte antiterroriste mais en réalité, elle veut encore asseoir son hégémonie sur les pays africains, c'est‑à‑dire sur ses anciennes colonies. Elle veut aussi protéger ses intérêts économiques, notamment au Niger. Car c’est surtout au Niger qu’elle a des intérêts, notamment l’exploitation de l’uranium.


Comment peut‑on chasser, selon vous, les groupes terroristes qui contrôlent une bonne partie du Nord‑Mali autrement que par une intervention militaire ?

D’abord, je voudrais préciser que les membres du Mujao contrôlent seulement Gao. Ceux d’Aqmi sont un peu partout mais sans emprise réelle sur le territoire. On ne peut pas parler d’occupation. Et puis, une fois qu’il y aura un compromis entre les différentes parties, on trouvera les voies par mener la lutte contre le terrorisme. Mais maintenant, on taxe tout le monde de terroriste, que ce soit le MNLA ou Ansar Dine. Même si on a tenté de convaincre que ce n’est pas le cas.


Quelles sont vos principales revendications aujourd’hui ?

Ansar Dine est un mouvement qui ne date pas d’hier. Ses responsables politiques ont un parcours historique depuis les années 1990 jusqu’à 2006. Nous avons déjà parlé de nos revendications. Et celles‑ci sont connues de Bamako.


Outre l’application de la charia, les revendications d’Ansar Dine ne sont pas très connues de l’opinion internationale…

La charia n’est pas une revendication. Elle ne se négocie pas. On l’a déjà dit. Et pour le moment, on n’a pas de plate‑forme de revendications. Au cours des négociations, on posera les problèmes de l’Azawad. Des problèmes qui sont le résultat de la mauvaise volonté des autorités maliennes à appliquer un certain nombre d’accords. Depuis l’accord de Tamanrasset à l’accord d’Alger, il y a toujours eu des solutions mais celles‑ci ont été mal appliquées. Le nord du Mali est beaucoup plus pauvre que le sud qu’on appelle, d’ailleurs "le Mali utile". Le nord, c’est le désert, la vie y est très dure.


Concrètement, comment envisagez‑vous le règlement de la crise ?

Si on nous donne l’Azawad, si les Maliens trouvent que la solution définitive est de créer un autre État ou d’opter pour une autre forme de gouvernance (fédéralisme, autonomie), on va accepter. S’il y a d’autres solutions, on le veut bien. Pourvu qu’elles soient durables pour qu’il n’y ait plus de soulèvement.


Depuis votre arrivée à Alger, avez‑vous rencontré le président Abdelaziz Bouteflika?

Je préfère ne pas répondre à cette question.

TSA